La comtesse Frédéric de Chateaubriand
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Née Jeanne-Thérèse Gastaldi (1806-1871) L régiment de la Reine. Il épousa Jeanne-Thérèse de Gastaldi, née à Nancy, le 26 novembre 18161. Profondément attaché au pays malouin, par tant de liens héréditaires et d'émouvants souvenirs du passé, il voulut bientôt y avoir sa principale demeure et acheta le château de la Ballue; près Saint-Servan.
1 Décédée au château de lu Ballue, en 1871. ↩
Là, se trouvèrent souvent réunis les derniers témoins de l'émouvante tragédie dont nous venons d'esquisser l'histoire : tante Emilie ; ' tante Modeste, la « souris blanche » ; Mme Lhôtelier, l'humble lingère du Val, devenue l'amie si dévouée des mauvais jours.
Le vieux prêtre, qui avait assisté Armand lors de son sinistre débarquement sur la grève de Bretteville, était aussi un des hôtes de la Ballue. Aux enfants du comte de Chateaubriand, Frédéric, Marie, Louise, Blanche et Thérèse, il contait, au coin du foyer, ou sous les verts ombrages du joli manoir, le drame dont il avait été le témoin : et, en dépit de sa fruste nature et de son extrême vieillesse, il atteignait sans , s'en douter une si persuasive éloquence, que les malheurs du grand-père faisaient toujours pleurer les petits-enfants2.
2 Renseignements fournis par la famille de Chateaubriand. ↩
René, lui, ne revint au pays « de la douce souvenance » que pour y dormir le suprême sommeil sur l'ilot du Grand Bé. Mais, que de fois ! l'immortel Malouin, en écrivant ses Mé moires d'Outre-Tombe revit, dans le mirage charmeur de ses dolents souvenirs, sa grève aux sables d'or, Joson, la gentille Hervine et surtout Armand. Pour retracer la page poignante de son martyre, depuis la grève de Bretteville jusqu'à la plaine de Grenelle, il se fit remettre, au retour de la Royauté, les lignes que, les yeux noyés de larmes, avait écrites, dans sa prison, le dernier courrier des Princes. C'est pour cette raison qu'elles manquent aujourd'hui au dossier des Archives nationales. N'y figurent pas non plus, les interrogatoires d'Armand, sauf du moins celui qu'il subit de la part de Fouché. Que sont devenus les autres ? Le ministre de la police les aurait conservés.
Souvent1, aussi, au château de la Ballue, on lisait, en famille, les dernières pages de la vie de l'héroïque grand-père, racontées dans les Mémoires d'Outre-Tombe, mais toujours on passait l'horrible détail du chien de boucher, léchant le sang et la cervelle !
1 Ibidem. ↩
Aujourd'hui, dans un petit cimetière d'une pénétrante poésie, - le cimetière du Rosais2, - qui s'incline en pente douce jusqu'à la Rance, repose le comte Frédéric de Chateaubriand. Ainsi, les flots du joli fleuve bleu, après avoir passé au pied du cher Fédo, tant aimé d'Armand, s'en vont répéter leur plainte au bord du Grand Bé, avant d'aller se perdre dans l'immensité du large1.
2 En Saint-Servan. ↩
1 Décédé au château de la Ballue, le 8 juin 1849. La comtesse de Chateaubriand, née de Gastaldi, décédée à Villers-sur-Mer le a3 juin 1871, est inhumée dans le même tombeau qui renferme également les cendres de Blanche-Marguerite-Marie, leur fille, née à la Ballue, le 10 juin 1843 et décédée à Villers-sur-Mer le 11 juillet 1871, et de 'Thérèse-Jeanne-Marie, née à la Ballue au mois de juillet 183y et décédée au cours de l'année 1874. • Jamais il ne se consola de la mort prématurée de sa femme, M"'• de la Blanchardière. Lire sur le poète Hippolyte de la Morvonnais, l'étude de Louis Tiercelin : « Des élégies à la Thébaïde des Grèves. L'évolution poétique de la Morvonnais (18a4-1838) ». L'Hermine, revue de Bretagne, octobre 1908 et numéros suivants. ↩
Après avoir parlé des êtres, parlons aussi des choses.
Des mains d'Armand et ses sœurs, le cher manoir du Val dut passer, ainsi que nous l'avons dit, en celles de Michel Morvonnais.
Morvonnais eut un fils, Hippolyte, que ses amis dans les lettres appelaient « la Muse blanche de l'Arguenon ». Durant des années, le romantique rêveur promena, dans la solitude de sa retraite, — par les allées bordées de roses et sous le petit bois bercé des chansons de la mer - la nostalgie de son deuil inconsolé?. Le Val lui inspira la Thébaïde des Grèves.
Lorsque, durant l'estivale saison, un des innombrables touristes qui viennent villégiaturer sur la côte d'Émeraude, s'arrête devant la grille de l'élégant château :
C'est ici, lui dit-on que vécut le poète, Hippolyte de la Morvonnais, l'auteur de la Thébaïde des Grèves.
Au delà, ne monte pas le souvenir. Jamais on n'ajoute :
Ici, l'Ami des vagues connut le bonheur. Les pierres parlent tant que la mousse et le lierre soutiennent leur ultime vieillesse. Avec elles. s'évanouissent, dans la tradition populaire, les derniers souvenirs accrochés à leurs ruines.
L'élégant château actuel n'est plus celui d'Armand.
Au bord de la grève de Quatre-Vaux, s'effondre le séculaire colombier des moines de Saint-Jacut, dans lequel l'infortuné courrier des Princes, l'œil rivé sur l'horizon, attendit, durant tant de veilles, son navire qui ne venait pas.
Le Boisé-Lucas1 achève de s'écrouler, sous la pioche des démolisseurs. La fenêtre historique où frappa le proscrit n'existe plus. Des pierres gisent à terre. J'en emportai un frêle morceau la dernière fois que je fus voir, avant sa suprême disparition, ce mélancolique vestige d'un passé mort.
1 Le comte de la Motterouge, représentant actuel des Gouron-Vaurouault et Boisé-Lucas, fait démolir ce petit manoir qui menaçait ruine. ↩
Dernière évocatrice de la tragique odyssée d'Armand de Chateaubriand, ne reste debout que la petite chapelle Sainte Brigide, dans laquelle il s'agenouilla, si souvent, aux jours lointains de son heureuse enfance.
Dans ce modeste oratoire, le 29 juillet 1909, les petits-enfants du héros vinrent commémorer le centenaire de la mort de leur aïeul. Sur les murs de la chapelle, avait été posée une plaque de marbre blanc. Au-dessous des armes de la famille et de sa glorieuse devise : « Monsang teind les bannières de France », on y lit cette inscription :
A la mémoire d'Armand de Chateaubriand
Il mourut victime de sa fidélité à une noble et grande cause 1.
Dans le petit temple rustique, qui pour la cir-Une belle poésie du maître breton, Louis Tiercelin, fut dite par M. Léon Houitte de la Chesnais, maire d'Epiniac, pendant le lunch qui, à l'issue de la cérémonie religieuse, réunit les invités de la famille de Chateaubriand, (Appendice n° 8.) constance avait été orné de fleurs et de verdure, un savant historien, M.l'abbé Tréguy, curé-doyen de Matignon, célébra le saint office.
Après l'Evangile, se tournant vers l'assistance ' :
Nous recommandons, dit-il, à vos prières l'ame de haut et puissant messire Armand-Louis-Marie de Chateaubriand, vicomte du Plessis.
Alors ce fut, pour moi, comme si'l'Ami des vagues n'était pas mort depuis cent ans. Avec une étrange netteté, le passé vint se préciser dans mon âme.
Il me semblait voir les tragiques funérailles. Tout seul, enveloppé de son ample manteau au large collet, René, les cheveux au vent, suivait.
Et, il se disait qu'il y a toujours, pour les martyrs de la foi jurée, une résurrection de gloire et de poésie, non seulement dans la légende, mais aussi dans la famille et dans l'histoire.
Et je me pris à comparer la gloire si longtemps méconnue de l'Ami des vagues, à ces beaux
• La famille d'Armand de Chateaubriand était représentée par le comte de Chateaubriand et la comtesse Marie de Chateaubriandpelit-fils et petite-fille du héros dont nous venons de retracer l'histoire ; M., M=• et M • Bouchet de Beauregard, M. Frédéric de Lében. Mr et MIle de Gaudemont de la Montforrière, M. Grout de Beauvais du Meurtel, M. Adelbert de Lében, MI'• Odette de Léhen.
Le capitaine et M=• de la Motterouge représentaient les familles de Boisé-Lucas et de Gouyon de Vuurouault.
rayons de lumière qui, à mesure que le soleil descend l'horizon, toujours s'allongent sur la mer d'émeraude et l'éblouissent enfin de leurs gerbes d'or.
Novembre 190g.