Une gerbe de lettres inédites (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le tombeau du Poussin, dont le buste dû au ciseau de Lemoyne, devait être taillé dans un morceau de marbre grec découvert à Torre-Vergatta1 était « une idée » de Mme Récamier2 du moins Chateaubriand lui en fait-il l'hommage. Commencé en 1830, il fut achevé l'année suivante et entièrement payé des deniers de l'écrivain, lourde charge qui vint s'ajouter à toutes celles qui lui pesaient déjà. N'avait-il pas été contraint, pendant son ambassade, d'emprunter 60.000 fr. ? Placé dans l'église St Laurent in Lucina où nous l'avons admiré, le monument, souvenir tangible du séjour de Chateaubriand dans la capitale du monde chrétien, est d'une belle allure. Sa décoration de figures fines et expressives lui donne grand air et l'heureux rendu de la composition entière fait honneur aux artistes qui y imprimèrent chacun la marque de leur talent : Nicolas Poussin n'eût pas autrement désiré son tombeau ! Mais pour quiconque a lu ces pages sublimes, consacrées à la Rome des papes et des martyrs, point n'était besoin d'un édifice, fût-il de marbre, pour que la mémoire du chevaleresque donateur le poursuive partout où il porte ses pas: nous en avons fait l'expérience, après combien d'autres ! Il est des hommes qui associent si entièrement leur nom à l'histoire d'un peuple, d'un fait ou d'un site, que le rappel de l'un impose nécessairement à l'esprit celui de l'autre.
(2) Cf. Lettres des 25 octobre, 11 et 18 décembre 1828, au T. V. des Mémoires. ↩
Est-il utile de dire ici que le désir de Chateaubriand d'assister à l'inauguration du monument, qui était si complètement le sien, ne fut pas exaucé. L'année suivante « nu comme un petit St Jean» il se trouvait à Paris, et dans aucun des voyages qui lui restaient à accomplir, il ne conduisit ses pas jusqu'à Rome où il eût tant aimé mourir !
Cette lettre, sans date d'année est de 1830. A. s. 2 p. 1/½ in-4°, elle fait partie de notre collection. Le dernier paragraphe se rapporte à l'incident suivant: le vendredi 30 juillet 1830, malgré ses protestations, l'écrivain avait été porté en triomphe par des jeunes gens, aux cris de : « Vive la liberté de la presse, vive Chateaubriand ! » depuis la colonnade du Louvre jusqu'à la rue de Seine où il avait été déposé en face du magasin de son libraire Lenormand, puis, toujours escorté de sa garde d'honneur, s'était rendu à pied à la Chambre des pairs. C'est là ce qu'il appelle avec une ironie ou se mêle malgré tout une certaine satisfaction : la gloire !
(1) Cf. Mémoires, T. 5, p. 120. ↩
Il se pourrait que la destinataire de cette lettre soit Mme Lenormant, nièce de Mme Récamier.