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L'Enchanteur 1768—1848

XXV

Armand de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 137–138 · chapitre 22 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le 21 mai, je suis parti à bord de l'Aristocrate. • J'étais chargé, par le prince de Bouillon, de déposer en France dix gentilshommes. Parmi eux, était M. le marquis de la Bourdonnais-Montluc.

Il régnait un vent de nord-ouest tellement violent que nous dûmes relâcher, le soir, à six heures, dans la Grande Rade.

Nous partîmes, le 31, au matin. Jusqu'à sept heures du soir, nous ne vîmes rien d'inquiétant.

Alors, nous aperçûmes un convoi venant de l'ouest. Nous mîmes à l'autre bord, pour l'observer. Vers les huit heures, il mouilla, sous le château de Lalatte. Le capitaine du lougre me demanda mes instructions.

Je lui répondis :

Tant qu'il restera là, il ne peut guère me gêner. Je suis d'ailleurs décidé à tout faire pour arriver.

Je le priai de forcer de voile Le vent du sud nous était contraire.

Nous ne pûmes approcher qu'à trois lieues de l'endroit où nous devions atterrir.

A neuf heures et demie, je m'embarquai avec ces messieurs. Je fis nager à force de rames. Au bout d'un quart d'heure, s'élevèrent cinq fusées. Elles me parurent lancées de la rade de Saint-Malo.

Je continuai de faire nager, tout en veillant avec une extrême attention.

Il nous restait à peine une lieue à franchir, quand un de ces messieurs me dit qu'il venait de voir s'élever une fusée, droit devant nous. • Je conjecturai qu'il s'agissait de signaux destinés au convoi. A ce moment, quatre nouvelles fusées partirent du point où j'allais aborder. Je n'en continuai pas moins à faire nager encore un quart d'heure. Alors, nous vîmes un brick qui portait sur nous, vent arrière. Il n'était pas à plus d'un mille. Je fis virer de bord et forcer de voile pour rejoindre l'Aristocrate, et le faire lever l'ancre, avant qu'il eût été aperçu. Mon plan réussit.

Il est évident que les fusées lancées en rade de Saint-Malo étaient destinées à aviser le convoi d'entrer, dès la nuit, parce que notre présence avait été signalée, et qu'on redoutait qu'il nous arrivât du renfort dès la pointe du jour.

Quant aux fusées tirées devant nous, elles avaient été lancées par le brick en réponse aux cinq premières.

Nous levâmes l'ancre pour ne pas être vus. La lune, en effet, brilla toute la nuit.

Nous rentrâmes, à Jersey, attendre un ciel moins clair.