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L'Enchanteur 1768—1848
Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand Une gerbe de lettres inédites (suite)

Une gerbe de lettres inédites (suite)

Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. 69–71 · chapitre 101 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Et voici pour clôturer dignement cette liste que nous aurions voulu plus longue, cette ultime lettre, lettre d'un genre un peu spécial, mais dont Chateaubriand, avec le sourire désabusé qu'il savait accorder à tant de choses, eût volontiers souligné l'ironie. C'est qu'il s'agit en effet de la lettre de part mortuaire du grand écrivain. L'exemplaire, peut-être unique, qu'un amateur éclairé (1) a bien voulu nous autoriser à reproduire, prouverait, s'il en était encore besoin, l'utilité de cette sorte de collection qui permet d'embrasser d'un coup d'œil des parentés qu'il serait parfois fort difficile de saisir autrement. Il fait, en tous les cas, honneur à celle qui le renferme.

Nous y remarquerons l'absence de titres, que la révolution de 1848 venait pour la seconde fois d'abolir.

M.

Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de Monsieur François-René de Châteaubriand décédé le 4 juillet 1848 dans sa 80c année en son domicile rue du Bac n° 112 qui se feront le samedi 8 juillet à midi précis en l'église des Missions étrangères sa paroisse.

De Profundis

De la part de Mme de Marigny, de MF et Mme de Châteaubriand, de Mme de Guébriac, de Mme de Châteaubourg, de Mme des Rieux, de Mme Elisa de Châteaubourg, de MF et Mme Hyacinthe de Ravenel, de Mr et Mme du Plessis-Pascau, de Mme de Gestas, de MF Geoffroy de Châteaubriand, de MF et Mme de Baulny, de MF et Mme d'Espeuilles, de Mr et Mme de Beauffort, de MF et Mme de Carayon-Latour, de ME de Guébriac, de Mme de Kersalaün, de Mr et Mme de Châteaubourg, de Mr Paul de Châteaubourg, de Mr des Rieux, de MF et Mme de Coissin, de MF et Mme Dieudonné de Vesins, de Mme de Châteaubriand, de Mr et Mme Frédéric de Châteaubriand, de MF Henri et de Melles de Châteaubriand, de Mlle de Bédée de la Bouëtardais, de Mr de Blossac, de Mr et Mme Edouard de Blossac, de MF et Mme de Rauville, de MIle Louise de Rauville, ses sœur, neveux et nièces, petits neveux et petites nièces, cousins et cousines.

par (1) Nous prions M. le Cte de Ronseray de trouver ici l'expression de nos plus vils remerciments.

Il nous est doux pour conclure d'avoir la certitude que le jour n'est pas lointain où il nous sera donné de voir cette gerbe réunie à ses pareilles. Un érudit d'une rare valeur, M. Thomas, a assumé la lourde charge d'éditer la Correspondance Générale de celui qui fut René de Chateaubriand. Nous possédions déjà celle de maints auteurs du XIXe siècle, et des plus célèbres: il manquait encore à cette collection celle du plus illustre d'entre eux. L'œuvre est tombée en de bonnes mains qui la mèneront à bien, nous en sommes convaincus,

Et pourtant que cette tâche est ingrate ! Combien elle implique d'efforts incessants, de patientes recherches, de multiples connaissances, la réunion de ces lettres, toujours si personnellement splendides dans leur forme sous les aspects les plus variés, et destinée à former une Correspondance qu'un critique avisé1 déclarait n'être comparable, grâce à ses multiples qualités, qu'à celle de Voltaire, qui l'emporterait seulement pour le nombre. Et c'est là - si vraiment c'en est un, - un bien mince avantage. Toujours est-il qu'il ne saurait empêcher toutes les préférences d'aller vers celui qui se fit - qu'elles que aient été d'ailleurs les conditions tout spéciales de la préparation du Génie du Christianisme - le puissant auxiliaire de Bonaparte « restaurateur de la religion s au détriment d'un Voltaire dont le souffle desséchant ne sut que détruire : tel n'est pas la marque du génie !

(1) M. V. Giraud. ↩

Mais il importe, pour réaliser pleinement ce jugement, que tous les fidèles qui entourent cette grande mémoire de breton d'un culte pieux et éclairé, qui ne se dissimulent aucune de ses erreurs ou de ses faiblesses, mais saluent en lui un de ces géants des lettres qui surgissent de temps à autre, apportent, qui dans une large mesure, qui dans la limite de ses faibles moyens, mais tous sans marchander, leur généreux concours. C'est ainsi que chacun nefournissant, même à défaut de matériaux que sa bonne volonté, se dressera plus majestueux dans ses formes, plus ample dans ses proportions, le monument, véritable arc de triomphe, élevé à la gloire de Chateaubriand.

Mars ıgıı LE Mis DE GRANGES DE SURGÈRES