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L'Enchanteur 1768—1848
Armand de Chateaubriand Chateaubriand

Chateaubriand

Armand de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. 97–99 · chapitre 11 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Nota. - Les rapports dont les dates ne sont pas bien précises, sont ceux dont je n'ai pas conservé de notes et auxquels ma mémoire est obligée de suppléer.

Je suis parti de Jersey, le 10 décembre 1794, par ordre du prince de Bouillon, bord du Belcares, pour me rendre en France, chargé de déposer, au Conseil le plus voisin de la côte ou entre les mains de gens bien connus, une assez grande quantité d'assignats destinés à être distribués aux mains de ceux qui travaillaient à maintenir le peuple dans les bons principes.

Sans trouver d'obstacle, je débarquai, à la côte, le soir, vers onze heures. Une fois à terre, j'eus beaucoup de difficultés à me loger, ayant trouvé dans presque toutes les maisons des soldats de la République. Enfin, je découvris à Ploubalay une maison où il n'y en avait pas, parce que les maîtres de ce logis avaient la dysenterie. Je m'y cachai. Au bout de vingt-quatre heures, je vis le recteur de cette paroisse. Toujours fidèle aux bons principes, il n'avait jamais quitté le pays. Il était donc plus à même que quiconque de faire, de ces assignats, l'emploi projeté. Je les lui confiai. Le 15 du même mois, le bateau qui m'avait déposé sur la côte vint me relever, et me ramena à Jersey, où j'arrivai le lendemain vers midi.

Nota. - M. le prince de Bouillon ne m'ayant réclamé aucun rapport écrit de ce voyage, je ine contentai de lui en faire le récit de vive voix.

II

Je suis parti, du 22 au 23 décembre 1794, à bord du lougre le Daphné, par ordre du prince de Bouillon. Il m'avait chargé de reconnaître quelques points sûrs de débarquement, dans les environs de Saint-Malo, afin d'y faire passer le plus grand nombre possible d'assignats.

La violence du vent nous obligea à relâcher, quand vint la nuit. Le lendemain matin, les vents du sud-est avaient augmenté, au point de nous obliger à fuir devant le temps, et à aller mouiller sur la rade de Guernesey, faute de pouvoir même entrer dans ce port.

Tout le jour, le vent ne fit qu'augmenter. Le soir, vers sept heures, à mer haute, nous essayâmes d'entrer dans la Chaussée. Nous redoutions des avaries, car le navire avait touché, très fort, dans la rade.

Soit que le capitaine eût manqué son appareillage, soit que le vent fut trop violent, nous manquâmes l'entrée de la jetée et fûmes nous jeter sur les rochers, au sud de la Chaussée. Nous fîmes une avarie à la quille de notre bâtiment, qui se mit à faire eau de toute part.

Nous passâmes les fêtes de Noël Guernesey. Il faisait une tempête affreuse. Une fois le calme revenu, M. Gouet, lieutenant du Roi, qui était chargé de l'expédition, se décida à demander un bâtiment au commandant de l'île, afin de rentrer à Jersey. Sa demande fut accueillie.

Aussitôt après notre départ, survint un calme plat. C'est pourquoi, MM. Gouet, Préjean1, Bertin2 et moi nous nous embarquâmes à bord d'une chaloupe que le prince nous avait confiée.

1 Préjean ou Prigent. ↩

2 « Bertin est le favori préféré du duc de Bouillon. Il est l'ennemi juré de la F'rance, où il ne rentrera jamais, dit-il. Il a épousé une Jersiaise à laquelle il a fait attribuer un traitement comme à toute sa famille. » (Premier voyage de Prigent en Bretagne, 180]. F7. 6480. Archives nationales.) ↩

Nous revînmes à Jersey, sans avoir pu remplir le but de nos missions particulières.

Nota. - Je n'ai pas de double de ce rapport.