Chapitre III (suite)
[Chateaubriand] → [Chênedollé], [15 août 1804], Mantes
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Mantes
Je m'approche de vous et sors enfin du silence, mon cher Chênedollé : je n'ai osé vous écrire de peur de vous compromettre pendant tout ce qui m'est arrivé (lors de sa démission envoyée le jour même où le duc d'Enghien a été fusillé). Que j'ai de choses à vous dire ! Quel plaisir j'aurai à vous embrasser, si vous voulez ou si vous pouvez faire le petit voyage que je vous propose! Je vais passer quelques jours chez Madame de Custine au château de Fervaques, près de Lisieux, et vous voyez par la date de ma lettre que je suis déjà en route. J'y serai d'aujourd'hui en huit, c'est-à-dire le 22 août. La dame du logis vous recevra avec plaisir, ou, si vous ne voulez pas aller chez elle, nous pourrons nous voir à Lisieux.
Ecrivez-moi donc au château de Fervaques, par Lisieux, département du Calvados. Vous n'en devez pas être à plus de quinze ou vingt lieues.
Tâchons de nous voir, pour causer encore, avant de mourir, de notre amitié et de nos chagrins. Je vous embrasse les larmes aux yeux. Joubert a été bien malade et n'a pu répondre à une lettre que vous lui écriviez. Tout ce qui reste de la petite société1 s'occupe sans cesse de vous. Madame de Caux (Lucile sœur de Chateaubriand) est très mal.
1. La société de Madame de Beaumont. ↩