Chapitre IV
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Mort de Madame de Caux. - Le voyage d'Orient. - La Vallée aux Loups. - Armand de Chateaubriand. - Madame de Custine à Rome. - Le docteur Koreff. - Fouché duc d'Otrante.
Le jour même où Chateaubriand écrivait à Madame de Custine la lettre qu'on a lue plus haut, mourait à Paris la plus chère de ses sœurs : Lucile, Madame de Caux, dont la santé, longtemps chancelante, n'avait cessé d'empirer depuis que Chateaubriand, trois mois auparavant, avait écrit à Chênedollé : « Lucile est très « malade. »
Cette femme illustre a occupé trop de place dans la vie de son frère pour que nous mentionnions sa mort comme un simple incident, sans nous y arrêter, au moins un instant. Un portrait par Chateaubriand, deux lettres d'elle, quelques lignes enthousiastes de Chênedollé, suffiront pour nous faire connaître cette noble figure et nous apprendre à la respecter.
Dans la première rédaction des Mémoires de sa vie, commencée en 1809, Chateaubriand trace le portrait de Lucile à 17 ans.
« Elle était grande et d'une beauté remarquable, mais sérieuse; son visage pâle était accompagné de longs cheveux noirs; elle attachait souvent au ciel des regards pleins de tristesse et de feu. Sa démarche, sa voix, sa physionomie avaient quelque chose de rêveur et de souffrant... Je l'ai souvent vue, un bras jeté sur sa tête comme une statue antique, rêver immobile et inaminée ; retirée vers son cœur, sa vie ne paraissait plus au dehors et son sein même ne se soulevait plus. Par son attitude, sa mélancolie, sa beauté, elle ressemblait à un génie funèbre. »
Chênedollé, qui lui avait été présenté à Paris en 1802, s'éprit éperdûment de cette âme délicate et passionnée. Il lui demanda sa main ; Lucile n'accueillit pas sa demande et lui refusa toute espérance de mariage; mais elle lui accorda son amitié, amitié très tendre, telle que peut être celle d'une femme qui, tout en aimant beaucoup, veut rester chaste et pure. Ce sentiment très particulier, qui n'excluait pas une familiarité respectueuse et reposait sur une confiance sans bornes, est peint admirablement dans cette lettre de Lucile à Chênedollé :