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L'Enchanteur 1768—1848

XXVIII

Armand de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 142–143 · chapitre 26 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Je suis parti, le 18 juillet, à bord l'Aristocrate. J'étais chargé par le prince de Bouillon d'établir de nouveaux points de débarquement. On lui avait fait entendre que ceux dont nous nous servions pour nos débarquements étaient éventés, et dès lors surveillés de près.

J'étais également chargé par lui d'une mission secrète, en France, et d'y déposer quatre personnes.

Si j'avais été seul, j'aurais tenté de descendre à mon point habituel. Étant accompagné de quatre personnes, je ne voulus pas courir ce risque. Je débarquai six lieues plus à l'ouest. C'était dans la nuit du 19 au 20.

En arrivant en France, mon premier soin fut de mettre en sûreté ceux qui m'accompagnaient. Après quoi, je m'empressai de faire les démarches que comportaient mes instructions.

Autant qu'il me fut possible, je parcourus le pays, dans le but de connaître l'opinion publique, l'espérance ou les craintes des différents partis existants.

Je n'eus le temps de parcourir que le département des Côtes-du-Nord.

L'avis général est qu'il existe une division marquée entre le Directoire et les deux consuls. Le premier est généralement discrédité, dans l'opinion publique. Jusqu'ici, rien n'a encore éclaté, mais les gens les plus avisés pensent qu'il se prépare une tragédie effrayante pour quiconque aime la tranquillité.

Les Royalistes paraissent attendre cet événement, et ne comptent bouger qu'autant qu'il se présentera une bonne occasion. Les négociations de paix entre la France, l'Angleterre et l'Empereur semblent avoir suspendu leur mouvement. Il n'en serait pas longtemps ainsi, si la guerre reprenait son activité, à la frontière, et si surtout on essayait de faire marcher les Réquisitions. Le peuple aimerait mieux se battre, chez lui, que d'abandonner ses foyers. Il aime son Roi, sa Religion. Beaucoup de gentilshommes sont regrettés. Mais, peut-être gémira-t-il en silence, si l'orage qui la menace ne vient pas le frapper!

On m'a assuré que, du côté de Rennes, de Fougères, de Vitré, et même de Cholet, plusieurs Royalistes étaient encore en armes, inquiétant les Républicains qui cherchent à semer, dans ces régions, leurs principes anti-sociaux. Il paraît aussi que le peuple n'a pas abandonné le désir de se venger. Mais tout cela n'empêche pas les lois de la République d'avoir leur presque entière exécution.

Telles sont les impressions que j'ai recueillies, avant d'avoir pu achever ma mission particulière qui m'a mené jusqu'au 12 août, date de mon retour i Jersey.