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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et madame de Custine [Chateaubriand] → [Mme de Custine], 4 Thermidor (23 juillet), Paris

Chapitre III (suite)

[Chateaubriand] → [Mme de Custine], 4 Thermidor (23 juillet), Paris

Chateaubriand et madame de Custine · 2 min de lecture · p. 89–90 · chapitre 14 sur 103

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Il ne s'agit pas de comparaison, car je ne vous compare personne, et je ne vous préfère personne. Mais vous vous trompez si vous croyez que je tiens ce que je vous ai dit de celle que vous soupçonnez ; et c'est là le grand mal. Si je le tenais d'elle, je pourrais croire que la chose n'est pas encore publique; or ce sont des gens qui vous sont étrangers qui m'ont averti des bruits qui couraient. Il me serait encore fort égal, et je ne m'en cacherais pas, qu'on dit que je vous ai demandé un service. Mais ce sont les circonstances qu'on ajoute à cela qui sont si odieuses que je ne voudrais pas même les écrire et que mon cœur se soulève en y pensant. Vous vous êtes très fort trompée si vous avez cru que Madame... m'ait jamais rendu des services du genre de ceux dont il s'agit1; c'est moi, au contraire, qui ai eu le bonheur de lui en rendre. J'ai toujours cru, au reste, que vous avez eu tort de me refuser. Dans votre position, rien n'était plus aisé que de vous procurer le peu de chose que je vous demandais ; j'ai vingt amis pauvres qui m'eussent obligé poste pour poste, si je ne vous avais donné la préférence. Si jamais vous avez besoin de mes faibles ressources, adressez-vous i moi, et vous verrez si mon indigence me servira d'excuse.

1. Est-ce à Madame de Beaumont qu'il fait allusion? Ces suppositions de Madame de Custine auraient été bien blessantes pour Chateaubriand. ↩

Mais laissons tout cela. Vous savez si jusqu'à présent j'avais gardé le silence, et si, bien que blessé au fond du cœur, je vous en avais laissé apercevoir la moindre chose, tant était loin de ma pensée tout ce qui aurait pu vous causer un moment de peine ou d'embarras. C'est la première et la dernière fois que je vous parlerai de ces choses-là. Je n'en dirai pas un mot à la personne, soit que cela vienne d'elle ou non. Le moyen de faire vivre une pareille affaire est d'y attacher de l'importance et de faire du bruit; cela mourra de soi-même comme tout meurt dans ce monde. Les calomnies sont devenues pour moi des choses toutes simples; on m'y a si fort accoutumé que je trouverais presque étrange qu'il n'y en eût pas toujours quelques-unes de répandues sur mon compte.

C'est à vous maintenant à juger si cela doit nous éloigner l'un de l'autre. Pour blessé, je l'ai été profondément ; mais mon attachement pour vous est à toute épreuve ; il survivra même à l'absence, si nous ne devons plus nous revoir.

Je vous recommande mon ami1.

1. M. Bertin. ↩

Paris, 4 Thermidor (23 juillet).