XII
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Le 13 mars, M. Préjean et moi, par ordre du prince de Bouillon, partîmes, avec les deux lougres l'Aristocrate et le Royaliste, ainsi que le brick le Sea-Flower.
J'étais à bord de ce dernier, avec 45 gentilshommes. M. Préjean était à bord du Royaliste.
En tout, à bord de ces trois navires, il y avait cent vingt et quelques personnes.
Le vent était de la partie sud-sud-ouest. La brise était faible.
Vous mouillâmes quatre lieues de Jersey. Vous passâmes la nuit du 13, à l'ancre.
Le 14, au matin, il faisait à peu près calme, et un brouillard fort épais. Vers les neuf heures, la brise se leva de la partie sud-ouest. Nous appareillâmes. Toute la journée, nous eûmes assez beau temps. Toutefois, les vents ne nous étaient pas très favorables, pour arriver au point de la côte, choisi par M. Préjean. Ils passèrent au sud-est, vers les sept heures du soir, et ainsi devinrent meilleurs.
Vers les huit heures, j'aperçus, à bord du Royaliste, le signal disant d'aller au point que j'avais indiqué. J'en fus d'autant surpris que, pour nous y rendre, le vent était absolument contraire. Je n'en dis pas moins à mon pilote de virer de bord. Je craignais beaucoup l'échec de notre expédition, car la brise était très faible, et nous avions encore plus de trois lieues à faire dans le vent
Vous parvînmes à approcher à deux lieues de notre point de débarquement. Les bâtiments mouillèrent et mirent leurs chaloupes la mer. Il était minuit et demi. La lune venait de se cacher. Je fis embarquer mon monde dans nies chaloupes, et j'allai, au long des deux lougres, attendre le débarquement de leurs passagers.
Ma chaloupe prit la tête. Les autres suivirent. A bord des deux lougres, étaient restées, faute de place, vingt-six personnes.
Vers les deux heures du matin, je déposai ces messieurs a terre, et les remis entre les mains d'un bon guide du pays.
Ce guide les conduisit deux lieues et demie de distance, dans l'intérieur, où ils trouvèrent un rassemblement d'environ deux cents Chouans.
A quatre heures, les chaloupes rejoignirent leurs bâtiments respectifs.
Vers les cinq heures, nous étions en vue de neuf voiles françaises. En raison du calme plat, il nous était impossible de les atteindre. Cependant, avec nos chaloupes, nous réussîmes è nous emparer d'un sloop frété de sucre et de raisin. Le Royaliste se chargea de l'amener à Jersey.
M. Gosset, lieutenant du Roi, prit à son bord ce qui restait d'émigrés. Il vint, sur le Sea-Flower me dire d'embarquer à bord du Royaliste qui retournait à Jersey, afin de rendre compte de notre expédition au prince de Bouillon.
M. Gosset, lui, devait, la nuit suivante, tenter le débarquement des émigrés restés è bord, ainsi que la chasse du convoi aperçu.
Je rentrai à Jersey, à bord du Royaliste, le 15 du même mois. En route, nous rencontrâmes le Diamant. Il était monté par Sir Sidney Smith, qui rejoignit nos deux autres bâtiments. Ils brûlèrent, à Erquy, une partie du convoi ennemi.
Dans la nuit du 15, les vingt-cinq émigres furent mis à terre.
Le 31 mars 1796, je suis parti par ordre du prince de Bouillon. Il m'envoyait, en France, prendre des renseignements au sujet d'une petite quantité de poudre qui nous avait été prise, dans les environs de Saint-Malo.
J'étais à bord de l'Aristocrate. Le temps était pluvieux et presque calme.
Voyant qu'il m'était impossible, dans la journée, d'atteindre la côte, j'allai mouiller à Chausey.
Le I" avril, avec le peu de vent qu'il faisait, j'arrivai à trois lieues et demie de mon point de débarquement.
Vers les huit heures du soir, le calme nous obligea à mouiller. Je fis mettre la chaloupe à la mer. A une heure moins un quart, j'atteignis mon point de débarquement. Je descendis à terre. J'appris que les Républicains avaient trouvé de la poudre, sur l'île Ago. Ils avaient saisi le bateau qui avait effectué ce dépôt. En cherchant à se sauver, un homme de l'équipage avait été tué.
La lune ne me permettait pas de laisser ma chaloupe dans l'enfoncement où j'étais entré.
J'emmenai à Jersey, avec moi, un homme de la côte qui avait été témoin du fait. Le 5 avril, c'est-à-dire cinq jours après mon retour à Jersey, je déposai cet homme sur la côte de France.