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L'Enchanteur 1768—1848

XXIV

Armand de Chateaubriand · 1 min de lecture · p. 135–136 · chapitre 21 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le 24 avril, je suis sorti à bord du Royaliste. J'étais chargé, par le prince de Bouillon, de déposer en France onze prêtres et un émigré. Egalement, de relever un homme à la côte.

Le calme m'empêcha d'abord de remplir ma mission. Le 25, vers quatre heures du soir, nous rencontrâmes un convoi venant de l'ouest. Il faisait route vers Saint-Malo.

Ce convoi était composé de dix bâtiments marchands, convoyés par un brick. Ce navire, se trouvant au vent à nous, nous donna la chasse. Son but était de nous couper la retraite, car nous nous trouvions alors enfoncés dans la baie de Saint-Brieuc.

Grâce à notre allure supérieure à la sienne, nous pûmes éviter un engagement. Cependant, il nous approcha à portée de canon et nous tira sa volée. Nous ripostâmes et il nous abandonna, pour aller rejoindre son convoi, avec lequel il entra à Saint-Malo.

Alors, nous virâmes de bord et courûmes de rechef vers la côte.

A dix heures et demie du soir, j'y descendis avec mes passagers. Je les remis aux mains de très bons guides, et relevai l'homme que je devais ramener.

Je revins au rivage pour rembarquer. Impossible de retrouver mon bateau. Sur la grève, il y avait beaucoup de monde. Je crus reconnaître des pêcheurs. Leur vue, pensai-je, avait épouvanté mes matelots.

Il n'était pas encore minuit. Je retournai me cacher, et restai dans ma retraite jusqu'au 29.

Enfin, je pus reprendre la mer. Je ramenai à Jersey trois prisonniers anglais, qui s'étaient évadés de la prison de Dinan. Je les avais envoyé chercher, dans une maison où je savais qu'ils se tenaient.

J'aimais mieux m'en charger que de les voir compromettre la côte, en enlevant un bateau, ce qui était leur intention.