Une gerbe de lettres inédites (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Cette remise en fonction, après la radiation du 20 septembre 1816, pouvait être considérée à bon droit comme un acte de justice, mais le nouvel ambassadeur, dont l'attitude n'était pas toujours faite pour plaire, avouons-le, était encore plus près de la vérité, en découvrant des raisons » à ce glorieux éloignement !
Il n'est pas bien difficile de préciser le personnage qualifié de cher et ancien ami, etc...» dans la lettre du g mars 1823 - a. s.2 p. 1/½ in-4° - qui fait partie de notre collection. Il suffit, en effet, de lire avec soin le T. 2 des Mémoires pour nommer le comte de Montlosier (2), traité là par l'écrivain - en terme d'amitié - d'auvernat fumeux ». Esprit bigarré, fait de « pièces et de morceaux », on sait que Montlosier qui avait jusqu'alors mis au service de la royauté son ardeur combative, dépensa dans la suite le trop plein de son zèle contre les Jésuites et la Congrégation. Il eût désiré, mais vainement, que Chateaubriand le suivit dans cette voie, ou plus exactement lui donna le mot d'ordre3. Cette divergence d'opinion sur un point capital, ne relâcha pourtant pas que nous sachions les liens de solide affection qui unissaient les deux ex-émigrés.
(2) 1755-1838. Député en 1789 et pair de France. ↩
(3) Cf. Mémoires. T. IV, p. 332. ↩
Le rocher, présent de Montlosier, auquel fait allusion Chateaubriand, est le même à propos duquel il écrivait, toujours dans les Mémoires1 : « Je lui saurai gré de m'avoir consacré, dans son chalet du Puy-de-Dôme, une vieille roche noire, prise d'un cimetière des Gaulois par lui découvert. »
(1) Mémoires. T. II, p. 158. ↩
A la date du 23 novembre 1823, Chateaubriand était depuis le 28 novembre de l'année précédente ministre des Affaires étrangères. La guerre d'Espagne, « le grand événement politique de sa vie » par laquelle il devait prouver - ainsi l'écrit-il, non sans un légitime sentiment d'orgueil - « qu'il sait faire l'histoire comme le roman », allait être glorieusement entreprise en dépit de l'Angleterre, dans l'orbite de laquelle roulaient l'Autriche et la Prusse, et malgré l'opposition violente qu'elle rencontrait en France. Le grand homme était donc parfaitement en droit d'écrire, sans être taxé ici d'exagéraration, : « qu'il avait l'Europe et la France sur les bras ».