Chapitre III (suite)
[Chateaubriand] → Mme de Custine, Samedi, 8 septembre 1804
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Votre lettre m'a charmé. Vous êtes une très aimable personne. Je médite toujours un second voyage, mais il faut du temps et de la patience! Je ne puis partir que le 15 de décembre pour la Bourgogne. Je tâcherai d'être chez vous du 20 au 25 d'octobre. Cela vous convient-il?
Voilà le billet du juge de paix. Dimanche il ne voulait pas de mon argent; lundi il refusa mes louis, mardi mon billet de banque ; enfin il a pris son parti. C'est une fatalité que l'argent entre nous.
La pauvre Madame Bertin a la fièvre putride. Je ne sais qui présentera votre lettre1. Comment nous tirer de là ?
1. Une lettre de Madame de Custine à Fouché, que Madame Bertin devait présenter elle-même. Cela ne démontre-t-il pas péremptoirement que les sollicitations auprès de Fouché réclamées par Chateaubriand dans toutes ses lettres avaient bien pour objet son ami Bertin ? ↩
Et le cher malade? Voilà un beau temps qui doit le guérir. Veut-il de mon quinquina?
Il faudra que Chênedollé vienne cet automne à Fervaques, d'où je le ramènerai à Paris. Le pauvre garçon ! je l'aime bien tendrement. Convenez que je vous ai fait connaître un aimable voisin. Vous avez sans doute perdu vos hôtes? Madame de Cauvigny court les champs; Chênedollé est retourné chez M. Saint-Martin père. Moi, je suis au diable. Mais votre mère doit être avec vous ; c'est encore une de mes infidélités2. Vous savez combien j'aime Mademoiselle de Saint-Léon ; mais j'ai perdu la Pitié que j'avais d'elle (La Pitié de Delille, 1803).
2. Ce n'est pas, sans doute, celle-là que Madame de Custine lui reprochait. Mais il y en avait d'autres dont elle se plaignait à plus juste titre. ↩
Je fais un troisième livre. Nous verrons comment il sera à Fervaques. Je mange du melon, j'enrage et je me porte bien. Dieu vous conserve en joie et en espérance; si cela est possible, écrivez-moi.
Samedi, 8 septembre 1804.
Mille joies à tous les amis. - sans excepter Madame Jenny.
A Madame de Custine, au château de Fervaques.
par Lisieux, Calvados.