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L'Enchanteur 1768—1848
Armand de Chateaubriand Avant-propos. Depuis l'aube de la Révolution jusqu'à la chute de l'Empire, les émigrés ne cessèrent de communiquer avec la mère-patrie

Avant-propos. Depuis l'aube de la Révolution jusqu'à la chute de l'Empire, les émigrés ne cessèrent de communiquer avec la mère-patrie

Armand de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. II–IV · chapitre 1 sur 51

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Librairie AcadémiquePerrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le trait d'union était la Correspondance des Princes.

Cette Correspondance - la Poste des émigres - avait son personnel et ses bureaux. Elle disposait même de toute une flotte qui, par lès nuits de tourmente, accomplissait son émouvant et périlleux service. Ce service était le transport des paquets. C'était également celui des prêtres insermentés, désireux d'exercer le culte secret; des officiers qui quittaient la terre d'exil pour compléter les cadres des armées catholiques et royales ; des suspects qui fuyaient la terre de France pour échapper è la guillotine.

La Correspondance des Princes est une des pages les plus curieuses et les plus émouvantes de notre histoire.

A notre connaissance, elle n'a encore fait l'objet d'aucune étude historique.

Pourquoi ?

Parce que ses papiers ont échappé jusqu'ici aux investigations des chercheurs, tout comme ils avaient échappé à celles des patriotes et des policiers de Bonaparte.

Au moment du drame de la Fosse-Hingant, les minutes de la Correspondance étaient aux mains de Marc Desilles, trésorier de la conjuration organisée par le marquis de la Rouërie. Ces minutes purent être sauvées. Jamais on ne les a retrouvées.

C'est cette mystérieuse Correspondance, dont nous nous proposons de retracer les grandes lignes, qu'une bonne fortune nous a fait découvrir aux Archives nationales.

Pour sauver sa tête, Noël Prigent, colonel de la Correspondance, en dévoila tous les secrets. Fouché condensa, dans un substantiel rapport destiné Napoléon, les copieuses révélations du traître. Ces documents inédits sont la première source à laquelle nous avons puisé.

Il nous fallait faire revivre aussi les principales silhouettes des agents de la Correspondance: étonnant assemblage de chouans intrépides et de traîtres éhontés ; d'incorrigibles pamphlétaires, de politiciens naïfs et d'ambitieux sans vergogne.

De ce monde si divers, sur lequel s'expliquent minutieusement les Bulletins de police déposés aux Archives et les papiers que Puisaye a légués au British Muséum, émerge une délicieuse figure, un cœur profondément sensible et bon, un caractère trempé du plus pur hérosïme : Armand de Chateaubriand, l'Ami des Vagues.

Dans les Mémoires d'Outre-Tombe, son cousin René a peint, en une page inoubliable, sa mort tragique, sous les balles de Bonaparte. Dans son beau livre Émigrés et Chouans, le comte de Contades lui a réservé un chapitre plein d'intérêt.

Nous, à l'Ami des Vagues, nous avons consacré l'intégralité de cette étude, parce que, è côté de l'institution - la Correspondance des Princes - il fallait mettre en scène un de ses principaux agents. Nous avons choisi le plus sympathique et celui qui a retracé, lui-même, de son émouvante carrière, un récit méticuleux.

Nous avons copié ce récit, saisissant d'intérêt, au British Muséum, et nous le reproduisons in extenso.

Quant aux dramatiques événements qui amenèrent la fin douloureuse de l'Ami des Vagues, nous en avons trouvé la justification aux Archives nationales, dans le dossier de l'instruction criminelle qui aboutit au drame de Grenelle, immortalisé par la plume de l'Enchanteur René.

Avant nous, un éminent historien, M. Lenotre, avait puisé, dans ce même dossier, la délicieuse étude qu'il a consacrée à un des lieutenants d'Armand de Chateaubriand : Maxime de Boisé-Lucas, dit Louveteau.

Dans ce livre, nos lecteurs retrouveront Louveteau et apprendront l'épilogue de son existence, que nous à conté la tradition populaire.

Pour faire revivre un héros, il ne suffit pas d'analyser sa vie politique; il faut pénétrer dans son foyer domestique et écouter battre son cœur.

Le petit-fils et la petite-fille de l'A mi des Vagues, le comte Henri et la comtesse Marie de Chateaubriand, auxquels nous adressons l'expression de notre plus sincère gratitude, ont bien voulu évoquer, pour nous, tous les chers souvenirs pieusement conservés, dans leur famille, au sujet de leur héroïque aïeul. Ils ont bien voulu nous communiquer ses lettres, empreintes d'une exquise délicatesse et d'une tristesse profonde, ainsi que le précieux journal dans lequel il notait, chaque jour, pour sa femme - sa chère Jenny - les plus menus incidents de son émouvante épopée.

Grâce à cet inestimable concours, nous avons pu peindre, en pleine lumière, le portrait du hardi Malouin digne de figurer dans la légendaire galerie de ces preux intrépides qui immortalisèrent & la Guerre des Géants ».

Puisse donc cette modeste étude faire revivre une des gloires les plus pures de notre petite patrie - la Côte d'Emeraude - dont nous nous plaisons, depuis des années, à vulgariser le vocable charmeur et la superbe histoire !