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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac Chateaubriand. La Sincérité religieuse de Chateaubriand

Première partie

Chateaubriand. La Sincérité religieuse de Chateaubriand

Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac · 14 min de lecture · p. 4–14 · chapitre 1 sur 33

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Lyon : E. Vitte, 1907, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Chateaubriand. La Sincérité religieuse de Chateaubriand1

(1) La sincérité religieuse de Chateaubriand, par M. l'abbé Georges BERTRIN, docteur ès lettres. 1899. ↩

Les thèses pour le doctorat - j'entends le doctorat es lettres - valent presque toujours d'être lues. Elles forment d'ordinaire une monographie composée avec soin, puisée le plus souvent aux sources mêmes. L'auteur sait que son œuvre sera examinée de près par des juges compétents, qui ont mission de relever ses erreurs et ses inexactitudes, s'il lui arrive d'en commettre ; il lui faut donc prévoir les critiques, aller au devant et d'avance y répondre. Pour cela, force lui est bien d'étudier son sujet sous toutes ses faces, de le retourner de çà, de là, partout, de suivre enfin le conseil :

Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Ainsi vient de faire M. l'abbé Georges Bertrin, dans sa thèse sur Chateaubriand, récemment soutenue par lui, à la Faculté des Lettres, cum summo plausu, aurait dit la vieille Sorbonne.

On a cherché de toutes manières à prendre la parole de Chateaubriand en défaut, pour ce qui regarde la religion. C'est Sainte-Beuve qui a mis à la mode ces attaques et ces insinuations contre le grand écrivain. Dans les premiers chapitres de son ouvrage, M. l'abbé Bertrin démontre victorieusement que Chateaubriand, lorsqu'il a entrepris le Génie du Christianisme, était revenu franchement à la religion. Il en donne plusieurs preuves, dont la moins décisive n'est pas la lettre écrite de Londres à Fontanes par le jeune émigré, le 27 octobre 1799. M. Bertrin n'en a cité que des fragments. Comme j'ai un faible pour les documents complets, je la reproduirai ici en entier :

« Ce 27 octobre 1799 (Londres).

« Je reçois votre lettre en date du 17 septembre. La tristesse qui y règne m'a pénétré l'âme. Vous m'embras. sez les larmes aux yeux, me dites-vous. Le ciel m'est témoin que les miens n'ont jamais manqué d'être pleins d'eau toutes les fois que je parle de vous. Votre souvenir est un de ceux qui m'attendrissent davantage, parce que vous êtes selon les choses de mon cœur, et selon l'idée que je m'étais faite de l'homme à grandes espérances. Mon cher ami, si vous ne faisiez que des vers comme Racine, si vous n'étiez pas bon par excellence, comme vous l'êtes, je vous admirerais, mais vous ne posséderiez pas toutes mes pensées comme aujourd'hui, et mes vœux pour votre bonheur ne seraient pas si constamment attachés à mon admiration pour votre beau génie.

« Au reste, c'est une nécessité que je m'attache à vous de plus en plus, à mesure que tous mes autres liens se rompent sur la terre. Je viens encore de perdre ma sœur1 que j'aimais tendrement et qui est morte de chagrin dans le lieu d'indigence où l'avait reléguée Celui qui frappe souvent ses serviteurs pour les éprouver et les récompenser dans une autre vie. Une âme telle que la vôtre, dont les amitiés doivent être aussi durables que sublimes, se persuadera malaisément que tout se réduit à quelques jours d'attachement dans un monde dont les figures passent si vite, et où tout consiste à acheter si chèrement un tombeau. Toutefois Dieu, qui voyait que mon cœur ne marchait point dans les voies iniques de l'ambition, ni dans les abominations de l'or, a bien su trouver l'endroit où il fallait le frapper, puisque c'était lui qui en avait pétri l'argile et qu'il connaissait le fort et le faible de son ouvrage. Il savait que j'aimais mes parents et que là était ma vanité : il m'en a privé afin que j'élevasse mes yeux vers lui. Il aura désormais avec vous toutes mes pensées. Je dirigerai le peu de forces qu'il m'a données vers sa gloire, certain que je suis que là gît la souveraine beauté et le souverain génie, là où est un Dieu immense qui fait cingler les étoiles sur la mer des cieux comme une flotte magnifique, et qui a placé le cœur de l'honnête homme dans un fort inaccessible aux méchants.

(1) Mme de Farcy. ↩

« Il faut que je vous parle encore de l'ouvrage auquel vous vous intéressez. Je ne saurais guère vous en donner une idée à cause de l'extrême variété des tons qui le composent ; mais je puis vous assurer que j'y ai mis tout ce que je puis, car j'ai senti vivement l'intérêt du sujet. Je vous ai déjà marqué que vous y trouveriez ce qu'il y a de mieux dans les Natchez. Puisque je vous ai entretenu de morts et de tombeaux au commencement de cette lettre, je vous citerai quelque chose de mon ouvrage à ce sujet. C'est dans la septième partie où, après avoir passé en revue les tombeaux chez tous les peuples anciens et modernes, j'arrive aux tombeaux chrétiens. Je parle de cette fausse sagesse qui fit transporter les cendres de nos pères hors de l'enceinte des villes. Je dis : « Un peuple «est parvenu au moment de sa dissolution, etc... »1.

(1) Chateaubriand cite tout un morceau de son livre, qui se retrouve, avec plusieurs corrections, dans le Gente du Christianisme (IV° partie, livre II, au chapitre des Tombeaux chrétiens). ↩

« Dans un autre endroit je peins ainsi les tombeaux de Saint-Denis avant leur destruction : « On frissonne en voyant ces vastes ruines où sont mêlées également la grandeur et la petitesse, les mémoires fameuses et les mémoires ignorées, etc...v2.

(2) Ici encore, Chateaubriand envoie a son ami un long passage de son livre, reproduit également avec des corrections dans le chapitre du Génie du Christianisme intitulé : Saint-Denis (chapitre Ix du livre I1 de la IV partie). ↩

« Je n'ai pas besoin de vous dire qu'auprès de ces couleurs sombres on trouve de riantes sépultures, telles que nos cimetières de campagnes, les tombeaux chez les sauvages de l'Amérique (où se trouve le tombeau dans l'arbre), etc. Je vous avais mal cité le titre de l'ouvrage ; le voici : Des beautés poétiques et morales de la Religion chrétienne et de sa supériorité sur tous les autres cultes de la terre. Il formera deux volumes in-8° de 350 pages chacun.

« Mais, mon cher ami, ce n'est pas de moi, c'est de vous que je devrais vous entretenir. Travaillez-vous à la Grèce sauvée3 ? Vous parlez de talents : que sont les nôtres auprès de ceux que vous possédez ! Comment persécute-t-on un homme tel que vous ? Les misérables ! mais enfin ils ont bien renié Dieu qui a fait le ciel et la terre ; pourquoi ne renieraient-ils pas les hommes en qui ils voient reluire, comme en vous, les plus beaux attributs de cet Etre tout-puissant ?

(3) Poème de Fontanes, resté inachevé. ↩

« Tâchez de me rendre service touchant l'ouvrage en question ; mais, au nom du ciel, ne vous exposez pas. Veillez aux papiers publics lorsqu'il paraîtra ; écrivez-moi souvent. Voici l'adresse à employer : A M. César Godefroy, négociant à Hambourg, sur la première enveloppe ; et, au dedans, à MM. Dulau et C', libraires. Mon nom est inutile sur l'adresse ; mettez seulement après Dulau, deux étoiles...

« Je suis à présent fort lié avec cet admirable jeune homme (1) à qui vous me léguâtes à votre départ. Nous parlons sans cesse de vous. Il vous aime presque autant que moi. Adieu ; que toutes les bénédictions du Ciel soient sur vous ! Puissé-je vous embrasser encore avant de mourir ! »

II'

Mais si Chateaubriand, à l'époque où il écrivait le Génie du Christianisme, a été sincère dans ses sentiments religieux, l'est-il resté jusqu'à la fin ? Sa foi n'a-t-elle pas faibli ? Ne s'est-elle même pas éteinte ? Sur ce point encore, la démonstration de l'abbé Bertrin est complète et décisive. Il établit, à l'aide de preuves aussi nombreuses qu'irrécusables, que jusqu'à la fin, malgré ses faiblesses

(1) Christian de Lamoignon.

et ses misères. Chateaubriand a gardé fidèlement dans son cœur ces trois sentiments, ces trois cultes, qui furent la sauvegarde et l'honneur de sa vie : l'amitié, le patriotisme et la Religion, la Religion passant avant tout le reste : « Soyez surtout bon chrétien ! » écrivait-il en 1829, au fils du héros grec qui venait de s'immortaliser au service de son pays, au jeune Canaris.

On voudra lire, dans le volume même, de M. Bertrin, les détails dans lesquels il est entré et qui ne laissent aucune place au doute. Il en est quelques-uns que j'ai été assez heureux pour lui fournir. C'est ainsi qu'on trouvera à la page 389, une lettre que Victor de Laprade m'écrivait au sujet de Chateaubriand, le 12 août 1878 (et non 1870, comme on l'a imprimé par erreur, dans le livre de M. Bertrin). Le lecteur me saura gré, j'en suis sûr, de mettre sous ses yeux cette lettre de l'auteur des Symphonies :

« A ceux qui veulent douter de sa foi chrétienne, vous pouvez raconter ce détail que je tiens d'une dame protestante, qui fut longtemps sa voisine, et qui habite encore la maison où il est mort, rue du Bac, n° I20. Madame Mohl1 était très liée avec Mme de Chateaubriand, qui ne sortait pas et ne voyait presque personne. La femme de ce vrai grand homme gémissait souvent près de sa voisine de la peine qu'elle avait à empêcher son mari de suivre dans leur plus scrupuleuse rigueur les règles du Carême et des autres temps de jeûne et d'abstinence. Chateaubriand avait alors atteint l'âge où l'Eglise nous en dispense, et sa santé se trouvait fort mal de ces austérités. Il les pratiquait néanmoins avec son opiniâtreté bretonne, et il fallait toutes les supplications de sa femme pour le faire fléchir quelquefois. Ceci n'était pas fait pour tout le monde et pour la pose, comme on dirait aujourd'hui. Mme de Chateaubriand et sa confidente en étaient seules témoins, et je suis peut-être le seul qui le sache aujourd'hui. Vous qui êtes jeune, gardez et transmettez ce souvenir de l'auteur du Génie du Christianisme.

(1) Femme de M. Jules Mohl, célèbre orientaliste, professeur de persan au Collège de France et membre de l'Institut. ↩

« Je me laisse aller volontiers à ces racontages de vieux, mais c'est ainsi que les traditions se conservent. J'ai connu tout un monde évanoui. Il n'y a plus guère de gens qui aient vu Chateaubriand de près. Nous ne sommes plus que deux à l'Académie française qui ayons vu le salon de Mme Récamier, M. le duc de Noailles et moi. En dehors de l'Académie, je ne connais plus que Mme Lenormant et Mme Mohl qui aient vécu dans ces illustres intimités1. »

(1) Voyez Victor de Laprade, sa vie et ses œuvres, par Edmond BIRÉ. 1884. ↩

Chateaubriand ne se contentait pas de s'astreindre aux prescriptions de l'Eglise sur l'abstinence et le jeûne ; il allait à confesse. En 1842, le philosophe Jouffroy venait de mourir. M. Lafaye, alors professeur au lycée de Marseille, mort depuis en bon chrétien, doyen de la Faculté des lettres d'Aix, dit à ce propos à ses élèves : « Jouffroy, le sceptique, a appelé un confesseur, personne ne peut nommer celui de l'auteur du Génie du Christianisme.» Ces paroles, au moins imprudentes, firent du bruit, et M. Lafaye craignant d'être destitué, supplia un écrivain royaliste, le très érudit et très spirituel Gaston de Flotte, d'écrire à Chateaubriand d'intercéder pour lui auprès du Ministre de l'instruction publique, M. Villemain. Chateaubriand répondit :

« Grâce à Dieu, Monsieur, je n'ai ni ne peux avoir aucun crédit auprès du gouvernement actuel. Lorsque j'ai possédé quelque pouvoir politique, je ne me souviens pas de l'avoir jamais employé qu'au profit des personnes qui pourraient être opprimées. M. Lafaye ne m'a point du tout offensé ; mais s'il était inquiété à cause de moi, je prierais qu'on le laissât tranquille. Je ne m'occupe plus de ce qui se passe dans la société. Mon rôle est fini, Monsieur. Je suis loin du monde, et on me pardonnera, j'espère, à cause de mon grand âge, d'avoir un confesseur. C'est M. l'abbé Séguin, prêtre de Saint-Sulpice. Quand on a beaucoup de jours, on doit s'accuser de beaucoup de fautes. »

M. Bertrin aurait pu rappeler, à cette occasion, que Chateaubriand composa son dernier ouvrage, la Vie de Rancé, à la demande de son confesseur, à qui le livre est dédié.

Le volume de M. Bertrin se termine par cette note : « Dans la lettre qu'il adressa, le 2 novembre 1831, au maire de Saint-Malo, à propos de la sépulture, dont il régla lui-même l'éclatante simplicité, Chateaubriand écrivait: « La croix dira que l'homme reposant à ses pieds était un chrétien : cela suffira à ma mémoire. »

Chateaubriand écrivit plusieurs autres lettres relatives à sa tombe du Grand-Bé. Dans toutes, il exprime les mêmes sentiments. En voici un ou deux extraits qui corroborent celui que que donne M. Bertrin et qui s'y peuvent ajouter.

Le 15 août 1836, il écrit à M. Hippolyte La Morvonnais :

« Vous savez, Monsieur, qu'il ne faut aucun travail de l'art, aucune inscription, aucun nom, aucune date, sur la pierre, qui doit porter une petite croix de fer, seule marque de mon naufrage ou de mon passage en ce monde... Le cippe posé et l'enceinte fermée, je désire que M. le curé de Saint-Malo bénisse le lieu de mon futur repos ; car, avant tout, je veux être enterré en terre sainte. »

Le 4 septembre 1838, il écrit au même correspondant :

« Je suis presque affligé de la croix massive de granit ; j'aurais préféré une petite croix de fer, un peu épaisse seulement, pour qu'elle résiste mieux à la rouille ; mais enfin, si la croix de pierre n'est pas trop élevée, je ne serai pas aperçu de trop loin, et je resterai dans l'obscurité de ma fosse de sable, ce qui est surtout mon but. Je tiens avant tout à la bénédiction du lieu sur lequel votre piété et vos espérances chrétiennes ont bien voulu veiller. »

Au lendemain de la Révolution de 1830, un certain nombre de jeunes écrivains catholiques, Edmond de Cazalès, Louis de Carné, Franz de Champagny, Eugène de la Gournerie, etc., fondèrent, pour défendre leurs idées, la Revue Européenne. Chateaubriand encouragea leurs efforts et leur adressa une très longue lettre qui parut, le 20 décembre 1831, en tête de la nouvelle revue. Je regrette que M. l'abbé Bertrin ait omis de signaler ces pages si profondément religieuses.

En commençant, l'auteur du Génie du Christianisme disait à ses jeunes amis :

« Si, comme autrefois, il se formait des écoles et que l'âge fût une autorité, j'oserais me flatter, Messieurs, de vous avoir pour disciples ; vous avez conçu, l'alliance de la religion et de la liberté ! Je suis persuadé qu'il n'y a d'autre vérité fondamentale dans le monde que la vérité chrétienne, et vous êtes de mon opinion. Au-delà de cette vérité, il n'existe rien, et si elle pouvait être abandonnée, la société retomberait dans le chaos. »

Après de hautes et fortes considérations sur l'avenir de la société, sur les menaces du socialisme, et son triomphe possible, certain même, si la France laisse s'affaiblir en elle le sentiment chrétien, Chateaubriand ajoute que la société religieuse ne subira pas le sort de la société politique ; elle ne disparaîtra pas pour toujours, parce que son principe est la vie sans terme. La lettre de Chateaubriand se termine par cette belle page:

« Le christianisme commença dans les catacombes, perça la terre pour monter dans les temples, élargit la vérité philosophique retenue prisonnière depuis trois mille ans dans ces temples, se répandit avec elle dans les villes, gagna les campagnes et s'étendit de proche en proche sur le globe. Aujourd'hui, il se replie, quitte peu à peu la foule, rentre dans les églises, d'où il redescendra dans les catacombes pour en sortir de nouveau. J'ai vu Jérusalem et Rome ; j'ai entendu les diverses sectes chrétiennes entonner leurs cantiques autour du Saint-Sépulcre, non loin du Jourdain, dans la terre des miracles; au milieu des ruines des siècles, j'ai ouï les hymnes chantés aux tombeaux des Saints Apôtres, au bord du Tibre, parmi les cercueils des Césars et les châsses des martyrs, et j'ai senti ce qu'il y avait à la fois de transformable et d'éternel dans le christianisme. Un tableau surtout est resté dans ma mémoire.

« Le 16 avril 1829, j'assistais à Rome, au Miserere du Jeudi Saint, dans la chapelle Sixtine. Le jour s'affaiblissait ; les ombres faisaient disparaître par degrés les fresques des voûtes ; on n'apercevait plus au fond du sanctuaire que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange, dans le Jugement dernier. Les cierges, tour à tour éteints, laissaient échapper de leur lumière étouffée une fumée légère, image assez naturelle de la vie qui s'évapore et que l'Ecriture compare à une petite vapeur. Les cardinaux étaient à genoux ; le nouveau pape, Pie VIII, qui devait bientôt mourir, était prosterné au même autel où, quelques semaines avant, j'avais vu son prédécesseur Léon XII. La prière de pénitence et de miséricorde, succédant aux exclamations du prophète, s'élevait par intervalles dans le silence et la nuit. Rome chrétienne était là avec tous ses souvenirs ; mais, au lieu de ces pontifes puissants, de ces prêtres qui déposaient leurs monarques, un pauvre vieux pape paralytique, des princes de l'Eglise sans éclat, annonçaient la fin d'une puissance temporelle qui civilisa le monde moderne. Les chefs-d'œuvre des arts s'effaçaient avec elle sur les murs du Vatican à demi abandonné. Une double tristesse s'emparait du spectateur : la Rome de saint Pierre, en commémorant l'agonie du Christ, avait l'air de célébrer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les paroles que Jérémie adressait à l'antique Sion : Quomodo sedet sola civitas ? Via Sion lugent eò quod non sint qui ventant ad solemnitatem.

« Mais ce n'était là qu'une transformation non une fin. Le christianisme retournera à l'obscurité des cryptes qu'avaient reproduites nos basiliques du moyen âge ; il se replongera dans le tombeau du Sauveur pour y rallumer son flambeau, pour y ressusciter au jour glorieux d'une nouvelle Pâque, et changer une seconde fois la face de la terre. »