Chapitre II (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
1. Louis Mathieu, comte Molé, Pair de France, qui a joué un rôle considérable sous la Monarchie de Juillet.
Madame de Custine avait quitté la rue Martel, ou elle demeurait en 1803, pour la rue Verte, au coin de la rue de Miromesnil, en face du petit hôtel qu'habitait Chateaubriand. Le champ de blé « qui est « à notre porte » fait allusion à la proximité de leurs demeures. Aussi Chateaubriand a-t-il soin de souligner le mot.
Il s'agit dans cette lettre du Marquis de Tresne, traducteur de Virgile et de Klopstock, le même qui, en 1795, à Hambourg, pendant l'émigration, présenta son ami Chênedollé à Rivarol. La liaison qui en résulta fait l'objet d'un récit très intéressant de Chênedollé, que Sainte-Beuve a reproduit dans le second volume de Chateaubriand et son groupe littéraire. Nous ignorons quelle est la très vilaine action du Marquis de la Tresne à laquelle Chateaubriand fait allusion.
Les lettres de Chateaubriand se succèdent rapidement. En voici une pleine d'enjouement et de charmants détails qui a sa place marquée dans sa vie littéraire, parce qu'elle précise la date, presque le jour, du 7 au 18 juin 1804, ou vint éclore dans son génie la première pensée du poème des Martyrs. C'est dans ce petit hôtel de la rue de Miromesnil qu'il en écrivit les premières lignes ; c'est sous les ombrages des jardins de Monceaux qu'Eudore, Valléda, Cymodocée lui apparurent pour la première fois.
Il fait sur le ton du badinage l'analyse de la première ébauche encore informe qui bientôt se dessinera, prendra corps, et d'où, malgré les défauts évidents du livre, jailliront des flots de poésie, d'éloquence et de passion dans le plus beau langage qu'on ait parlé depuis le xVI° siècle.
C'est aussi sur le ton du badinage qu'il répond au récit que Madame de Custine lui a fait de la première communion de son fils Astolphe, à Fervaques. Une idée sérieuse cependant, un sentiment élevé et sincère, dont il faudra toujours tenir compte quand on jugera Chateaubriand, se dégage de ses paroles légères et termine la lettre par une note grave.