Une gerbe de lettres inédites (suite)
Chateaubriand, 6 novembre 1823, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Paris 6 novembre 1823
Pardonnez, mon cher général, si je n'ai pas répondu plutôt à vos lettres du 11 et du 20 8bre, la guerre d'Espagne en finissant, a diminué le travail de mes collègues et augmenté le mien. tout est à régler maintenant, et c'est le ministère des affaires étrangères qui se trouve chargé de toutes les transactions politiques du moment.
je ne puis vous répéter que ce que je vous ai dit mille fois que mon dévouement pour vous est sans borne et mon attachement inaltérable. Les nominations que vous avez vues ne sont pas sorties du ministère. La proposition en a été faite d'ailleurs et immédiatement acceptée par le Roi. je cherche sans cesse comment je pourrois vous servir. je parle de vous au Baron de Damas3 qui me paroit vous vouloir du bien. Villèle4 m'a dit qu'il avoit reçu une lettre de vous, et me semble aussi disposé à vous servir. je sais parfaitement que vos ennemis sont les miens et croyez que le Ministère ne m'enivre point et ne me fait aucune illusion. pour placer quelques uns de nos amis, j'ai rencontré de grands obstacles et j'en suis venu à bout avec de la persévérance et en ne me lassant jamais. Si vous m'en donnez le temps j'espère réussir également pour vous. Si j'étois le maître vous n'attendriez pas longtemps.
(3) 1780-1862. Collègue de Chateaubriand au ministère de la Guerre, il devait lui succéder aux Affaires étrangères. C'est lui qui s'attira par sa piété qui n'hésitait pas à se manifester, ce mot d'un journaliste de l'opposition écrivant : qu'on ne demandait plus chez les ciriers un cierge, mais une épée de Damas. » ↩
(4) Le Ci de Villèle (1773-1854) était alors ministre des Finances et président du Conseil. ↩
Croyez mon cher général que je ne change jamais et que dans la bonne comme dans la mauvaise fortune je suis à vous.
Chateaubriand
je n'oublie point le parent de votre femme.