Chapitre III (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Madame de Custine, nous l'avons dit, avait quitté la rue Martel pour installer ses pénates rue Verte, en face de la rue de Miromesnil, à la porte même de Madame de Chateaubriand. Ce choix pouvait être fort commode pour elle, mais il semblait blesser un peu les convenances. Il ne faudrait pas cependant lui en faire un reproche trop sévère : on trouve, en effet, dans ce caractère spirituel et enjoué de Madame de Custine un sentiment, au fond toujours le même, qui flotte de la légèreté à la témérité, mais qui de la témérité s'élève parfois jusqu'à l'héroïsme. Quelle fermeté d'âme n'avait-elle pas montrée quand, en 1794, au milieu des commissaires d'une section révolutionnaire qui perquisitionnaient chez elle et fouillaient tous ses meubles, elle traçait une mordante caricature de l'un d'eux, mettait les rieurs de son côté et sauvait ainsi sa vie ! Et de quelle témérité héroïque n'avait-elle pas fait preuve quand, en 1793 protégeant de sa présence son beau-père le général de Custine devant le tribunal révolutionnaire, elle avait d'un si grand courage, comme dit Chateaubriand, bravé l'échafaud ! C'est en faveur de cet héroïsme que bien des légèretés lui seront pardonnées; il y a dans sa vie des pages qui lui assurent le respect et la sympathie de la postérité.
Dans la même lettre, nous remarquons ce passage : « Que de choses nous disons des gens que nous avons vus à Fervaques ! » A qui Chateaubriand a-t-il pu dire tant de choses, lui qui n'a fait que traverser Paris? Probablement à la mère de Madame de Custine, la Marquise de Boufflers, s'il a eu le temps de la voir.
Chateaubriand se rend à Villeneuve sans perdre de temps. Il y reçoit, presque à son arrivée, une missive de Madame de Custine (le petit griffon). Elle lui renvoie une lettre fort suspecte qu'elle a reçue pour lui: une lettre de femme! René se tire comme il peut de ce mauvais pas dans la réponse qu'il lui adresse :