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L'Enchanteur 1768—1848
Armand de Chateaubriand Chapitre XIV. Voyage de Boisé-Lucas à Saint-Malo (ror octobre 1806). - Visite aux demoiselles de Chateaubriand. - Une composition d'écriture de la petite Jenny

Chapitre XIV. Voyage de Boisé-Lucas à Saint-Malo (ror octobre 1806). - Visite aux demoiselles de Chateaubriand. - Une composition d'écriture de la petite Jenny

Armand de Chateaubriand · 5 min de lecture · p. 262–267 · chapitre 35 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Armand dans sa cachette. - Il s'adonne à la lecture. - Nomenclature des ouvrages que lui fait parvenir Maxime. - Les livres les plus en vogue, en 1808. - Armand, littérateur. - Chansons de table. - Le Voyageur et le gibet (apologue).

Les souffrances de la réclusion. - Dans le pigeonnier des moines de Saint-Jacut. - Veilles douloureuses.

Un secret qui se perce à jour. - Il faut fuir. - Déconvenues. - Dans le petit bois du Val (6 novembre). - Désespoir. - Rencontre de Jean Chauvel. - Plan de fuite. - Départ avec Jean Chauvel. - Calme plat. - La tempête. - Voie d'eau. - Retour à la côte de France. - Nouvelle réclusion, dans la cachette du Boisé-Lucas. - Dernière entrevue avec Chauvel.

Tandis que Louveteau conspirait à Paris, que se passait-il au Boisé-Lucas ?

Le 1er octobre, avant le départ de son fils, Boisé-Lucas, à la prime aurore, se rendait à Saint-Malo. Il y arrivait à la « brune de nuit, et allait se loger, rue de Dinan, à l'auberge de la Pie, tenue par Martin.

Réveillé de bonne heure, le lendemain matin, il se glissait, par les ruelles détournées, vers le Petit-Placitre où demeuraient Miis de Chateaubriand.

Rapidement, il les mit au courant de l'arrivée de leur frère Armand. Celles-ci envoyèrent chercher Jenny, chez Mme Desmottes. Boisé-Lucas embrassa la fillette et s'en alla, aussitôt que possible, emportant, pour la montrer au père, une belle composition d'écriture qui avait valu à l'enfant la première place de sa classe.

Après cette première visite, il retourna à différentes reprises chez les sœurs d'Armand. Egalement, chez l'imprimeur Rottier, qui s'était chargé de la transmission des gazettes1.

1 A la suite de l'arrestation d'Armand, Rottier ne fut pas inquiété. M"• Emilie de Chateaubriand subit, au contraire, deux interrogatoires, de la part de M. Petit, commissaire-général de police à Saint-Malo. Gos interrogatoires, motivés par l'aveu de deux visites, que reconnut lui avoir faites M. de Boisé-Lucas, ne parvinrent pas à établir une complicité qui, du reste, n'existait pas. ↩

Et Armand ?

Aux deux dates convenues avec M. Montan, il s'était rendu à la côte, où il avait passé la nuit, caché dans les rochers.

Sa goëlette n'avait pas paru. Dès lors, fidèle à la consigne qu'il avait consentie, il se tint consciencieusement casemate, dans l'affreux « cabinet attenant à la chambre de Madame ». Tout d'abord, il prit allègrement son parti. Est-ce que Boisé-Lucas, Maxime et Gouyon ne se dépensaient pas, avec autant d'intelligence que dévouement, pour le succès de son aventureuse mission ? Chaque lettre du Louveteau n'était-elle pas une nouvelle pierre apportée à la noble cause dont il s'était fait l'inlassable champion? Enfin, pour adoucir les longues heures de sa réclusion, n'avait-il pas les livres - discrets et efficaces onguents des plaies morales - que l'aimable Louveteau lui faisait adroitement parvenir ?

Le relevé de ces publications, dont Armand, au fond de son réduit, dressait une méticuleuse nomenclature, constitue aujourd'hui une fort curieuse bibliographie de l'époque1.

1 ¡re liasse, a6 et 27° pièces. ↩

L'Almanach des Muses, lui écrit Maxime, a paru, en 1807, chez Louis, imprimeur à Paris, 6, rue de la Savoie. La collection complète du Nouvel Almanach des Muses, rédigé par Charlemagne, est en vente à prix fixe, chez Barba, rue de Richelieu. Le premier volume de cet almanach a paru en 1802, et la collection est aujourd'hui de sept volumes. L'Almanach littéraire ou d'Apollon, parait depuis 1801. La collection du Portefeuille Français ou Choix d'épigrammes, calembourgs, fables, chansons etc... remonte à 1800, et se compose de neuf volumes, en vente chez Capelle, n° 344, rue Jean-Jacques-Rousseau.

Le Journal des causes célèbres se trouve à Paris, chez Moutard, mais il existe aussi un cabinet de lecture de Rottier, à Saint-Malo.

Pour l'envoi de ces publications, Maxime avait reçu cent vingt francs.

Les volumes envoyés sont plus nombreux encore que les revues.

Alexandra ou la Chaumière Russe, par Mme Roland, auteur de Palmire, 3 volumes in-8, contenant environ 270 pages, chacun, imprimé en 1808. Coût du volume, 6 francs.

Elisabeth ou les Exilés en Sibérie, suivi de la Prise de Jéricho, poème par M=* Cottin, 2 volumes in-8, contenant chacun 200 pages, imprimé en 1806. Coût, 4 francs.

Le Siège de la Rochelle ou le Malheur et la Conscience, par M=° de Genlis, 2 volumes in-8, contenant chacun 300 pages, imprimé en 1808. Coût du volume, 5 francs.

Le Cultivateur de la Louisiane, revue historique par J.-H.-F. de la Mertelière, auteur des Trois Gil-Blas, 4 volumes, in-8, contenant environ 200 pages chacun, imprimé en 1808. Coût, 7 fr. j0.

« Voilà », écrit Maxime ', les livres les plus nouveaux et les plus connus. On les dévore à Paris. On m'a promis les ouvrages de M. de Sigure et de Michel Surto, dont les éditions sont épuisées. On ne pourra les dénicher que dans quelques vieilles bibliothèques. On doit m'écrire, Rennes, sous un mois, à ce sujet. Ce serait le libraire chez qui j'ai acheté ces livres que j'aurais voulu gagner pour la Correspondance.

« La relation du voyage de M. de Chateaubriand n'est point imprimée. On ignore quand elle le sera. On dit l'auteur à Rome. »

A propos des détails de toilette dont l'a aussi chargé Armand, Maxime lui écrit :

« On ne veut pas donner à Paris des échantillons de dentelle. Il faut, pour en avoir, s'adresser à Malines, lieu de la fabrique »

Le proscrit, confiné dans son réduit, dévore

' 1" liasse, 27° pièce, supplément.

les livres, dresse un état méticuleux de toutes les expéditions qui lui sont faites '.

Bientôt, au milieu de cet amas de volumes, lui vient, à son tour, l'idée d'écrire.

Les sujets qu'il traite nous donnent une éloquente idée de sa trempe d'esprit. En joyeux couplets, il chante l'amour, les belles, la jeunesse, le bon vin :

A la beauté rendons hommage, Mais craignons de nous engager.

En vain, d'un brillant esclavage L'Amour nous cache le danger.

Évitons ces peines cruelles, Partage des cœurs trop constants ; Il faut jouer avec les belles Comme avec les petits enfants... "

Cela se chante sur l'air du Petit Matelot.

Une chanson de table, sur l'air Aussitôt que la lumière, débute ainsi :

• A la suite des mois Relation de Chateaubriand en Egypte et en Grèce, Chateaubriand écrit cette note : n'est point imprimé.

A la suite des mots : différents échantillons de dentelle, avec les prix, du plus beau, il note : on n'en vend qu'i Paris.

Après l'article : 6 paires de bus de soie pour homme, et 6 pour femme, il met, entre parenthèse : cela est fait.

* Iro liasse, 24° pièce. Dossier Armand de Chateaubriand. Toutes ces poésies sont signées et paraphées ne varietur par Armand de Chateaubriand.