Chapitre VIII. Après le désastre de Quiberon. - Attitude de Puisaye. - Colère des émigrés. - La trahison de Prigent
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Retour de Puisaye à Londres. - A la Chambre des Communes : violents débats.
Puisaye reste à la Correspondance des Princes. - Chateaubriand lui demande un emploi. - Puisaye veut faire arrêter l'Ami des vagues. - Verte réplique de ce dernier. - !. dénonce Prigent. - Il reçoit l'ordre de rendre compte de ses missions en France. - Envoi de son cahier de rapports.
Demande d'un passeport, par Chateaubriand, pour passer en
France. - Réintégration dans le service de la Correspondance. - Départ pour Saint-Malo. - Partage du château du Val, entre la République et les deux sœurs d'Armand. - Elles rachètent le lot échu à l'Etat.
Vente du Val à Michel Morvonnais. - Jenny va habiter chez tante Emilie. - L'école de MIlo Desmottes.
Vaine demande d'emploi. - L'achat d'une goëlette. - L'Ami des vagues, armateur à Jersey.
A la vue du désastre qui se déroulait sur la presqu'île sauvage de Quiberon, le comte de Puisaye, dont le déjeuner avait été succulent, se fit conduire à bord de la Pomone.
Dès le lendemain, 22 juillet, il osait écrire à Windham, ministre d'Angleterre, pour lui demander, en vue d'un nouvel effort, « des cadres d'officiers, mais pas d'officiers isolés et sans emploi »1.
1 Puysaye's papers, vol. IX, fol. 55. British Museum, ms. 7980. ↩
Chez les émigrés qui avaient pu rejoindre l'escadre, l'attitude de Puisaye fut immédiatement jugée avec la dernière sévérité. Sur tous les visages, c'était l'expression du mépris ou de la colère. Prétextant le mal de mer, Puisaye alla se cacher dans sa cabine. Il y resta trois jours, sans oser reparaître.
Trop tard, hélas! le jeu de l'Angleterre se dessinait enfin à tous les yeux. En prenant les émigrés à sa solde, en les enrôlant dans ses armées, la a perfide Albion » n'avait voulu que brouiller les cartes et prolonger l'existence de la Révolution, è laquelle elle trouvait profit. Elle n'avait voulu que favoriser le massacre de Français par d'autres Français, et arriver ainsi peut-être à gagner quelque bon port, sur nos côtes. Quant au rétablissement de la Monarchie, elle n'en voulait pas2.
2 Arthur de la Borderie, préface à l'ouvrage Les émigrés à Quiberon, par Charles Robert. Paris, Lamulle et Poisson, éditeurs. ↩
Les responsabilités aussi allaient se préciser, et la félonie du maître rejaillir sur son lieutenant, Noël Prigent.
Le prince de Bouillon recevait la lettre suivante :
« Une femme espionne a déclaré, le 26 août dernier, avoir des intelligences, depuis quinze jours, avec un nommé Noël Prigent, chef de toutes les correspondances du gouvernement anglais, avec toutes les armées royales de France; qu'il y avait environ deux mois que Prigent lui avait remis une liste sur laquelle étaient inscrits les noms de MM. les émigrés qui étaient repassés en France pour reprendre les armes, et de ceux qui étaient restés en Angleterre. Le dit état fut remis par la femme sus-mentionnée, entre les mains du nommé Ménage, à qui elle venait rendre compte de sa mission1.i Cependant, Puisaye, qui s'était fait débarquer dans une petite maison de l'lle de Houat, continuait à correspondre avec Windham. Il lui laissait entendre qu'il disposait de forces considérables et lui parlait de ses prétendus rapports avec Stofflet, Charette et autres chefs de l'armée royale. En même temps, déversant le fiel jet continu sur ses infortunés compagnons d'armes, il terminait, par cette phrase odieuse, une de ses lettres: « Je n'aurai rien souffert si vous me continuez votre amitié; j'en suis toujours digne1. »
1 British Museum Papiers de Puisaye, tome XVII. Correspondance avec le prince de Bouillon. ↩
1 Lettre de Puisave, datée de l'ile d'Houat. Papiers de Puisaye, vol. 1X. fol. 545g. Ms. British Museum 7980. • It was not endeed british blood that lowed, but british honour bled at every pore... ↩
Tout à coup, à Houat, se répandit le bruit de l'arrivée du comte d'Artois, à la tête de renforts considérables.
A cette nouvelle, Puisaye s'empressa de rembarquer sur la Pomone, et de se faire conduire au Conseil général de l'armée catholique de Bretagne dont il était le président. Ignorant de la conduite de Puisaye, ce Conseil l'acclama.
Mieux renseigné, le comte d'Artois lui demanda sa démission de général en chef.
Alors Puisaye rentra à Londres, où il se mit à cabaler au profit de la famille d'Orléans.
A Londres, aussi, les responsabilités se dégageaient. Quand fut projetée l'expédition du comte d'Artois e l'île d'Yeu, elles donnèrent lieu aux plus émouvants débats.
« L'expédition de Quiberon, s'écria l'illustre orateur irlandais Sheridan, à la tribune de la Chambre des Communes, le 29 octobre 1795, est une honte pour l'humanité. Sans doute, alors, le sang anglais n'a pas coulé, mais l'honneur a saigné par tous les pores. »
Georges Fox, l'ami fidèle de la France, L'irréductible adversaire du chancelier Pitt, h'était pas moins explicatif:
« Si dans cette expédition on n'a pas prodigué le sang anglais, ce qui est pire, l'honneur du nom anglais y a été terni1. »
1 Tho'is that first expedition there was not waste of british blood, yet the honour of british name was tarnished (House of Commons. Thutsday october 29. The Times, oclober 30, 1795.) ↩
Et il proposait ce cinglant ordre du jour ‹ « La Chambre voit avec le regret le plus profond que, dans l'expédition malheureuse de Quiberon, les émigrés anglais furent les victimes de leur confiance en l'honneur de l'Angleterre, et que les divers événements de la guerre ont été souillés de sang et de trahison2. »
2 That the House sees with the deepest regret that in the infortunate expedition of Quiberon. the french emigrants became the sacrifice of their confidence in British honour and that the various events of the war hâve been attended with an expediture of blood and heasure. (Journal le limes, précité.) ↩
A la suite de ces événements, Puisaye perdit la faveur même de son ami, le ministre Windham. Pour se faire oublier, il partit au Canada, accompagné notamment de: MM. Boitton, le comte et le vicomte de Chalus, de Saint-Georges, de Farcy, Marchand, Le Beigle, Renoux, Sergeant, d'Allègre, Le Tourneur3... !I voulait tenter un essai de colonisation. Il ne réussit pas et revint en Angleterre.
3 List proporting to a distribution of the lands at the place called Windham. Papiers de Puisaye. British Muséum. ↩
Alors, il songea à regagner la faveur perdue et à renouer des relations avec le monde politique anglais.
Il y parvint, grâce à son incontestable souplesse. Aidé de son acolyte Prigent, il continua sinon comme général, du moins comme chef de la Correspondance, à tenir tous les fils d'une interlope diplomatie, en laquelle bon nombre d'émigrés trop confiants et mal renseignés comptaient encore, pour ramener les Bourbons en France.
Il en était ainsi, principalement, des émigrés de Jersey.
Nous avons vu, à la fin du journal d'Armand de Chateaubriand, que celui-ci, chargé de porter à Puisaye une correspondance secrète qu'il était allé chercher en France, avait été remplacé par Tinténiac.
Armand de Chateaubriand avait été fort peiné de cet incident, d'autant qu'il comptait beaucoup sur cette entrevue pour obtenir la continuation de son emploi.
Ignorant quelle avait été la conduite de Puisaye à Quiberon, et ne voyant en lui que le chef de la Correspondance, toujours investi de la confiance des Princes et susceptible de lui assurer l'existence, il lui écrivit, le 6 décembre 1796, dans les termes suivants1 :
1 Tome XXV. Papiers de Puisaye. British Museum. ↩
« M. Rochemordu a bien voulu me confier trois lettres à votre adresse. Je me sers du canal de Victor, pour vous les faire passer, ne voulant pas essayer de parvenir à l'honneur de vous voir. Personne plus que moi n'est jaloux de mériter votre estime, et j'ai un désir bien sincère d'avoir l'honneur de vous connaître.
« Depuis plus de deux ans que j'ai la confiance du gouvernement, je n'ai eu que deux fois l'occasion de me faire connaître à vous, et si vous voulez m'accorder la grâce de parvenir jusqu'à vous, je vous ferai savoir les motifs qui m'ont tait la perdre. Mon plus grand chagrin a été, en dépit des trente et quelques voyages que j'ai faits par ordre du prince de Bouillon, de ne pas avoir eu l'honneur de vous connaître. Si vous aviez passé par Jersey, à votre retour d'Angleterre, j'avais ordre de me tenir prêt à vous servir de guide, jusqu'au sein de votre armée. »
En réponse à cette humble supplique, Puisaye envoya l'ordre, aux autorités jersiaises, « de surveiller les débarquements, d'arrêter et de juger militairement, comme agents d'une correspondance clandestine et contraire aux intérêts du gouvernement anglais, tout homme qui ne serait pas porteur de pouvoirs signés de sa main '.
Cet ordre odieux, qui fait le plus bel éloge de Chateaubriand et des autres agents du prince de Bouillon, fut accueilli, dans « l'ile des Amis », par un cri d'indignation et un indicible sentiment de stupeur.
Les yeux, là aussi, se désillaient, enfin.
Chateaubriand, se jugeant spécialement visé, et devinant, dans cette inique mesure, la perfide influence de Prigent, releva le gant dans cette riposte indignée :
« « J'ose croire, monsieur le Comte, qu'après trente et quelques voyages où l'honneur, le désintéressement et un entier dévouement à la cause de mon Roi légitime ont été mes seuls guides, une semblable imputation ne saurait tomber sur moi.
« Si je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous, j'espère que M. le prince de Bouillon, ainsi que les différents gentilhommes bretons employés sous ses ordres, savent me rendre justice.
« Leur approbation et la confiance qu'ils veulent bien m'accorder me sont un sur garant que vous ne me refuserez pas la vôtre, et que vous
• British Muséum, f° 13, tome XXV. Papiers de Puisaye.
voudrez bien m'accorder une autorisation qui me mette à l'abri des perquisitions que l'on pourrait tenter à mon égard.
« Revêtu, comme vous l'êtes, des pouvoirs du Roi, j'espère que vous ne refuserez pas à un sujet, qui se fait un devoir de se sacrifier pour lui, une sauvegarde contre ceux qui cherchent à s'opposer à ses démarches.
« Ma franchise ne me permet pas de vous cacher que je me suis aperçu, dans mon dernier voyage, que beaucoup de ceux auxquels vous accordez si justement votre confiance sont étonnés que vous l'accordiez également à un homme comme Prigent qui s'érige en maître de la Bretagne, et cherche à discréditer tout autre, dans l'opinion publique. Du reste, il n'y réussira jamais, grâce à la gaucherie qu'il y met1.
1 Sur la délation de Prigent, se trouve, également, au British Museum les lettres fort explicatives du comte de Sérent à Puisaye (tome III, Correspondance avec les ministres français.) ↩
« Je me tais, et n'en dirai pas davantage à son égard, sinon que le peu de confiance qu'il inspire peut faire le plus grand tort, dans l'opinion publique, au parti et à ceux qui l'emploient. »
Cette verte réplique eut le résultat qu'elle devait avoir. Elle irrita l'orgueil de Puisaye qui, incité par Prigent, intima l'ordre è Chateaubriand d'avoir à rendre compte de la façon dont il s'était acquitté de ses fonctions, en qualité de courrier des Princes.
L'Ami des vagues bondit sous l'insulte et répondit : '
« Monsieur le Comte, « Soumis, depuis trois ans, à l'autorité d'un chef non suspect, je ne m'attendais pas que vous m'eussiez enjoint l'ordre de vous faire passer un compte exact des différents rapports relatifs à mes voyages en France, surtout après la lettre flatteuse que vous me fîtes l'honneur de m'écrire, au mois de septembre dernier.
« D'après ses flatteuses expressions, je n'ai pas cru manquer à mon devoir, en remettant mes rapports entre les mains de celui dont vous reconnaissiez alors les pouvoirs, à l'égard de l'objet de mes voyages.
« Ceux-ci ont eu constamment pour but l'intérêt réel de mon Roi légitime et de Son Altesse Royale, Monsieur, principe dont je ne m'écarterai jamais.
« Voilà, monsieur le Comte, quelle a été toujours ma profession de foi.
« Veuillez agréer...
Chateaubriand
• Folio 18, ibidem, British Muséum.
A cette noble réponse, Chateaubriand joignit le cahier de ses rapports : vrai livre d'or qui chante l'héroïsme le plus pur et que Puisaye devait léguer en mourant à l'Angleterre, avec ses autres documents, sans se douter qu'il remettait ainsi, lui-même, à la postérité les éléments les plus graves du réquisitoire que l'histoire un jour prononcerait contre lui.
Puisaye se tint coi. Mais Chateaubriand ne pouvait se contenter de ce silence. Les Princes ne le payaient pas. Il fallait donc, pour vivre, se procurer des ressources. Il résolut de passer en France.
Sur un ton plus adouci, il en écrivit à Puisaye1 :
1 Folio 25, tome XXV, British Museum. ↩
« Monsieur le Comte, « Je commence à craindre que la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, laquelle j'avais joint les différents rapports que vous me demandiez, ne vous soit pas parvenue.
« Je prends le parti, cette fois, de vous écrire, sous l'enveloppe de M. Windham, et vous prie de vouloir bien m'accorder un passeport pour aller en France, car des affaires de famille m'appellent en Bretagne.
« Je ne vous le demande pas à titre de correspondant. J'attends pour cela que vous jugiez opportun que j'y passe en cette qualité.
« Vous m'obligeriez infiniment si vous vouliez m'accuser réception des différentes pièces que j'ai eu l'honneur de vous adresser.
« Veuillez agréer...
Chateaubriand
Par l'entremise de M. de la Thuilerie, Puisaye fit parvenir à Chateaubriand, non seulement le passeport demandé, mais l'autorisation de continuer son service de correspondant des Princes.
Nanti de son' passeport, et heureux de sa réintégration, Armand partit pour Saint-Malo.
Mis sous séquestre, dans les circonstances que nous avons relatées, le château du Val, avec toutes ses fermes, avait été divisé en quatre lots, conformément à la loi du 8 avril 1791 qui supprimait les partages inégaux. L'Etat s'était adjugé les parts d'Armand et d'Adélaïde, tous deux émigrés1.
1 Le jugement qui ordonne le partage du château el des terres du Val est ainsi motive : « Vu l'arrêté du a germinal an VII qui ordonne le partage des biens de feu Pierre Chateaubriand et de son épouse Marie-Jeanne Brignon, décédés à Saint-Malo, pour être fait entre la République, aux droits d'Adélaïde-Marie Chateaubriand et Armand Chateaubriand, émigrés, et Marie-Anne et Emilie Chaleaubriand, enfants dudit Pierre Chateaubriand et Marie-Jeanne Brignon, en quatre lotties égales. « Attendu que lesdits père et mère sont décédés, depuis la loi du 8 avril 1791 qui supprime les partages inégaux. « Arrête que les biens indivis entre la République aux droits d'Adélaïde Chateaubriand et Armand Chateaubriand émigrés, et Marie-Anne et Emilie-Marie Chateaubriand, républicoles, biens provenant de la communauté des père et mère desdits Chateaubriand, demeurent confondus dans une seule masse, pour être divisés en quatre lotties dont deux reviendront par la voie du sort à la République, aux droits des deux Chateaubriand émigrés, et deux aux citoyennes Chateaubriand, républicoles. (Archives du Château du Val.) Par suite de la loi susvisée du 8 avril 1791. Modeste et Emilie de Chateaubriand se trouvaient dépouillées de la succession de leur sœur qui était décédée républicole. Dans le jugement, il existe une confusion de prénoms. Au lieu de Anne-Marie, il faut lire Modeste-Marie. ↩
Le partage, ordonné par arrêté du 2 germinal an III, n'eut lieu que le 7 pluviôse an VII.
Les 2° et 4° lots échurent à la République. Le a° lot comprenait la ferme de Bon-Espoir et une partie de celle de Pinguen. Le 4° comprenait le reste de cette ferme avec ses bâtiments.
Le château et ses dépendances restait donc à Marie et à Emilie de Chateaubriand.
Par acte du 14 floréal an VII, les deux orphelines rachetèrent à la République, au prix de 34.701 fr. 10, la part qui lui avait été adjugée par le sort.
En réalité, c'était là une mauvaise spéculation. Le château était dans un lamentable état, et leur fortune que ce rachat avait encore amoindrie n'était plus suffisante pour administer le cher domaine familial.
D'accord avec Armand, qui pour elles avait évidemment droit à sa part, elles se décidèrent, la mort dans le cœur, à chercher un acquéreur.
Un ancien jurisconsulte de Saint-Malo, Michel Morvonnais, époux de dame Perrine Saudrais, se présenta. Michel Morvonnais était en relations d'affaires avec la famille de Chateaubriand1. Il fut agréé comme acquéreur.
1 Citons à ce point de vue une quittance ainsi libellée : « Les soussignées Emilie-Thérèse Chateaubriand et Jeanne Lebrun, épouse d'Armand-Louis-Marie de Chateaubriand, actuellement absent, remboursent à Michel Morvonnais le montant d'un billet égaré de 120 livres, prêtées en prairial ou messidor. » Suivent les signatures. ↩
Le 26 prairial an IX, suivant acte au rapport de Mme Cot, notaire à Salnt-Malo, le beau domaine du Val devint sa propriété, pour le prix de 49.702 francs, dont il paya la moitié au comptant.
Un an après, jour pour jour, il se libéra du solde, suivant quittance au rapport du même notaire.
Armand signa à l'acte avec ses deux sœurs. Telles étaient les raisons de famille qui avalent incité Chateaubriand à solliciter un passeport du comte de Puisaye, pour se rendre à Saint-Malo, où il fit plusieurs séjours successifs.
Au cours de l'un de ses voyages, il emmena sa petite Jenny. Quelle joie ce fut pour les deux orphelines d'embrasser leur gentille nièce! Oh ! si Armand voulait bien la leur laisser, avec quelle tendresse elles sauraient la dorloter ! Et puis, ne fallait-il pas songer à lui apprendre le catéchisme, à inculquer dans son âme d'enfant les principes religieux qui avaient toujours été, dans la famille, la base fondamentale de l'éducation ? Les églises ne rouvraient-elles pas leurs portes? Maintenant, à Saint-Malo, il y avait d'excellentes pensions. Ainsi, celle de la bonne demoiselle Desmottes. On y mettrait Jenny-Armand se laissa attendrir. Les raisons données par ses sœurs étaient d'ailleurs excellentes. Un jour, sans sa Jenny il revint à Jersey
Il y reprit son poste de courrier des Princes: poste purement honorifique. Le billet de Puisaye, le rétablissant dans ses fonctions, était un leurre. Il était bien toujours attaché à la Correspondance, mais sans recevoir la moindre mission, sans toucher les plus modestes appointements.
Voici, entre beaucoup, une des lettres qu'il écrivit à Puisaye pour se plaindre, à juste titre, des agissements dont il était victime ' :
« Depuis six mois, nous ne recevons rien du traitement qui nous est accordé par le gouvernement, et, pour peu que cela dure, nous serons forcés de subvenir à notre subsistance.
« Ma bonne volonté, aidée d'un peu d'intelligence, étant le seul moyen que je puisse offrir, elle devient presque inutile, si par ailleurs on ne me fournit pas les moyens de la faire valoir, ce qui m'est impossible si je ne reçois pas de traitement, afin de pouvoir faire honneur à plusieurs petites dettes que le besoin m'a forcé de contracter et que la délicatesse me défend de laisser derrière moi. »
Estimant avec raison qu'il fallait, pour assurer son existence, ne pas attendre plus longtemps des subsides chimériques, il acheta une goëlette, avec les fonds qui lui venaient de son héritage patrimonial, et, sous le nom du capitaine auquel il en confia le commandement, il se mit à faire des armements.
• De septembre 1704 à janvier 1795, Chateaubriand n'avait reçu que les 36 livres accordées à chaque émigré.
Du 1° janvier 1795 au mois de mars 1796, il avait reçu a shelling et demi par jour. Du mois de mars 1796 au 1er octobre 1797. il devait recevoir 5 shellings par jour, mais quatre mois restèrent impayés, et il ne reçut rien comme émigré.
Dans la suite, surtout après la disgrâce que lui valut sa fière riposte à Puisaye, il ne reçut que des subsides de plus en plus minimes. (F° 22. Papiers de Puisaye. British Muséum.)
Ainsi il gagna quelque argent. Cet argent lui servit à affermer quelques terres aux environs de son cottage.
Alors, un pèle rayon de bonheur paisible vint éclairer son aventureuse existence.
Ce n'était qu'une courte éclaircie.