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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac VII. Dans le chapitre des Misérables intitulé l'Année 1817, Victor Hugo a écrit ces lignes :

Première partie

VII. Dans le chapitre des Misérables intitulé l'Année 1817, Victor Hugo a écrit ces lignes :

Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac · 5 min de lecture · p. 194–197 · chapitre 20 sur 33

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Lyon : E. Vitte, 1907, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Chateaubriand, debout tous les matins devant sa fenêtre du numéro 27 de la rue Saint-Dominique, en pantalon à pied et en pantoufles, ses cheveux gris coiffés d'un madras, les yeux fixés sur un miroir, une trousse complète de chirurgien-dentiste ouverte devant lui, se curait les dents, qu'il avait charmantes, tout en dictant la Monarchie selon la Charte à M. Pilorge, son secrétaire.

Outre que c'eût été une singulière fantaisie à Chateaubriand de dicter ainsi, en 1817, des pages imprimées et publiées en 1816, il n'avait garde de se mettre, cette année-là, aux fenêtres du numéro 27 de la rue Saint-Dominique, par cette excellente raison qu'il habitait alors rue de l'Université, au numéro 25. Il y était venu loger en juillet 1815, à son retour de Gand, et il y demeura jusqu'en 1818. A cette époque, il échangea le ruisseau de la rue de l'Université contre celui de la rue du Bac, si cher à Mme de Staël1, et il habita deux ans le numéro 42 de cette dernière rue ; en 1820 seulement, il se transporta au numéro 27 de la rue Saint-Dominique Saint-Germain.

(1) Mme de Staël, qui s'écriait : « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac !» quand on lui montrait le miroir du Léman, demeurait, avant son exil, rue de Grenelle-Saint-Germain, près de la rue du Bac. (½) A Berlin et à Londres. ↩

Le mardi rer janvier 1823, il passa les ponts, et « il alla coucher dans ce lit de ministre, lit où l'on ne dort guère et où l'on reste peu ». Quatre jours auparavant, le 28 décembre 1822, il avait été nommé ministre des Affaires étrangères, à la place de Mathieu de Montmorency, son remplaçant à la Vallée-aux-Loups. L'hôtel du ministère était situé boulevard des Capucines ; il y resta une année et demie, jusqu'au dimanche 6 juin 1824, jour où une ordonnance du roi Louis XVIII le releva inopinément de ses fonctions.

Chateaubriand sortait du ministère, comme il était sorti de ses ambassades (2), plus pauvre encore qu'il n'y était entré. Son appartement de la rue Saint-Dominique ui parut trop onéreux, et il alla demeurer rue du Regard, n° 7. Une circonstance qui lui fait grandement honneur le conduisit du reste bientôt à prendre un nouveau logement.

En 1819, Mme de Chateaubriand, avec l'assistance de Mme la duchesse d'Angoulême, avait fondé, rue d'Enter, l'Infirmerie de Marie-Thérèse. Cet établissement, auquel elle donnait tous ses soins, se trouva un jour menacé d'un sérieux danger. C'était au mois d'octobre 1824. Un pavillon avec jardin, contigu à l'Infirmerie, fut mis en vente, et une compagnie d'entrepreneurs offrit aussitôt de l'acheter, se proposant d'y établir un café, d'y installer des montagnes russes et d'y donner des fêtes de nuit. Un tel voisinage eût été la mort de l'hospice, consacré à de vieux prêtres et à des femmes infirmes. L'œuvre de sa femme était en péril : Chateaubriand n'hésita pas. Le pavillon et le jardin pouvaient valoir une soixantaine de mille francs ; mais, par suite de la hausse des terrains on en demandait cent quatre-vingt mille. Chateaubriand en passa par les prétentions du vendeur. Il n'avait pas d'argent, mais il comptait, pour se libérer, sur le produit de l'édition de ses Œuvres complètes qu'allait bientôt entreprendre le libraire Ladvocat.

Une fois la maison (1) achetée, ce qu'il avait de mieux à faire était de l'habiter ; il la fit donc arranger et s'y établit en 1827. Cette première installation fut, du reste, de courte durée. Le 14 septembre 1828, il quittait la rue d'Enter pour se rendre à Rome, en qualité d'ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne.

Avant de partir, il donna en toute propriété à l'Infirmerie de Marie-Thérèse une petite maison et un jardin dits de la rue de Lacaille, qu'il avait achetés de ses deniers, en 1823, pour la somme de quatorze mille francs, avant l'augmentation des terrains. Ces quatorze mille francs étaient le produit de ses Mémoires sur la vie et la mort du duc de Berry.

L'année suivante, au printemps de 1829, il obtint un congé. De retour à Paris, il en repartait bientôt pour aller aux Pyrénées prendre les eaux de Cauterets ; mais il ne

(1) Elle portait, rue d'Enfer, le numéro 84; c'est aujourd'hui le numéro 88 de la rue Denfert-Rochereau.

s'éloigna pas de la capitale sans avoir donné ses ordres pour exécuter dans son jardin et dans sa maison les changements et les accroissements nécessaires, afin qu'à sa mort le legs qu'il voulait faire de cette maison à l'Infirmerie de Chateaubriand fût plus profitable. Il destinait cette propriété à la retraite de quelques artistes et de quelques gens de lettres malades.

Il était encore dans les Pyrénées quand fut formé le Cabinet qui avait à sa tête le prince de Polignac1. Rentré en hâte à Paris, son premier soin fut de porter au prince sa démission d'ambassadeur, puis il reprit à pied, par le boulevard des Invalides, le chemin de la rue d'Enfer.

(1) Moniteur du 9 août 1829. ↩

Chateaubriand avait appris à Cauterets, au mois d'août 1829, l'avènement du ministère Polignac ; c'est à Dieppe qu'il apprit, le 27 juillet 1830, la publication des Ordonnances. Le 28 au soir, il entrait dans Paris au bruit de la canonnade, de la fusillade et du tocsin. Ses voisins le virent arriver avec plaisir ; il leur semblait une protection pour le quartier. Le 29, il eut, en effet, à le défendre. La banlieue et les carriers de Montrouge affluaient par la barrière d'Enfer. En passant devant la communauté des Missions de France, située dans sa rue, ils y entrèrent : une vingtaine de prêtres furent obligés de se sauver ; leur maison fut pillée, leurs lits et livres brûlés ; des coups de feu furent tirés sur le Supérieur, le P. Rauzan2. Chateaubriand donna l'hospitalité à sept ou huit fugitifs, tandis que les autres se réfugiaient à l'hospice des Enfants-Trouvés, situé également rue d'Enfer ; ils restèrent plusieurs jours cachés sous son toit. Par l'intermédiaire de son voisin, M. Arago1, il leur obtint des passeports, et ils allèrent ailleurs prêcher la parole de Dieu.

(2) Vie du T. R.P. Jean-Baptiste Rauzan, par le P. A. DELA-PORTE, p. 281 et suivantes. ↩

(1) La maison de Chateaubriand était voisine de l'Observatoire, dont François Arago était alors le directeur. ↩