Chapitre III (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le début de cette lettre est dur assurément. Mais on comprend le sentiment qui l'a dicté. Chateaubriand avait épuisé toutes ses ressources auprès de Madame de Beaumont mourante ; il ne pouvait pas et pour rien au monde il n'aurait voulu interrompre les spasmes de son agonie pour lui exposer sa détresse, pour lui demander un crédit et se faire rembourser en quelque sorte des soins qu'il avait prodigués. N'y avait-il pas là une question de délicatesse et d'honneur, et n'est-ce pas « une grande pitié » comme il le dit, que Madame de Custine ne l'eit pas compris ? Elle n'a vu qu'une rivale là où elle ne devait plus voir qu'une femme infortunée et mourante.
Cependant, malgré l'aigreur du début, Chateaubriand s'adoucit : il ne demande qu'à pardonner, à tout oublier, et la lettre se termine par un mot charmant. Le post-scriptum renouvelle la demande de pressantes démarches auprès de Fouché en faveur de l'ami malheureux et persécuté (M. Bertin).
Cette lettre prise isolément et séparée de celles qui la précèdent et qui l'expliquent, était inintelligible. Aussi est-il naturel qu'elle ait été interprétée à contre-sens : « Le Chateaubriand quinteux, personnel, méfiant, a-t-on dit, est tout entier dans cette lettre. » Voilà le sens qu'on y a trouvé! Aussi que de lamentions en faveur de l'adorable victime de cet homme sans cœur! Et pourtant, dans tout cela, Madame de Custine n'était pas une victime ; le beau rôle n'était même pas de son côté: mue par une mesquine jalousie, elle avait fini, dans de vulgaires commérages, par trahir l'amitié.
Dans cette circonstance, comme dans toutes les autres, dans la vie privée, comme dans la vie politique, l'opinion se montrait facile à tout pardonner à Chateaubriand, ses imprudences, ses erreurs, ses fautes même. D'où lui venait cette persistance des faveurs de l'opinion? C'est que partout dans sa vie, on sentait l'inspiration d'une âme chevaleresque et d'un cœur généreux.
Chateaubriand partit de Paris pour Fervaques, comme il l'avait annoncé, le 13 août. Il en informe le jour même Madame de Custine par le billet suivant: