XXVII
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Le 2 ou le 3 juillet, je me suis embarqué à nouveau, avec les mêmes passagers, par ordre du prince de Bouillon.
Nous n'avions qu'un simple canot, commandé, pour le voyage, par M. Gouyon de Vaucouleurs. Il faisait beau temps et petite brise.
Au delà des Minquiers, le vent passa au nord, puis au nord-nord-ouest, avec forte brise. Nous continuâmes notre route, jusqu'à deux lieues et demie du cap Fréhel. Alors, nous mouillâmes. Il était vers quatre heures du soir. Nous n'avions pas pensé arriver si tôt.
Soudain, le vent augmenta tellement et la mer devint si houleuse, que nous nous vîmes menacés de sombrer, si nous restions plus longtemps à l'ancre.
Nous appareillâmes, et je proposai à M. Gouyon d'aborder sur la côte de France, me chargeant de faire disparaître le bateau, afin de ne pas vendre l'endroit de notre débarquement.
Je m'engageai aussi à trouver, dans moins d'une demi-heure, un logement pour tout le monde.
M. de Vaucouleurs refusa mon offre qui, de fait, était peut-être difficilement réalisable, mais me paraissait la seule possible pour mener notre entreprise à bonne fin.
Il argua que le canot lui avait été particulièrement recommandé, et qu'il ne pouvait prendre sous sa responsabilité de le perdre.
A son avis, le plus prudent était d'essayer de gagner la maîtresse île des Minquiers, pendant que la marée le permettait.
C'est ce que nous fi mes avec bien de la peine, et non sans danger.
Quand nous arrivâmes aux Minquiers, nous étions mouillés jusqu'aux os. Notre biscuit était trempé d'eau de mer.
Le lendemain, il faisait calme... Nous ne pouvions forcer nos six rameurs à nager jusqu'en France, n'ayant pour les sustenter que de l'eau, avec du fromage et des biscuits imprégnés d'eau de mer.
Nous fûmes donc obligés de retourner à Jersey, sans avoir pu réussir.
Tant de constance dans notre malheur décida M. de la Bourdonnais à abandonner la partie.