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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac Iiõ première partie III

Première partie

Iiõ première partie III

Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac · 15 min de lecture · p. 116–126 · chapitre 8 sur 33

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Lyon : E. Vitte, 1907, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La révolution était, encore une fois, triomphante ; les Bourbons allaient reprendre de nouveau le chemin de l'exil. La fidélité, le dévouement, le courage de Sophie-Josèphe de Witte, ne leur manqueront pas plus en 1830 qu'ils ne leur ont manqué en 1815. Ni sa foi, ni son zèle n'ont faibli ; son affection pour la famille royale est même plus vive et plus profonde aujourd'hui que l'héritier du trône est l'enfant à qui, la première, elle a donné son lait, l'enfant dont elle a apaisé les premières larmes dont elle a reçu le premier sourire et les premières caresses.

Le 6 août 1830, Mme Bayart est de retour à Paris. Elle court chez Chateaubriand et le supplie de ne pas abandonner l'orphelin. Consolée par la noblesse de son attitude et par la promesse qu'il défendra les droits du duc de Bordeaux, elle se rend, en le quittant, chez le duc de Maillé et chez un autre pair de France qu'elle avait autrefois connu à la cour. Elle insiste près d'eux pour qu'ils fassent entendre respectueusement à Charles X, s'il en est temps encore, un suprême conseil. Qu'il proclame la royauté d'Henri V, qu'en même temps, il annonce que Chateaubriand sera placé auprès du jeune roi comme son guide et le président de son conseil; et peut-être tout pourra-t-il encore être sauvé ! Le 7 au matin, elle revoit Chateaubriand. Le grand écrivain, touché de son affliction, l'engage à remettre sa confiance en Dieu. « Après avoir, de notre côté, dit-il, fait notre devoir, tout notre devoir, ne nous laissons pas abattre par le malheur.... Nous nous assemblons ce soir pour recevoir la déclaration de la Chambre des députés1 et nous prononcer ensuite. Mais ne vous flattez pas, Madame, d'une fausse espérance. Je dois vous dire que la peur s'est emparée des esprits, et que très peu oseront soutenir les droits de leur maître, non pas même ceux qui ont poussé au coup d'Etat. » - Le soir de ce jour, Chateaubriand prononçait son admirable discours en faveur de la royauté de Henri V. Cent dix-neuf pairs assistaient à cette séance ; quatre-vingt-neuf sanctionnèrent la déclaration des députés. Deux jours après, le 9 août, le duc d'Orléans allait prendre la couronne au Palais-Bourbon.

(1) Dans la soirée du 6 août, la Chambre des députés avait déclaré le trône vacant en fait et en droit et y avait appelé le duc d'Orléans. ↩

Le I6 août, le roi Charles X, le Dauphin son fils, la fille de Louis XVI, Madame, duchesse de Berry, le duc de Bordeaux, sa sœur, Mademoiselle, celle à qui M. le duc de Berry avait dit, quelques instants avant de mourir : « Mon enfant, puissiez-vous être moins malheureuse que ceux de votre famille ! « s'embarquèrent à Cherbourg et firent voile vers la côte d'Angleterre. Une famille catholique et jacobite, la famille Weld, tint à honneur d'exercer envers les exilés les devoirs de l'hospitalité, et de payer ainsi aux Bourbons la dette des Stuarts. Son chef, le cardinal Weld, fit offrir à Charles X le château de Lulworth, situé dans le Dorsetshire, non loin de la petite ville de Warcham. Le lendemain de son arrivée à Lulworth, le vieux roi se promenait sur la terrasse, seul, triste, plongé dans ses pensées. Soudain une femme se jette à ses pieds. Il veut la relever, lui prend les mains et, le visage éclairé d'une lueur de joie : « Madame Bayart ! s'écrie-t-il, déjà ! Elle ne me surprend pas ! »

Mme Bayart s'était embarquée au Havre, dès qu'elle l'avait pu, et était arrivée en Angleterre vingt-quatre heures après les proscrits. Le roi fit prévenir la duchesse de Berry, qui vint aussitôt. Profondément émue à la vue de la fidèle royaliste, la princesse l'embrassa et, avec cette vivacité qui mettait son cœur dans ses paroles : « Ah ! Madame Bayart, lui dit-elle, que ne nous avez-vous rejoints en France ? Je vous aurais donné Henri, et nous ne serions pas partis ! »

Elle resta plusieurs jours à Lulworth. Dans ses conversations avec Madame, elle revenait souvent sur une idée qui, d'ailleurs, ne la quittait guère, celle de voir Chateaubriand appelé auprès du duc de Bordeaux, présidant à son éducation, réconciliant le jeune prince avec les générations nouvelles. Bien qu'accueillie avec faveur par la duchesse de Berry, cette idée n'avait malheureusement aucune chance d'être adoptée, combattue qu'elle était par les hommes qui avaient suivi Charles X en exil, et qui avaient toute sa confiance.

De retour en France, Mme Bayart demeura quelque temps à Paris et y vit presque chaque jour ses amis de la rue d'Enfer. Elle leur parlait de la petite cour de Lulworth, insistait beaucoup sur la très réelle et très vive sympathie de la duchesse de Berry pour M. de Chateaubriand, atténuait, au contraire, le plus possible, dans ses récits, l'opposition que rencontrait, dans l'entourage du vieux roi, l'idée de faire appel au grand écrivain. Mme de Chateaubriand ne s'y trompait pas. Très vive, très ardente, intraitable à quiconque touchait au caractère et à l'honneur de son mari, elle ne se faisait pas faute de dire très haut et sans ménagement ce qu'elle pensait, et, comme elle parlait, elle écrivait. Le 14 septembre 1830, elle écrit à Mme Bayart :

J'étais sur les épines hier, ma chère Madame Bayart, dans la crainte que vous me disiez quelque chose devant M. de Chateaubriand, car je me suis bien gardée de lui rendre notre conversation dans toute son étendue. Malgré cette patience que je lui reproche si souvent, il aurait été étrangement surpris et trop profondément offensé. Au moment où il se sacrifie presque seul à la fidélité qu'il croit devoir à ses serments et à ses princes légitimes ; au moment des regrets universels que sa résolution de s'éloigner inspire à la France, son étonnement eût été trop grand d'apprendre que l'auguste famille à laquelle il s'immole le juge si mal et connaît si peu la puissance d'estime et d'honneur qu'il exerce en son pays : Je ne dirai pas la puissance de son talent, car on sait trop qu'il ne s'en servira jamais que pour la défense de son Dieu et de son roi : autrement, il n'aurait pas été si maltraité ; aussi, ce ne sont pas ses paroles, c'est son silence, qui, j'en conviens, a causé beaucoup de maux. M. de Chateaubriand ne demande rien et n'a jamais rien demandé à personne ; il n'a pas de confession à faire, parce qu'il n'a point péché. On lui reproche ses articles du Journal des Débats ; mais ces articles m'a-t-on dit, car de ma vie je n'ai lu un journal étaient, à quelques-uns près, dont la religion aurait eu à souffrir, aussi royalistes et surtout aussi utiles à la cause des Bourbons que ceux de la Gazette et du Drapeau blanc lui ont été funestes. Il n'y a donc que l'insigne mauvaise foi (pour tromper ceux qui ne lisent point) ou l'imbécillité la plus complète qui ait pu attribuer les articles d'un autre à mon mari ; car son style, bon ou mauvais, ne ressemble à celui de personne ; et jamais la charité de ces Messieurs, qui n'est pas celle de saint Paul, ne pourra prendre l'auteur du Génie du christianisme et de Bonaparte et les Bourbons, à dire le pour et le contre : c'est une vertu qu'il ne leur volera pas. M. de Chateaubriand ne serait pas si haut dans l'esprit public si on pouvait opposer ses paroles à ses paroles ; et certes, dans sa position actuelle, le parti qu'il refuse aujourd'hui de servir ne manquerait pas de lui rappeler ses contradictions. Quant à la prétendue pension qu'il touche, dit-on, aux Débats, qui ne sait qu'il donne son argent, mais qu'il n'en reçoit point, et qu'il n'a jamais vendu ni son talent ni sa conscience.

M. de Montmorency a eu raison de désavouer les fautes de sa jeunesse; il aurait encore mieux fait d'aller les déplorer dans la retraite, au lieu de les expier à la cour, au milieu de la fortune, des places et des honneurs. Dans la position de M. de Montmorency, M. de Chateaubriand eût fait les mêmes aveux et se serait éloigné du monde : la pénitence n'est bonne que sous le cilice et dans le désert : on croit à celle-là. Mon mari n'a, lui, d'autres fautes à se reprocher que d'avoir été, en tout temps et malgré tous les risques, trop bon serviteur du roi, un serviteur aussi loyal que désintéressé, disant toujours la vérité, non pas dans les temps où il n'avait rien à perdre, mais lorsqu'il n'avait plus rien à désirer. Quand il publia la Monarchie selon la Charte, il était pair, ministre d'Etat, avec une pension de 24.00o francs. Il donna sa démission d'ambassadeur à Berlin pour rester fidèle à des amis qui le trahirent. Ministre des affaires étrangères, il ne voulutpas (pour garder sa place) approuver la loi de la conversion des rentes. Envoyé ambassadeur à Rome, il renonça à 200,000 livres de rente et à la plus belle existence du monde pour ne pas soutenir un ministère qu'il pensait devoir perdre le roi (prévision qui ne s'est que trop vérifiée). Enfin, aujourd'hui, il sacrifie le reste de son existence, et il ne veut rien accepter de tout ce qu'on ne cesse de lui offrir ; car les hommes qu'il refuse de servir l'apprécient mieux que ceux auxquels il a dévoué toute sa vie. M. de Chateaubriand ne changera ni de système ni de langage : un honnête homme n'en a qu'un. Il n'a point été élevé à l'école de ceux qui ont puisé dans les antichambres de M. Bonaparte la bassesse d'un courtisan avec la fausseté d'un laquais. Nous verrons à quoi aboutiront les belles intrigues de ces messieurs pour ramener leur maitre sur le trône, où, s'il y montait avec eux, il ne resterait pas huit jours.

Vous voyez, chère Dame, que c'est sans succès que vous avez voulu me masquer les hommes et m'arranger les choses. Depuis plus de trente ans, j'ai acquis (à mes dépens) le funeste don de ne pouvoir être trompée, ni sur les choses ni sur les hommes. Mais, pour conclure cette lettre déjà trop longue, je crois que M. de Chateaubriand prend le meilleur parti, pour lui et pour moi ; c'est de se retirer en Suisse pour y mourir loin des révolutions et des intrigues. Je ne lui conseillerai jamais d'aller encore au-devant de nouveaux mécomptes et de nouvelles injustices. Je ne connais que trop sa vertueuse folie, et s'il était appelé, il suivrait sans aucun doute le penchant qui l'entraîne et se ferait un devoir d'obéir.

Je n'ai pas besoin, bonne Madame Bayart, de vous renouveler l'assurance de mon inaltérable dévouement.

Notre bonne Sœur Marie1 vous sera très reconnaissante si vous voulez bien ne pas oublier la toile : le dernier échantillon lui convient fort.

(1) Une des religieuses de l'Infirmerie Marie-Thèrèse, fondée par Mme de Chateaubriand, qui s'y consacrait tout entière. ↩

Vicomtesse DE CHATEAUBRIAND.

Mme Bayart, après cette longue absence, rentra enfin à Lille. Son mari a perdu sa place de garde-magasin des Tabacs. La gêne est entrée dans le ménage. On occupait une assez grande maison rue des Canonniers. Pour diminuer les dépenses, on sous-loue le rez-de-chaussée, puis le premier étage, et l'on escalade le second et les mansardes, où force est bien de s'arrêter. Mme Bayart estime, cependant, au commencement de 1831, que le service de la cause royale exige d'elle qu'elle se rende de nouveau auprès des exilés. Charles X a quitté Lulworth ; il est maintenant en Ecosse, à Holy-Rood. Le voyage sera donc plus long, plus coûteux. Où trouver l'argent nécessaire ? Le garde-magasin destitué possède une belle argenterie de famille : on l'envoie à la Monnaie de Lille. Le sacrifice est dur ; qu'importe, on pourra faire le voyage d'Holy-Rood. Comment, d'ailleurs, Mme Bayart se plaindrait-elle, alors que ses princes sont à peine plus fortunés ! Durant son séjour en Ecosse, elle rencontrera un jour, au milieu d'une rue d'Edimbourg, dans une espèce de petite charrette de paysanne, la duchesse de Berry, qui venait à la ville acheter des souliers pour ses enfants.

A Holy-Rood, comme à Lulworth, elle plaida la cause de Chateaubriand, mais sans plus de succès. Quand elle revint en France, au mois de mai 1831, ce fut pour apprendre que M. et Mme de Chateaubriand quittaient définitivement Paris pour aller se fixer à Genève. Mme de Chateaubriand lui écrit, le 7 mai :

Nous partons au plus tard vendredi; c'est auprès de Genève que nous nous établirons d'abord. J'espère, bonne Dame, que je recevrai là un mot de vous... Je suis toute triste de penser que nous allons encore une fois nous éloigner de vous. Ici du moins nous avons le bonheur de vous voir quelquefois ; et, croyez-moi, chère Madame Bayart, c'est un vrai bonheur pour des cœurs droits que de savoir seulement qu'il existe dans ce monde deux personnes comme vous et votre excellent mari !...

Le 17 juin 1831, la duchesse de Berry partit pour 1Italie. Au mois de janvier 1832, elle était à Naples lorsqu'elle voit arriver - non pas Mme Bayart, à ce moment retenue auprès d'un berceau, - mais M. Bayart porteur d'instructions secrètes, dont l'avait chargé le comité royaliste de Paris. Il était allé lui-même au-devant de cette mission pour laquelle il n'avait voulu accepter aucune aide pécuniaire et qui devait, nous allons le voir, lui coûter fort cher. Lorsque Mme Bayart avait dû se séparer de son nourrisson; au mois d'octobre 1820, le comte d'Artois, en son nom et au nom du roi, lui avait remis un magnifique médaillon, contenant des cheveux du duc de Bordeaux et enrichi de quatorze gros brillants montés à jour. A tout événement, M. Bayart, à son départ pour Naples, avait emporté le médaillon. Il le rapporta à Lille, à la grande joie de sa femme, qui le serra précieusement. Comme elle se faisait une fête de le montrer à ses amis dans toutes les grandes occasions, son mari la pria un jour de n'en plus rien faire et lui avoua que les dépenses du voyage ayant de beaucoup dépassé ses prévisions, il s'était vu obligé de vendre les brillants et de les remplacer par du strass. Les diamants du comte d'Artois avaient eu le sort de la vieille argenterie de famille. Mme Bayart ne fit aucun reproche à son mari : c'était pour le service du roi.

Mme de Chateaubriand n'eut pas connaissance de ce nouveau sacrifice de ses amis ; mais elle se doutait bien que ce voyage à Naples serait encore pour eux une source de dépenses au-dessus de leur fortune, et elle avait tout fait pour en détourner le chevalier (comme elle se plaisait à appeler M. Bayart). N'ayant pu y réussir, elle écrivait de Genève à Mme Bayart :

Hélas ! chère Dame, malgré vous et malgré nos deux bétas de maris, il en faudra toujours venir à ce mau. dit refrain :

Au rang des maux qu'au ciel même il impute,

Leur cœur ingrat met sa fidélité !... (1)

Adieu, bonne et chère amie, mes vœux sincères sont de vous voir heureuse et mère encore d'un beau garçon que vous présenterez au chevalier, au retour de sa croisade.

Peu de jours, en effet, après cette lettre, Mme Bayart eut un fils qui fut appelé Auguste-Céleste, les deux noms de M. et de Mme de Chateaubriand.

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Le 7 novembre 1832, la duchesse de Berry fut arrêtée à Nantes - on sait dans quelles circonstances. Le 12 novembre, Berryer entrait dans le cabinet de Chateaubriand à Genève, et lui apprenait la nouvelle. Chateaubriand partit aussitôt pour Paris, non sans avoir écrit de Genève même, au ministre de la justice, M. Barthe, pour le prier de faire passer à l'auguste et malheureuse princesse une lettre ouverte où il sollicitait l'honneur d'être choisi par elle au nombre de ses défenseurs. Le même jour, I2 novembre, Mme Bayart écrivait de son côté à M. Barthe ; elle demandait l'autorisation « de se rendre près de Madame pour passer avec elle tout le temps que durerait sa captivité ». - « Je voudrais être assez heureuse, Monsieur le ministre, ajoutait-elle, pour vous prouver que mes démarches près de vous sont dictées par un sentiment d'honneur que vous saurez apprécier et non par aucune arrière-pensée qui puisse me rendre ingrate envers Votre Excellence. Je lui devrai les plus beaux jours de ma vie, si Elle me met à même, sinon de briser les chaînes de la mère de mon auguste nourrisson, au moins d'en diminuer le poids. »

(1) Vers de Béranger dans ses Stances à M. de Chateaubriand, juillet 1831.

La lettre fut publiée par tous les journaux royalistes. Chateaubriand écrivit à M. Bayart pour le féliciter : « C'est toujours, lui disait-il, la fière nourrice de l'Enfant qui est mon Roi ! »

M. Bayart, lui non plus, ne restait pas inactif. Il envoyait aux Chambres deux protestations ; il adressait au juge de paix de Blaye une sommation juridique, basée sur l'illégalité de la détention de la princesse ; il faisait faire une jolie lithographie, dédiée à M. de Chateaubriand, et qui se répandit alors dans la France entière. Je l'ai, en ce moment, sous les yeux. Elle représente Madame dans sa prison ; au dehors, l'emblème de la fidélité, un chien brisant les barreaux de la fenêtre devant laquelle la captive se tient debout.

Au milieu de leurs tristesses, c'était, du moins, une consolation pour M. et Mme Bayart d'écrire à Chateaubriand et à sa femme, et de recevoir leurs lettres. Le rer janvier 1834, ils n'avaient pas manqué de souhaiter au ménage de la rue d'Enfer une bonne et heureuse année. Chateaubriand répondit à M. Bayart :

7 janvier 1834.

Je vous remercie mille fois, mon cher Monsieur Bayard, de vos bons souhaits de bonne année. Il serait bien temps que nous en eussions de meilleures que celles qui se sont écoulées pour nous ; mais je ne l'espère guère, et désormais las de me mêler des affaires de ce monde, je m'en remets à la Providence. Vous avez été parfait dans cette question des élections, comme vous l'êtes en tout, et votre amitié ne m'a jamais manqué. Dieu n'a pas permis que je soutinsse ce dernier combat pour une cause qu'il semble abandonner, et il a voulu apparemment me soustraire à une lutte inutile.

Je suis désolé d'être dans l'impossibilité de m'acquitter envers vous dans ce moment d'une dette d'autant plus sacrée que votre position est pénible. Il est question de former une compagnie par actions pour l'achat de mes Mémoires. Si l'affaire se fait, je vous en préviendrai et pourrai trouver dans cet arrangement le moyen de terminer le nôtre.

Ma pauvre femme est bien souffrante. Elle vous est bien attachée, ainsi qu'à Mme Bayart. Offrez, je vous prie, à l'excellente nourrice de notre jeune roi tous mes vœux les plus sincères. Peut-être un jour nous retrouverons-nous tous ensemble plus heureux. Croyez que personne dans le monde ne jouirait plus de votre bonheur que votre dévoué serviteur et ami.