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L'Enchanteur 1768—1848
Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand Léontine de Villeneuve → abbé Deguerry, année 1848

Lettres de Chateaubriand · Épilogue : papiers de l'Occitanienne

Léontine de Villeneuve → abbé Deguerry, année 1848

Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 200–203 · chapitre 83 sur 85

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Plon-Nourrit, 1925, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

A. - Copie de ma lettre à M. l'abbé de

Guerry (sic) après la mort de M. de Chateaubriand, année 1848.

Monsieur,

Je viens vous demander plus qu'un service : c'est presque une confession que je confie à la discrétion d'un prêtre. Ainsi donc, quoique je sois une inconnue pour vous, vous voudrez bien m'entendre et me répondre.

Il y a déjà bien des années qu'une correspondance a existé entre M. de Chateaubriand et moi, Que sont devenues mes lettres? J'ai dû croire, pendant longtemps, qu'elles avaient été brûlées. Mais, il y a peu de mois, lorsque j'ai revu pour la dernière fois mon illustre ami, j'ai été amenée à penser que cette correspondance n'était peut-être pas détruite. Je ne me suis pas senti la force de la réclamer de nouveau à ce vieillard si triste et si brisé par les années. J'ai tâché d'écarter, et de lui et de moi, la prévision d'une fin prochaine. Maintenant, tout est terminé pour lui en ce monde, hormis sa gloire, qui rayonnera, je l'espère, d'une double immortalité.

Tout ce qui se rattache de près ou de loin au nom d'un homme aussi universellement célèbre peut devenir tôt ou tard la proie du public: ces papiers sont en quelque sorte sa propriété.

Si mes lettres existent, je voudrais les soustraire aux regards curieux qui pourraient ne pas les comprendre ou les calomnier. Je désirerais surtout les réunir à celles que mon noble ami m'a écrites, afin de les ensevelir dans mon souvenir, en attendant que les unes et les autres meurent avec moi.

Veuillez donc, monsieur, avoir l'extrême obligeance de les réclamer ; non pas en mon nom, qui ne devra pas être prononcé, mais d'après les indications suivantes qui établiront clairement mon identité et mes droits. Cette correspondance date de la fin de l'année 1827. Elle a continué très activement, pendant les années 1828 et 1829. Depuis cette époque, qui fut celle de mon mariage, il n'y a plus eu, de loin en loin, que quelques lettres. Elles sont signées alternativement Adèle ou Léontine.

A présent, Monsieur, permettez-moi de vous demander de jeter un coup d'œil sur quelques-unes de ces feuilles choisies au hasard. J'ose croire que ma réputation sortira pure de cet examen, et qu'en accordant votre pitié à la jeune tête qui a pu renfermer tant de folie et tant de rêves, unis, cependant, à une véritable innocence de cœur, vous ne lui refuserez pas votre estime.

Permettez-moi de vous citer une phrase d'une de ces lettres. Ces lignes furent écrites après bien des années, lors du voyage de M. de Chateaubriand à Toulouse, en 1838, où il avait été l'hôte de notre foyer domestique :

« C'est parce que notre mémoire ne nous reproche rien que nous avons senti, sans mélange, le plaisir de nous retrouver. La main du temps vainement passe et repasse sur une faute : elle est inhabile à l'effacer. Nous, au contraire, nous avons pu lui demander de retracer l'histoire de nos innocentes amours... »

Il ne me reste plus, Monsieur, qu'à vous prier de vouloir bien excuser mon indiscrétion et à vous offrir, etc...

Signé : Comtesse DE CASTELBAJAC.