Le quildo. ruines du Chateau de Gilles de Bretagne
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1794, sa sœur Adélaïde, émigrée à Jersey, avait perdu son mari, le chevalier Louis-François de Kerouallan.
Et sa fortune ? qu'était-elle devenue ? Le 19 pluviôse an II, l'assemblée du district avait ordonné l'apposition des scellés sur tous ses biens mobiliers. Le Val avait été mis sous séquestre, puis converti en caserne. Les soldats de la République avaient trouvé bon de commencer par le saccager, et presque le démolir'.
Sans foyer, sans famille, sans ressources, pourquoi dès lors réprimer plus longtemps les battements de son cœur? Tout comme pour Jenny,
impossible de tromper une mère. Ma fille a certainement conçu de l'attachement pour vous. M. Ives et moi, nous nous sommes consultés : vous nous convenez sous tous les rapports. Nous croyons que vous rendrez notre fille heureuse. Vous n'avez plus de patrie ; vous venez de perdre vos parents. vos biens sont vendus. Qui pourrait donc vous rappeler en France?
« De toutes les peines que j'avais endurées, dit René, celle-là me fut certainement la plus sensible et la plus grande. Je me jetai aux genoux de M Ives. je couvris ses mains de mes baisers et de mes larmes. Elle croyait que je pleurais de bonheur, et elle se mit à sangloter de joie. Elle étendit les bras pour tirer le cordon de sa sonnette; elle appela son mari et sa fille. « Arrêtez, m'écriai-je, je suis marié ! » Elle tomba évanouie. (Mémoires d'Outre-Tombe, tome II, pages 136i et 137. Voir aussi Au pays d'exil de Chateaubriand, par Anatole Le Braz, pages 183 el suivantes. Paris, 1809, librairie Champion.)
' Procès-verbal des dégâts, en date du le 17 messidor an IV de la République, par les citoyens, Le Texieret Guérin, notaires à Plancoët, aidés pour l'expertise de Julien Becquet, ouvrier tant en fer qu'en bois. Le procès-verbal dressé en présence du fermier Jacques Ariclot, et Julien de La Choue, du port du Guildo, arrête les dégâts à 9.615 livres. (Archives du château du Vul.) le passé pour lui est mort, bien mort ! Pour l'un comme pour l'autre, les quartiers de noblesse pèsent désormais autant dans la balance. Ils ne sont plus que des souvenirs et des regrets.
Les émigrés, qui savaient l'idylle dont le joli domaine d'Anneville était le théâtre, avaient dit à Armand, en parlant de Jenny : « Faites-en votre maîtresse. »
Armand était trop loyal pour abuser ainsi de ses hôtes et de celle qu'il aimait. Il demanda la main de Jenny. Le mariage fut célébré à Guernesey, le 14 septembre 17951.
1 Armorial of Jersey, E. 56. ↩
Vers la même époque, Modeste et Émilie de Chateaubriand avaient vu s'ouvrir devant elles la sinistre prison de la Victoire. Les deux orphelines étaient allées habiter, près Mme Lhôtelier, au n° 967 de la rue du Petit-Placître2.
2 En décembre 1795, des perturbateurs profitant de la faiblesse du pouvoir, vinrent attaquer leur modeste demeure. Emilie porta plainte au maire Laurent Louvel qui lui répondit: « A la citoyenne Emilie Chateaubriand. A Port-Malo, 24 septembre 1795. « Nous avons reçu votre lettre de ce jour qui nous prévient que la nuit dernière on a travaillé à enlever les vertevelles et les gonds des fenêtres de la maison n° 967 que vous occupez, rue du Petit-Placitre. Nous avons donné des ordres, pour qu'il se fasse de fréquentes patrouilles dans votre quartier, et par ce moyen nous espérons déjouer les projets des malveillants. Salut et respect. Laurent Louvel.i (Archives de Saint-Malo, période révolutionnaire). ↩
A partir de leur mariage, commença pour Armand et Jenny une existence tissée des alternatives les plus diverses. Quand Armand, dans l'exercice de son émouvante carrière de correspondant des Princes, dont nous allons bientôt parler, risquait tous les jours, vingt fois sa vie, c'était, pour Jenny, le déchirement du cœur et la souffrance d'indicibles inquiétudes. Au retour de ces aventureuses expéditions, c'était la joie du modeste foyer domestique et le bonheur d'un amour partagé.
De cet amour, le 16 juin 1796, naquit une délicieuse enfant. On l'appela Jeanne', et dans l'intimité on lui donna, comme à sa mère, le petit nom de Jenny. Le 11 novembre 1799%, Armand, au comble de ses vœux, avait un fils. Il reçut au baptême le nom de Frédéric. Dans son cœur éminemment sensible et affectueux, qui déborde de tendresse, dans les lettres de chaque jour, qu'exilé à Londres, il adressera à sa chère Jenny, Armand ne saura de quels diminutifs pleins de douceur appeler ce fils si profondément aimé. Ce sera son « Fred », son « Fedo », son cher petit « Paza ».
'* Appendice n° IV.