Lettres de Chateaubriand
XXXV. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 23 juin 1829, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
XXXV
(Pour remettre à Mlle Adèle de...)
Paris, ce 23 juin 1829.
J'aime votre chant de victoire : vous triomphez ; votre volonté de femme me traîne de Rome à vos pieds. Il n'est plus d'Alpes, il ne sera bientôt plus de Pyrénées. Vous pouvez tout, Espagnole Léontine, excepté pourtant me rajeunir. Les eaux et votre bras n'y feront rien ; je ne puis m'empêcher de rire d'avance de votre surprise à la vue du magot que vous aurez sauvé des flots, en croyant sauver un homme. Moi, je suis sûr de vous reconnaître.
Vous me recommandez la discrétion? J'aime encore cela. Vous vous demandez si vous ne seriez pas à la veille des remords. Votre demi-dieu vous assure que non, à moins que vous ne lui soyez infidèle. Examinez bien votre conscience.
Je serai à Cauterets du 15 au 28 du mois prochain. Je vous écrirai encore une fois avant de quitter Paris. Je mets mes cheveux gris aux pieds de votre invisible et invincible puissance. La triste réalité va bientôt remplacer votre songe; moi, je suis de l'âge où l'on radote et où l'on garde, pour se consoler, ses illusions. Si j'allais vous enlever? Qu'en pensez-vous? Nous parlerons de cela dans la montagne, avec la fée.