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L'Enchanteur 1768—1848

XVII

Armand de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 130–131 · chapitre 16 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le Ie mai, je suis sorti de Jersey, par ordre du prince de Bouillon, à bord du lougre le Daphné. J'étais accompagné des deux lougres, l'Aristocrate et le Royaliste. Il y avait à bord de ces trois bâtiments beaucoup d'armes et de munitions destinées aux armées catholiques et royales de Bretagne.

Les vents étaient de la partie du sud-est. Jolie brise.

A dix heures et demie, nous nous trouvions à six lieues du Vieux Château. Nous rencontrâmes le Pitch, commandé par M. de Gouyon. Il revenait de la côte et retournait à Jersey. Jusqu'à six heures du soir, nous avons croisé dans la baie de Cancale. Alors, nous avons fait route pour ma destination. J'avais l'ordre de mettre, le premier soir, un seul homme à terre, pour préparer le débarquement qui devait se faire dans la nuit du 3 au 4.

A neuf heures et demie, nous avons mouillé au travers de l'île Ago. Je me suis embarqué dans la chaloupe. A une lieue et demie de notre mouillage, je déposai à terre l'homme que j'avais mission de débarquer. Il pleuvait à torrents. La nuit était très sombre. A une heure du matin, je rejoignis le Daphné. De suite, nous levâmes l'ancre. L'Aristocrate resta, avec nous, comme sauvegarde. A la pointe du jour, le Royaliste était hors de vue.

A neuf heures, nous mouillâmes à Chausey. Cette île était notre point de ralliement. Le Royaliste n'était pas au rendez-vous.

Nous restâmes là, jusqu'à quatre heures de l'après-midi. Je mis pied à terre et découvris six voiles qui faisaient route sur Chausey. Elles venaient du sud-ouest. Je les jugeai françaises. Nous les laissâmes approcher à une lieue de nous. Alors nous appareillâmes.

Restés en travers, nous les attendîmes encore. Elles nous approchèrent à une demi-lieue. Nous distinguions alors parfaitement deux trois-mâts, un brick, deux lougres et un cotre, tous armés en guerre.

Nous crûmes même reconnaître le Royaliste. Peut-être, avait-il été capturé ? Toutefois, nous espérions le contraire, car nous n'avions entendu aucun coup de canon.

Ces navires nous donnèrent la chasse, jusqu'à deux lieues de Jersey, ou nous arrivâmes à neuf heures du soir, le 2 mai.

Le Royaliste nous y avait précédé. La nuit, il avait été forcé d'appareiller. Un brick l'avait aperçu et lui avait donné la chasse, jusqu'à l'entrée de la Grande Rade.

L'obscurité profonde nous avait empêché d'en avoir connaissance.

M. le prince de Bouillon estima qu'il était imprudent de continuer, sans meilleure escorte, de pareilles expéditions.