Chapitre V (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Tout en sollicitant pour autrui, Madame de Custine ne cessait pas de poursuivre ses instances en faveur d'Astolphe. Elle supplie de nouveau Chateaubriand d'activer ses démarches, d'y mettre plus d'ardeur; elle l'accuse même d'indifférence. Il répond, à la date du 6 juillet, par une lettre presque semblable à celle qu'il avait écrite le 4 avril précédent dans les mêmes circonstances : « Voilà vos injustices. Vous savez dans quel misérable esclavage je vis. J'espère vous voir cet automne. Puis-je oublier Astolphe? Le temps qui console de tout ne me console pas de vous quitter ; mais vous verrez qu'on me fuit en vain et qu'on me retrouve toujours. »
On se demande en lisant ces lettres, s'il est bien prouvé que l'amour de Chateaubriand pour la dame de ses pensées se soit jamais réduit à une simple amitié. Ne semble-t-il pas au contraire que leur amour ait été plus fort que le temps ? Madame de Custine avait alors 53 ans; sous ses cheveux blancs, elle avait conservé toutes ses grâces, son charmant sourire, ses yeux caressants, et même sa jalousie ; et Chateaubriand, qui adorait l'Anthologie, ne pouvait manquer de partager les idées du poète qui a célébré en vers si ravissants l'automne de la vie et la douceur des dernières amours1. Il y a des femmes aimées du ciel, qui ne vieillissent jamais : les années en passant sur leurs têtes, n'y déposent que leurs printemps ». Cette expression charmante de Chateaubriand, rapportée par le comte de Marcellus, cache un sens vrai sous l'apparence d'une galanterie légère. - Il en fut ainsi pour Madame de Custine jusqu'au jour ou, comme nous le verrons, les malheurs d'Astolphe brisèrent sa vie.
1. Philodème, Anthol. Palat. V. 13. ↩