Chapitre V
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Ambassade de Berlin. Koreff. - Voyage à Fervaques. - Ambassade de Londres. - Voyage d'Astolphe en Angleterre. - Chateaubriand ministre des affaires étrangères. - Démarches pour la Pairie. - Lettre à Madame de Genlis. - L'Infirmerie Marie-Thérèse. La belle Polonaise.
Chateaubriand, nommé ambassadeur en Prusse, partit le 1er janvier 1821 pour Berlin. Il ne fit qu'un séjour de courte durée dans cette résidence, revint à Paris, avec un congé pour le baptême du duc de Bordeaux, et le 30 juillet, M. de Villèle, alors son ami, ayant quitté le ministère, il le suivit dans sa retraite et donna sa démission.
Les Mémoires d'outre-tombre n'ont pas de pages plus intéressantes et d'un sentiment plus élevé que celles ou Chateaubriand rend compte de sa vie dans la capitale de la Prusse, de l'accueil qu'il y reçut, des amitiés qu'il y forma. Parmi les portraits qu'il a tracés, il suffît de citer les noms de la duchesse de Cumberland, qui fut plus tard reine de Hollande, et qui voulut lui confier l'éducation de son fils, de Guillaume de Humboldt, « frère de son illustre ami le baron Alexandre », d'Ancillon, d'Adalberg de Chamisso. Nous ne pouvons nous y arrêter, mais nous devons reproduire les lignes suivantes consacrées à deux hommes que nous connaissons déjà par leurs relations avec Madame de Custine, le prince de Hardenberg et le docteur Koreff qui lui avait fait perdre la tête : M. Hardenberg, beau vieillard, blanc comme un cygne, sourd comme un pot, allant à Rome sans permission, s'amusant de trop de choses, croyant à toutes sortes de rêveries, livré en dernier lieu au magnétisme entre les mains du docteur Koret que je rencontrais à cheval, trottant dans les lieux écartés, entre le diable, la médecine et les muses. »
Dans sa correspondance officielle avec le ministre des affaires étrangères, M. Pasquier, Chateaubriand se vante de ne point faire, comme ses prédécesseurs, de petits portraits et d'inutiles satires : « Il a tâché, dit-il, de faire sortir la diplomatie du commérage. » Ces portraits et ces satires où il excellait, il les a réservés pour ses Mémoires ! Il semble par ce qui précède, qu'il n'avait pour Koreff, l'ami de Madame de Custine, qu'une médiocre sympathie.
Rendu par sa démission à la vie privée, Chateaubriand retrouva-t-il à Paris son amie de Fervaques ? Nous n'avons rien de précis sur ce point ; nous savons seulement que Madame de Custine a passé cet été de 1821 en Normandie et que Chateaubriand devait aller l'y voir.
La lettre suivante adressée à Fervaques démontre par ses termes mêmes que la correspondance n'avait pas été interrompue entre Chateaubriand et son amie ; elle suppose, au contraire, l'échange de lettres antérieures qui n'ont pas été retrouvées. Le ton est le même, les formules d'affectueuse amitié sont les mêmes, et les voyages de Fervaques continuent comme par le passé ; tout porte à croire que les relations sont restées très tendres.