Lettres de Chateaubriand
LXVI. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 18 août 1840, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
LXVI
(Pour remettre à Mlle Adèle de...)
Paris, 18 août 1840.
Si j'avais su où vous écrire, je n'aurais pas, pendant six mois, attendu de vos nouvelles ; encore aujourd'hui, j'écris au hasard, craignant de mal envoyer la lettre et n'ayant point de direction juste.
Oui, je suis pauvre comme vous. Si j'étais riche, vous n'auriez pas souffert et vous ne souffririez pas. Je ne connais point d'étranger pour votre charmante retraite. Ah ! si je pouvais l'habiter….
Je vais de plus en plus mal, j'arrive au fond du calice. Enfin, j'espère qu'il sera bientôt épuisé. L'Italie, mon éternel rêve, si vous l'aviez partagé, aurait sans doute donné à votre talent toute sa valeur ; mais croyez-moi, quand on est comme vous aimée des muses, tout n'est pas perdu.
Moi je les aime toujours, mais elles ne m'aiment plus. Je suis à cet âge où tout nous quitte. Travaillez, c'est votre seule ressource. Écrivez, envoyez-moi vos belles pages. Nous nous reverrons, j'en suis sûr. J'irai vous trouver, si je ne meurs pas encore. Je souffre beaucoup. Vous le verrez à mon écriture. De grâce, écrivez-moi.