VII interrogatoire d'Armand de Chateaubriand par Fouché, ministre de la police
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
VII interrogatoire d'Armand de Chateaubriand par Fouché, ministre de la police²
Aujourd'hui, six février mil huit cent neuf, a été amené, au Ministère de la Police, le particulier désigné et arrêté sous le nom de John Falk (sic) Terrier, lequel a déclaré se nommer Armand-Louis-Marie de Chateaubriand, né à Saint-Malo, âgé de quarante ans, établi à Jersey depuis treize ans.
A lui demandé s'il reconnaît les papiers qui lui sont présentés pour lui appartenir, consistant en une liasse de trente-deux pièces collées et paraphées, depuis un jusqu'à trente-deux.
A répondu que ces papiers lui appartiennent, en effet, déclarant les avoir emportés avec lui, le jour de son départ de Saint-Cast, pour se rendre à Jersey, et les avoir jetés à deux lieues en mer, se voyant prêt de faire côte sur terre de France, et a déclaré qu'il était prêt à les parapher, ce qu'il a fait pour chacune des trente-deux pièces à l'exception de celle n° 81 qui a été distraite, et sera représentée et paraphée plus tard.
1 Rapport sur Brest, par de Guyon-Vaurouault. ↩
Demande. - La pièce n°I portant pour titre : Instructions, - annonce que vous avez exporte de Londres des proclamations et autres imprimés. En quoi consistaient ces imprimés et proclamations et qu'en avez-vous fait?
R. - C'étaient des imprimés relatifs à l'Espagne : lettres et proclamations des insurgés. Je les ai brûlés tous, presque aussitôt mon arrivée en France.
D. - Chez qui êtes-vous descendu en arrivant sur nos côtes i
R. -Je n'ai point été ailleurs que chez mon ami, M. Boisé-Lucas, mon ancien ami de Saint-Cast. J'y suis resté et c'est de là que je me suis rembarqué. Je n'ai pas logé ailleurs.
D. - Qui vous a procuré l'agent que vous avez envoye à Brest? Est-ce vous qui lui avez donné ses instructions ?
R. -Non, monsieur, je ne l'ai pas vu, il ne savait pas pour qui il agissait. C'est M. Boisé-Lucas, fils, qui l'a vu et l'a chargé de l'affaire. Cet agent est M. Gouyon-Vaurouault, qui a été dans la Marine Royale.
D. - M. Gouyon Vaurouault est-il resté longtemps absent, pour cette mission ?
R. - Environ dix ou douze jours, et c'est lui-même qui a rapporté ses notes à M. Boisé-Lucas qui me les a remises ; les notes contiennent des détails sur le port de Brest
D. - Est-ce M. Boisé-Lucas, le père, qui vous a donné son fils pour agent principal et pour remplir une mission à Paris, ou si ce jeune homme s'est offert de lui-même?
R. - Le fils est maître de ses volontés et a agi de son propre mouvement.
D. - Boisé-Lucas, fils, a apporté trois lettres à Paris, adressées par Henry Larivière à MM. Laya et Sicard. Quelle est l'autre personne désignée sous les initiales Ca... pour qui il en avait aussi une ?
R. - C'est M. Caille, avocat à Paris. Il n'en a pas eu de réponse; mais M. Boisé-Lucas m'a rapporté, ainsi que vous le voyez dans mes notes, que M. Caille lui avait dit qu'il y aurait peut-être un changement de choses, en France, sous peu; que même les affaires d'Espagne paraissaient l'accélérer, si elles continuaient d'aller mal.
Du reste, M. Caille a refusé d'écrire et d'entrer dans les affaires que M. Boisé-Lucas lui présentait de la part de Henry Larivière.
D. - Puisque vous n'avez vu que MM. Boisé-Lucas, père et fils, qui a donc communiqué pour vous, avec les bateliers pour votre retour, et qui faisait vos commissions ?
R. -J'ai vu aussi Chauvel, marin; c'est M. Boisé-Lucas qui l'a fait venir me parler. J'ai vu aussi M. Bergerat, gendre de M. Boisé-Lucas, et demeurant avec son beau-père dans la même maison; mais il ne s'est pas occupé de mes affaires. Il a même été absent pour ses affaires, pendant une partie du temps que j'ai passé chez M. Boisé-Lucas. Je dois à la vérité de déclarer que M. Boisé-Lucas ne m'a reçu qu'à cause de notre ancienne amitié et m'a fortement conseillé d'abandonner tout cela, et de ne plus revenir après que j'aurais eu le bonheur de me rembarquer sur mon bateau, le a9 septembre, quatre jours après mon arrivée.
D. - Comment vous êtes-vous procuré le moyen de vous rembarquer: votre bateau ayant manqué à vous reprendre ?
R. -Je me suis rendu à Saint-Cast où j'ai pris un bateau, dans lequel je me suis embarqué : j'ai laissé cent louis à M. Boisé-Lucas, pour payer sous main les pêcheurs auxquels le bateau appartenait et qui ignoraient mon projet, et pour payer à son retour le nommé Jean Brien, ou plutôt Depagne, mon compagnon, lequel m'a aidé. Je lui avais promis quatre cents francs d'indemnité pour ses peines. C'est Jean Chauvel qui a réglé tout, avec Depagne que je ne connaissais pas du tout.
Lecture, faite etc.