Chapitre IV (suite)
[Chateaubriand] → Mme de Custine, 2 frimaire, 23 novembre, Villeneuve-sur-Yonne
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Depuis ma dernière lettre, j'ai éprouvé une des plus grandes peines que je puisse encore ressentir dans cette vie. J'ai perdu une sœur que j'aimais plus que moi-même et qui me laissera d'éternels regrets. Cette solitude qui se fait tous les jours autour de moi m'effraye, et je ne sais qui comblera jamais le vide de mes jours. Je suis sans avenir, et bientôt même je vais être obligé de me retirer dans quelque coin du monde, car ma fortune ne me permettra plus de vivre à Paris, et je ne prévois pas comment jamais je deviendrai plus heureux sous ce rapport. Que deviendrai-je ? Je n'en sais rien. Il ne me reste plus qu'à désirer le bonheur de ceux que j'aime. Tâchez donc d'être heureuse ! Tâchez de délivrer mon ami1. Aimez moi un peu, si vous pouvez. J'ai tant rêvé de bonheur, et je me suis si souvent trompé dans mes songes que je commence à prendre votre rôle, à être tout à fait sans espoir. Mille tendresses.
Quand serez-vous à Paris ?
2 frimaire, 23 novembre.
A Madame de Custine,
au Château de Fervaques, par Lisieux.