A. de Chateaubriand'. VII in memoriam
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Ce pays a connu l'héroïque aventure; Pas une pierre ici qui n'en fasse l'aveu, Mais vous en maintiendrez la mémoire plus sûre En confiant sa garde à la maison de Dieu.
Ce n'est pas de l'orgueil, ce n'est pas de la haine, Que vous commémorez par ce marbre pieux; L'orgueil est trop futile et la haine est trop vaine Pour ceux dont le grand nom rappelle tant d'aïeux.
Vous savez oublier l'injustice et le crime, Du haut de tant de gloire et de tant de bienfaits, Et vous voilez le deuil de plus d'une victime, Pour ne pas réveiller l'écho des jours mauvais.
« Archives Nationales F7, 6.481.
Votre sang qui teignit les bannières de France, Sans reproche toujours vous en avez fait don, Et quand il a coulé dans l'inique souffrance, Ceux-là qui semaient l'or ont semé le pardon.
Comme l'illustre aïeul captif en Terre Sainte, Vous avez le courage et la foi pour soutiens; Vous subissez l'épreuve et l'acceptez sans plainte ; Héritiers du Croisé, vous êtes des chrétiens.
Et ce fut un chrétien digne de son ancêtre, Ce comte Armand, l'égal de ce comte Geoffroy, Puisque, sacrifiant sa vie, il voulut être, Breton, fidèle à Dieu, Français, fidèle au Roi.
Et c'est ici qu'il a prié!... Cette chapelle, Il en franchit le seuil encore tout enfant, Et le ciel était calme et la terre était belle Et rien ne menaçait l'Ancien Monde vivant.
Mais la terre a tremblé, le ciel est gros d'orage, La Révolution triomphe! Les heureux Voient se lever partout la menace et l'outrage ; La haine sans merci va se ruer sur eux.
Et la chapelle, où cet enfant priait naguère, Avec des mots de joie et peut-être d'orgueil, La chapelle bientôt entendra sa prière, Où se mêlent des mots de révolte et de deuil. Quand la France se jette aux bras vainqueurs du Corse, Croyant trouver la paix dans sa nouvelle erreur, Votre aïeul est soldat du droit contre la force Et champion des Lys contre cet empereur. Exil, proscription, c'est la lutte qu'il aime! Il oppose au malheur l'espoir toujours plus fort... Et la chapelle entend sa prière suprême, Prière d'héroïsme et peut-être de mort!
Qu'elle entende aujourd'hui votre prière triste, Petits-fils et petits-neveux du comte Armand ; Cette prière, où rien d'hostile ne persiste, Comme un encens très pur monte pieusement. C'est la prière faite à genoux sur ces pierres, De ses rêves d'enfance et de son dernier vœu, La plus vaillante et la plus sainte des prières, Notre prière aussi : Pour la France et pour Dieu!