Chapitre III (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : E. Plon, Nourrit, 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le 15 septembre, il part avec Madame de Chateaubriand pour la Bourgogne, c'est-à-dire pour Villeneuve-sur-Yonne, ou ils doivent passer quelques mois chez M. et Madame Joubert. Au moment même où il montait en voiture, il écrit à Madame de Custine pour l'en avertir et lui demander de lui faire connaître l'époque la plus tardive qu'elle fixe pour son retour Paris, « afin qu'il se dirige là-dessus1 ».
1. Cette lettre, qui doit porter le n° 12, a été publiée par M. Bardoux : Madame de Custine, d'après des documents inédits. ↩
Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé de faire connaître les rapports d'intimité, d'une constance inaltérable, qui ont existé entre ces deux familles : M. et Madame de Chateaubriand, M. et Madame Joubert. Il faudrait pour cela faire revivre dans son ensemble cette société peu nombreuse, mais si brillante, dont Joubert, Fontanes, Chênedollé étaient l'âme, intelligences élevées qui ont laissé leur empreinte plus ou moins marquée dans l'histoire littéraire de leur temps, sans parler de Chateaubriand qui les dominait tous par le génie, et dont le puissant rayon nous éclaire encore.
Cette société d'élite offre aux études du moraliste, à peu près dans toute leur variété, les types les plus élevés qui puissent honorer l'humanité.
On y trouverait par excellence l'image gracieuse et pure de Madame de Chateaubriand, de cette femme d'un si grand esprit et de tant de vertu, restée si longtemps obscure et méconnue, mais dont heureusement l'histoire nous a été donnée dans un des livres les plus attrayants qu'on puisse lire. Ses mémoires, car à côté des Mémoires d'outre-tombe, qu'elle ne lisait pas, elle avait aussi les siens, auxquels son mari faisait souvent des emprunts, ainsi que de nombreuses correspondances ont été publiés1 ; ces œuvres lui assignent dans le groupe des femmes littéraires un rang auquel, pendant sa vie, toute consacrée à la religion et à la charité, elle n'avait aucune prétention.
1. Nous sommes redevables de cette belle publication : Madame de Chateaubriand, d'après ses mémoires et ses correspondances, à M. G. Pailhès. Bordeaux, 1887. Nous devons personnellement à M. G. Pailhès toute notre reconnaissance. ↩
Madame de Custine ne faisait pas partie de la société Joubert. Chênedollé, le seul de ce groupe que Chateaubriand lui ait fait connaître, est entré avec elle dans des relations suivies, et il paraît avoir eu les secrets réciproques d'une liaison dont Chateaubriand évitait, dans son monde lui, de soulever les voiles.
Voilà donc Chateaubriand installé à Villeneuve chez son ami Joubert. Il y passa un mois en préméditant de faire incognito un voyage à Fervaques. Dès le 9 octobre, il écrit à Guéneau de Mussy : Je pars pour Paris d'aujourd'hui en huit. J'y vais passer quinze jours; puis je reviens à Villeneuve pour le 4 novembre, jour fameux dans ma vie et dans celle de Joubert (c'était l'anniversaire de la mort de Madame de Beaumont). Ma femme reste ici à m'attendre. Nous ne retournerons à Paris que vers la fin de décembre, lorsque toutes les fêtes, qui me sont des deuils seront passées. » Il s'agit des fêtes du couronnement qui ont eu lieu en effet, le 2 décembre 1804.
Quelques jours après, il écrit à Madame de Custine :