Lettres de Chateaubriand
IX. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 8 mars 1828, Paris
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IX
(Pour remettre à Mlle Adèle de...)
Paris, 8 mars 1828.
Je consens à n'être dans votre vie qu'un charme indéfinissable, si vous dites bien la vérité ; et je vous crois sincère : ne donnons point de nom, comme vous le proposez, à notre sentiment. Vous me préférez à des amis, à de vieux parents ; je suis touché jusqu'aux larmes ; mais que me donnez-vous et que puis-je vous rendre? Je n'ai à offrir à votre jeune vie, à vos grâces qu'une vie usée et les disgrâces du temps contre lesquelles il n'y a point de retour. Je ne radote pas assez pour avoir jamais songé à vous demander un sentiment que mon âge peut ressentir, mais qu'il n'inspire plus ; et, croyez-moi, quand j'aurais cette gloire que vous m'accordez, elle peut parer, mais elle n'embellit point la vieillesse. Il y a dans votre lettre une chose sérieuse : croiriez-vous que je n'ai pas le courage d'y répondre? Je le devrais pourtant, je devrais vous donner les conseils d'un sage et vieux ami; je ne le puis. Expliquez cela, Léontine. Je suis peut-être déjà plus malade que je ne l'ai cru.
Vous aimez les Natchez? C'est mon ouvrage de préférence : je suis heureux de me rencontrer avec vous. Vous avez reçu les Voyages en Amérique et en Italie; il va paraître deux volumes de politique déjà connus. Après cela il ne restera que trois volumes, tous trois inédits, pour compléter l'édition. Le premier contiendra divers morceaux en prose et en vers et, les deux derniers, les discours préliminaires sur l'Histoire de France. Je n'entre dans les détails que pour répondre à ce que vous demandez sur cette Histoire. Ma vie finira, sans doute, avant elle; du moins je l'aurai commencée! Mais mon édition achevée, je crois que je ne produirai plus rien. Il est temps de me reposer et de regarder un moment autour de moi avant de partir pour mon dernier voyage. Tendres hommages à Léontine.
Ch-