Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et madame de Custine Chapitre V (suite)

Chapitre V (suite)

Chateaubriand et madame de Custine · 2 min de lecture · p. 233–235 · chapitre 79 sur 103

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

C'est de l'Infirmerie de Marie-Thérèse, fondée à l'extrémité de la rue d'Enfer, par les soins de Madame de Chateaubriand, qu'il est ici question. Cet asile destiné aux prêtres âgés et infirmes, recevait aussi, cette époque, des femmes malades ou convalescentes. Les Mémoires d'outre-tombe en donnent un exemple touchant : J'ai vu, dit Chateaubriand, une Espagnole, belle comme Dorothée, la perle de Séville, mourir à seize ans de la poitrine dans le dortoir commun, se félicitant de son bonheur, regardant en souriant avec de grands yeux noirs à demi-éteints, une figure pâle et amaigrie, Madame la Dauphine, qui lui demandait de ses nouvelles et l'assurait qu'elle serait bientôt guérie. Elle expira le soir même, loin de la Mosquée de Cordoue et du Guadalquivir, son fleuve natal. » Cette jeune fille était une orpheline dont Madame de Chateaubriand avait fait sa fille adoptive. L'Infirmerie de Marie-Thérèse a gardé son souvenir; les deux vénérables sœurs qui la soignaient, et qui lui survivent après plus d'un demi-siècle, disent qu'elle était charmante. Elle repose dans le même caveau que sa mère adoptive, sous l'autel de la chapelle de l'Infirmerie, à côté de sa bienfaitrice. Aucune inscription ne révèle son nom :

Nomen frustra inquiri,

Ora ut scriptum sit in cœlo.

Mais quelle est cette bonne et spirituelle Polonaise que Chateaubriand a revue à l'Infirmerie? Ne serait-ce pas la même personne qu'il avait vue vingt-trois ans auparavant, à l'époque printanière des billets parfumés, quand, par politesse, ou par curieuse faiblesse, il allait remercier chez elles les dames inconnues qui lui envoyaient leurs noms avec leurs flatteries? Parmi les plus charmantes, il y eut une Polonaise qui l'attendit dans des salons de soie : « mélange de l'Odalisque et de la Valkyrie, elle avait l'air d'un perce-neige è blanches fleurs ou d'une de ces élégantes bruyères qui remplacent les autres filles de Flore, lorsque la saison de celles-ci n'est pas encore venue. » De 1800 1323, bien des printemps s'étaient succédé, bien des hivers aussi : les élégantes bruyères et les perce-neige s'étaient un peu fanés ; la ravissante odalisque elle-même avait changé ; mais de tous les dons de sa jeunesse, elle en avait conservé deux: l'esprit et la bonté ; que peut-on souhaiter de plus ? Elle était, paraît-il, l'amie de Madame de Custine; mais nul ne se la rappelle à l'Infirmerie : Tout passe en ce monde et s'oublie!

.Revenons à notre lettre du 1er avril. Elle ne fit qu'irriter l'impatience de Madame de Custine, qui insiste et veut faire des démarches quand même. Le lendemain Chateaubriand lui répond avec plus de laconisme.