Une gerbe de lettres inédites (suite)
Chateaubriand → Vicomte de la Rochefoucauld, 17 janvier 1829, Rome
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Au Vicomte de la Rochefoucauld
Rome, ce 17 janvier 1829
Monsieur le Vicomte, M. H. Vernet est arrivé ici, et M. Guérin va bientôt quitter Rome, il emporte tous les regrets. L'Europe connaît ses talents, comme peintre ; vous connoissez ses travaux comme administrateur : la régularité, établie parmi les élèves de l'Académie, les dettes payées, des réparations faites, attestent un esprit d'ordre qui ne s'allie pas toujours avec le génie des arts. Vous trouverez, sans doute, Monsieur le Vicomte, que M. Guérin mérite quelques marques de la satisfaction royale: j'ose solliciter pour lui le titre de Baron que portent MM. Gérard et Gros, et la croix d'officier de la Légion d'honneur : il est simple légionnaire depuis bon2 nombre d'an nées. Comme ambassadeur de S. M. à Rome, je puis juger de l'estime générale qui s'attache à la personne de M. Guérin3 ; comme ancien ami de ce grand peintre, je puis assurer que jamais faveur n'auront été mieux placées. Votre goût éclairé pour les arts, Monsieur le Vicomte, me fait espérer qu'en vous adressant cette prière, je n'aurai pas été importun.
(2) Sous une rature on lit : grand. ↩
(3) C'est lui dont l'écrivain écrira si joliment à la page 32 du T. V. des Mémoires « « « Guérin est retiré comme une colombe malade, au haut d'un pavillon de la villa Médicis. Il écoute, la tête sous son aile, le bruit des vents du Tibre ; quand il se réveille, il dessine à la plume la mort de Priam ». ↩
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand