Chapitre II (suite)
[Chateaubriand] → Mme de Custine, Jeudi, 18 Prairial (7 juin 1804)
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Mille remercîments de votre lettre à F... (Fouché). Mille remercîmens de vos souvenirs. J'irai certainement à Fervaques. Vos bonnes gens pourtant me touchent peu, et la race humaine est si méchante que je commence à ne plus m'en soucier du tout. Vous vivez en paix ! et nous, nous sommes très malheureux ici. Je n'ai, je vous assure, pas le courage de vous parler de moi, de nos projets. J'ai l'esprit trop préoccupé. Ma vie est fort triste ici. Je vais errer dans le champ de blé qui est à notre porte, et quand j'ai entendu chanter l'alouette, je rentre pour voir un nid de merles, qui est dans mon jardin et dont les petits viennent de s'envoler. Ils sont bien heureux. Vous voyez que nous sommes tous deux occupés d'oiseaux.
Tresnes a fait une très vilaine action, je me réserve de lui en parler à la campagne.
Je pars à l'instant pour Champlatreux et je vais passer deux jours chez Mathieu '. Je n'y porte pas des dispositions fort gaies, et je ne sais si je pourrai y rester même ces deux jours, tant il y a d'incertitude dans mes idées et de tristesse dans le fond de mon âme.
J'attends des lettres de vous ; elles me consolent et me font franchir avec moins d'ennuis les moments que je dois encore passer loin de vous.
Mille choses aux amis.
Jeudi, 18 Prairial (7 juin 1804).
A Madame de Custine, au château de Fervaques,
par Lisieux, Calvados.