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L'Enchanteur 1768—1848
Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand V. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 27 janvier 1828, Paris

Lettres de Chateaubriand

V. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 27 janvier 1828, Paris

Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 72–74 · chapitre 11 sur 85

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

(Pour remettre à Mlle Adèle de V...)

Paris, ce 27 janvier 1828.

Je prends d'autant plus de part aux regrets de Léontine que sa lettre m'a trouvé également affligé de la perte d'une amie : cette amie, dont elle désirait connaître le nom, est Mme la duchesse de Duras1... Je vous remercie bien sincèrement de votre confiance ; vous ne pouvez pas me donner une preuve de votre intérêt à laquelle je fusse plus sensible que de me parler de votre sœur. J'ai aussi perdu, il y a bien longtemps, une sœur incomparable. Mes chagrins ne sont pas comme les vôtres ; ils datent de loin : c'est le triste privilège des années.

(1) Claire-Louise-Rose-Bonne de Coetnempren de Kersaint, mariée à Amédée Bretagne Malo de Durfort, duc de Duras, pair de France. Elle était fille de Gui-Armand-Simon de Coetnempren, comte de Kersaint, vice-amiral, et de Claire-Louise-Françoise-Alesso d'Eragny. Elle laissa deux filles dont l'une épousa : 1º le prince de Talmont; 2° le comte de La Rochejaquelein, et l'autre le marquis de Chastellux. Le duc de Duras se remaria avec Marie-Émilie Kmisli, dont il n'eut pas d'enfant. (S. R.) ↩

Vous viendriez donc à Paris, si votre père était député. Je suis alors bien fâché d'avoir refusé un ministère ; j'aurais pu employer utilement mon crédit; mais je suis maintenant gros Jean comme devant; je ne puis rien ni pour les autres, ni pour moi. Au surplus, il n'est peut-être pas bon que je vous voie jamais, puisque vous convenez que vous êtes jolie quand vous êtes aimée. Si j'allais vous donner une beauté extraordinaire? Mes amoureux cheveux blancs auraient le déplorable effet d'augmenter votre beauté en proportion de l'éloignement qu'ils vous inspireraient pour moi.

Cependant, si vous ne venez pas vers moi, je pourrais bien aller vers vous : je ne crains pas tant les montagnes, que je ne songe depuis long-temps à un voyage dans les Pyrénées. Voilà une belle conquête que vous avez faite ! un homme qui cherche des eaux pour des rhumatismes, un vieux voyageur qui se traîne sur le peu de chemin qui lui reste à faire. Il n'y a en vérité pas de quoi être jalouse, comme vous prétendez l'être. Il ne manquera plus, pour m'achever dans votre imagination, que de vous procurer cette gravure où je fais une abominable grimace et où je parais à demi bossu ! Me voulez-vous comme cela pour votre chevalier? Parlez, je suis à vos pieds. J'attends M. de Cambon avec grande impatience. La personne qui viendra de votre part sera bien reçue : si je savais le jour, je tâcherais de me rajeunir pour qu'elle ne me peignît pas trop mal à vos yeux. Vous avez découvert un défaut en moi? Vous n'êtes pas au bout de vos découvertes !

Je reviens à votre sœur en finissant ; puisse ma lettre être quelque chose dans les consolations de votre vie !