Chapitre V. Cause principale de la conjuration bretonne au début de la
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Révolution. - Le marquis de la Rouërie, son organisateur. - Origine de la Correspondance des Princes : Georges de Fontevieux, courrier entre Coblentz et la Bretagne. - Le chevalier de Tinténiac, courrier entre l'Angleterre et la Bretagne.
Saint-Malo, centre de la conjuration et entrepôt de ses approvisionnements. - Mesures prises par les pouvoirs publics pour empêcher l'émigration, et le débarquement des émigrés, sur les grèves du Clos-Poulet et des Côtes-du-Nord.
Coutre-mesures prises par les Chouans, pour favoriser les embarquements et les débarquements. - Le « Courrier céleste ».
Armand de Chateaubriand, fraudeur de la guillotine, et pourvoyeur du Culte secret. - La messe en mer.
Noël Prigent. - Il entre au service des conjurés bretons. - Son rôle dans l'affaire de la Fosse-Hingant. - Sa fuite à Jersey.
La cause principale qui, dès le début de la Révolution, unit, dans le même élan, la noblesse, le clergé et les paysans de Bretagne, fut la persécution religieuse. Mirabeau, l'avait prédit. « L'Assemblée nationale », avait-il écrit, « se berce d'étranges illusions, si elle croit que la démission de deux mille curés ne fera aucun effet dans le royaume. » Quand vint, avec la constitution civile du clergé, le remplacement des humbles recteurs de campagne par les intrus, il n'y avait plus, pour faire flamber en Bretagne le baril de poudre, qu'à allumer la torche.
Le marquis Armand Tuffin de la Rouërie s'en chargea. Mais, avant d'agir, il voulut s'appuyer sur l'assentiment du comte d'Artois. C'est pourquoi, il s'embarqua à Saint-Malo, cingla sur Londres, d'où il se rendit à Coblentz. A Coblentz, le projet fut approuvé. Il fut entendu aussi que, pour tenir le comte d'Artois au courant des événements, un courrier serait établi avec la Bretagne. Le marquis de la Rouërie, ayant rencontré sur les entrefaites, dans les rues de Coblentz, Georges de Fontevieux, qui avait servi sous ses ordres en Amérique, lui confia cette fonction. Telle est l'origine de la Correspondance des Princes.
De retour au Clos-Poulet, la Rouërie, par un manifeste du 5 décembre 1791, jeta les bases de sa conjuration. Chaque ville d'évêché, chaque chef-lieu de district et de canton devait désigner six commissaires indistinctement choisis dans le clergé, la noblesse ou la bourgeoisie. Ces six commissaires formaient un conseil ayant une triple attribution : la transmission des ordres donnés par la Rouërie, le recrutement et l'armement des troupes, l'alimentation du trésor de guerre.
Il fallait étendre la trame de la conjuration, à Jersey, et jusqu'à Londres où pullulait la noblesse de Bretagne. D'où la nécessité d'un second courrier devant servir de trait d'union entre le Clos-Poulet et l'Angleterre. A ce poste, fut nommé le jeune chevalier de Tinténiac qu'une aventure galante avait obligé, vers la fin de l'Ancien Régime, à quitter la marine royale. Ainsi, il devint le juif errant de la conjuration, vivant sur les grandes routes, risquant tous les jours sa vie, jusqu'au 10 juillet 1795, date à laquelle il fut tué au château de Coëtlogon.
C'est là le deuxième rouage de la Correspondance des Princes.
En raison de sa situation topographique et de son voisinage de Jersey, Saint-Malo devint naturellement le cœur même de la conjuration. Son trésorier général était le père du héros de Nancy, le vieux Marc Desilles, seigneur de Cambernon, demeurant au château de la Fosse-Hingant, en Saint-Coulomb. Thomazeau, quincaillier à Saint-Malo, était le pourvoyeur des armes et des munitions. Celles-ci étaient expédiées d'Angleterre. Leur entrée en France était facilitée,