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L'Enchanteur 1768—1848
Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand IV. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 12 janvier 1828, Paris

Lettres de Chateaubriand

IV. Chateaubriand → [Léontine de Villeneuve], 12 janvier 1828, Paris

Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand · 1 min de lecture · p. 70–71 · chapitre 10 sur 85

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

IV

Paris, ce 12 janvier 1828.

A présent, mademoiselle, que vous avez signé votre lettre, notre correspondance devient plus embarrassante pour moi. Je ne puis plus vous dire de choses vagues et vous offrir les hommages de la galanterie commune qu'on adresse à une inconnue, qui s'amuse elle-même sous le masque de ce jeu d'un moment. Votre lettre est pleine de bonté et de charme. Si mon portrait eût été tracé par une anonyme, ce serait un jeu d'esprit dont je remercierais Adèle, mais dont je dois un peu me plaindre à Léontine. Si j'étais tout ce que vous dites, je serais plus rassuré en vous écrivant.

Vous vous plaignez de vos rêveries comme d'un mal ; gardez-les plutôt : que vous resterait-il après elles? Moi qui suis parvenu à l'âge des réalités, je regrette tous les jours mes songes ; je ne le dis pas tout haut pour n'avoir pas l'air d'un fou, mais je donnerais toute la sagesse de mes longues années pour un moment de ma jeunesse. J'attends avec une impatience extrême votre oncle ; il me fera votre portrait. Je suis sûr qu'il ressemble à l'original que je me suis créé. Verrai-je jamais Léontine? Je suis convaincu qu'elle est charmante, même avec un bonnet de bachelier. Puisque je suis votre ami, vous croirez, j'espère, à ma discrétion. Votre nom même ne sera pas prononcé par moi. Ne désirez pas qu'il devienne célèbre : il y a assez de peine dans la vie sans encore aller se charger des chagrins de la gloire. Je plains bien sincèrement vos inquiétudes de cœur. Hélas ! au moment où je vous écris, une personne qui m'est bien chère a peut-être quitté la vie. Le temps détruit autour de moi tout ce que j'ai aimé. Je m'en irai bientôt moi-même et ma nouvelle amie Léontine n'est venue que pour me dire adieu.