Chapitre II
[Chateaubriand] → Mme de Custine, mercredi 30 mai 1804, Paris
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Paris, mercredi 30 mai 1804.
J'étais à la campagne quand votre billet de Fervaques m'est arrivé ; on avait négligé de m'envoyer à la campagne. Ne soyez pas trop fâchée de mon silence. Vous savez que j'écris malgré mes dégoûts pour le genre épistolaire, et vous avez fait le miracle. Je m'ennuie fort à Paris et j'aspire au moment où je pourrai • jouir encore de quelques heures de liberté, puisqu'il faut renoncer au fond de la chose. Bon Dieu ! Comme j'étais peu fait pour cela! Quel pauvre oiseau prisonnier je suis ! Mais enfin le mois de juillet viendra, je ferai un effort pour courir un peu tout autour de Paris, et puis j'irai un peu plus loin. Ce sera comme dans un conte de fée : Il voyagea bien loin, bien loin (et les enfants aiment qu'on appuie sur le mot loin), et il arriva à Fervaques. Là logeait une fée qui n'avait pas le sens commun. On la nommait la princesse Sans-Espoir, parce qu'elle croyait toujours, après deux jours de silence, que ses amis étaient morts ou partis pour la Chine et qu'elle ne les reverrait jamais. J'achèverai l'histoire dans le département du Calvados.
Mille joies, mille souvenirs, mille espérances. Je vous verrai bientôt. Ecrivez-moi. Embrassez nos amis. Ecrivez à Fouché.
A Madame de Custine, née Sabran, au château de
Fervaques, par Lisieux, Calvados.