Lettres de Chateaubriand
XLIII. Chateaubriand → Léontine de Villeneuve, 3 novembre 1829, Paris
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XLIII
(A Mlle Léontine de Villeneuve.)
Paris, 3 novembre 1829.
J'ai reçu, Mademoiselle, votre charmante lettre et vos beaux vers. Ceux que je connaissais et que vous me faites l'honneur de m'adresser me semblent à présent sans aucune tache. Les vers qui remplacent les vers supprimés sont pleins de grâce et d'imagination. Je vous engagerais seulement à changer celui-ci :
Cependant son haleine a ramené l'espoir.
Vous trouverez mieux que cela en cherchant bien pour rendre votre idée. Les vers qui suivent : « Comme aux premiers beaux jours, etc... » sont d'une élégance et d'une poésie dignes de votre Muse.
La méditation sur Rome a de l'inspiration, de la grandeur. Le plan en est bien conçu ; le début est inattendu et frappant. Vous êtes un vrai poète et un grand poète dans les stances :
Remparts, élevez-vous...
Instants, écoulez-vous! Avancez, flots des âges...
Mais il faut bien que je vous dise, avec ma sévérité ordinaire, qu'il faut resserrer et abréger toutes les stances sur l'histoire romaine. Réduites à moitié, ce sera excellent. Voilà, mademoiselle, tout ce que la pédanterie d'un vieux professeur ès muses se permet de vous dire. Vous lui pardonnerez en faveur de son âge.
Je suis pour « refrayer » et, comme vous le dites, nous le mènerons jusqu'au dictionnaire.
Je me suis si bien trouvé des eaux que je songe à revoir, l'an prochain, les Pyrénées. Je serais trop heureux, mademoiselle, de pouvoir vous y offrir de nouveau l'hommage de mon respect.
Chateaubriand.