Une gerbe de lettres inédites (suite)
Chateaubriand → Amiral de Courson de la Villehélio, 22 juin 1846, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
A l'Amiral de Courson de la Villehélio1
(1) Branche éteinte en 1884, en la personne d'Alfred, petit-fils de l'amiral. A part cette lettre, le nom de l'amiral de Courson n'est pas mentionné, que nous sachions, dans la correspondance de l'écrivain. ↩
Paris, le 22 juin 1846
On me demandait l'autre jour, Monsieur l'Amiral, s'il était vrai que j'eusse eu jamais l'honneur de vous voir au siège de Thionville2 ; oui, sans doute : ma mémoire est moins infidèle que mes années qui fuient. Mais vous, Monsieur, vous souvient-il que vous ayiez jamais rencontré un petit chevalier de Chateaubriand ? Si par hasard mon nom n'était pas sorti de votre mémoire, je vous demanderais la permission de le représenter à votre souvenir.
(2) Le siège de Thionville fut levé en 1792 par les Autrichiens. ↩
J'ai rencontré un jeune homme avec lequel j'ai contracté une amitié grave, puisqu'elle s'est formée dans la foi. M. Lenormand3 serait naturellement mon candidat à toutes les élections puisqu'il est chrétien.
(3) Charles Lenormand (1802-1859) avait épousé en 1826, Mile Amélie Cyvoct, nièce de M« Récamier. ↩
J'oserai donc vous demander votre voix pour lui, s'il se présente au collège de Saint-Brieuc, non que je veuille m'immiscer en rien dans l'ordre des choses qui existe, mais quand il s'agit d'un chrétien, je ne puis renoncer à ma famille.
Mon malheureux frère, petit-fils de M. de Malesherbes et immolé avec lui a été élevé au collège de St Brieuc. Nous sommes chargés nous autres des réparations que le ciel nous impose. Voyez si vous ne trouvez pas là quelque moyen d'adoucir une sévérité du ciel.
Agréez, je vous prie, Monsieur l'amiral, le souvenir d'un compagnon de votre jeunesse et l'assurance de ma vive et haute considération.
Chateaubriand
P. S. - Ma tante, sœur de ma mère, Madame de Vauvert, était de St Brieuc.