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L'Enchanteur 1768—1848
Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand XIX. Chateaubriand → Léontine de Villeneuve, 29 juillet 1828, Paris

Lettres de Chateaubriand

XIX. Chateaubriand → Léontine de Villeneuve, 29 juillet 1828, Paris

Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 108–109 · chapitre 27 sur 85

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

XIX

(A Mlle Léontine de Villeneuve, à Saint-Sauveur,

par Tarbes, Hautes-Pyrénées.)

Paris, ce 29 juillet 1828.

Vous fuyez les fêtes de Toulouse pour m'attendre et elles vont vous chercher à Saint-Sauveur. Cette année, je ne suis plus libre ; chaque jour est occupé par les préparatifs de mon triste départ et Léontine est obligée en conscience et en honneur de m'être fidèle pendant un an. C'est bien long, n'est-ce pas? Si vous alliez m'oublier, si vous alliez ne plus me live? C'est ce qui m'arrivera sans doute ; et moi, je ne vous oublierai pas et je relirai vos lettres. De jeunes bras vous attendent dans le ciel ! Moi, je n'ai qu'un vieux bras à vous offrir sur la terre et il a sollicité l'appui du vôtre.

Vous vivrez longtemps heureuse. La passion pour l'inconnu ne vous mettra à l'abri d'aucune autre passion. Croyez-moi, c'est là un mauvais refuge. Si vous alliez être malheureuse avec cette passion ! Je ne puis vous le dire ; vous ne saurez ce qu'elle est, ni moi non plus - un jeu de votre imagination, une occupation de quelques heures ; ce n'est ni de l'amitié, ni de l'amour.

Vous vous obstinez à ne vouloir pas être jolie ; enfin, vous me tournez la tête avec je ne sais quoi qui n'est rien et, vieux radoteur, je vous écris de longues lettres de galanterie, à vous, femme, ombre, sylphe, vaine et charmante image d'un songe.

Je vous ordonne de m'écrire très exactement tout ce qui se passe en vous et hors de vous. J'ai envie de prendre le rôle d'un vieux oncle (j'allais dire mari) jaloux et grognon. Au moins, comme cela, je serai pour vous quelque chose de réel. Mais dépêchez-vous à m'écrire. Le temps de mon départ s'approche. Le rer septembre, je serai en route pour l'Italie !

Ne pensons pas à cela. Je suis revenu de plus loin. Mandez-moi aussi quand vous quitterez les eaux et où il faudra vous écrire, de la route et de Rome. Conserverons-nous toujours la double adresse à Toulouse? Adieu, mes jeunes et dernières amours; vous ne viendrez pas à Rome pour y mourir, mais, si j'y reste, pour y vivre.