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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, ambassadeur à Londres (1822) Chateaubriand. Testament authentique du 17 mars 1847

Chateaubriand. Testament authentique du 17 mars 1847

Chateaubriand, ambassadeur à Londres (1822) · 4 min de lecture · p. 423–425 · chapitre 43 sur 44

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

J'avais fait en faveur de Mme de Chateaubriand, pour le cas où elle m'eût survécu, des dispositions pareilles à celles qu'elles a faites à mon profit et dont j'ai recueilli l'effet; nous voulions, l'un comme l'autre, que le survivant de nous pût, à son gré, jouir et disposer de notre fortune commune.

Dans un avis à mon adresse qu'elle avait déposé aux mains de M. Mandavoux-Vertamy, notre conseil et notre ami, Mme de Chateaubriand a consignéles dispositions testamentaires qu'elle eût faites si elle m'eût survécu ; cet écrit fait connaître, dans leur ensemble, les intentions de Mme de Chateaubriand, et particulièrement son idée sur le partage entre nos deux familles du seul actif de quelque importance qui nous appartient.

C'était pour moi un devoir pieux de faire, autant que possible, ce qu'eût fait Mme de Chateaubriand et de me laisser guider par ses intentions connues.

Dans ces sentiments, j'ai déjà religieusement exécuté, autant que l'omission de quelques noms et de quelques chiffres me l'a permis, celles des dispositions consignées dans l'écrit de Mme de Chateaubriand qu'elle m'avait spécialement recommandées. Actuellement il me reste à assurer l'exécution des autres.

Je donne et lègue à Jean-François Louiset, mon valet de chambre, et à Sophie Herbinet sa femme, à chacun quatre cents francs de rente annuelle, soit huit cent francs de rente pour les deux, pour en jouir leur vie durant, à compter du jour de mon décès, avec reversion sur la tête du survivant de la portion du prédécédé ; cette rente leur sera servie de trois mois en trois mois.

François et Sophie sont déjà en possession du linge et des objets mobiliers que leur destinait Mme de Chateaubriand.

Je lègue à Oudot, mon cuisinier, et à Alexis Bivenet, mon valet de pied, à chacun deux années de ses gages une fois payés.

Les dispositions que je viens de faire au profit de mes domestiques, pour les récompenser de leurs bons services, ne recevront d'effet que pour ceux d'entre eux qui feront encore partie de ma maison au jour de mon décès, à moins qu'ils n'aient cessé de m'appartenir par suite d'accord ou de maladie, ou même parce que j'aurais cru devoir les réformer.

Je veux et j'entends que les deniers comptants que je laisserai au jour de mon décès soient affectés jusqu'à due concurrence à l'acquit des frais et droits auquels donnera lieu l'ouverture de ma succession et de tout autre passif qui pourrait exister et, qu'au cas d'insuffisance, il soit prélevé, pour cet acquit, somme nécessaire sur les fonds qui, d'après mes instructions, ont été placés par les soins de M. Thureau-Dangin, soit en rentes sur l'État, soit par hypothèque, ou de toute autre façon.

Le surplus de ces fonds, ou la totalité si rien n'en est distrait en exécution de ce qui précède, sera partagé par moitié entre Mme la comtesse de Jestas, nièce de Mme de Chateaubriand, et Mme la comtesse de Vesins, ma petite-nièce, à la charge par elles d'acquitter, chacune par moitié, tant les rentes viagères ci-dessus léguées à François et à Sophie que la rente de même nature de la somme annuelle de deux cents francs que Mme de Chateaubriand servait à Mme Aglaé Passeau, sa nièce, religieuse visitandine, rente qui sera continuée à ladite dame jusqu'à son décès.

Je donne et lègue à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour l'infirmerie de Marie-Thérèse, deux paires de candélabres dorés à cinq et sept branches.

Je donne et lègue comme souvenir et gage d'affection :

1° A M. le Docteur Chardet, une boîte en écaille doublée en or, avec le portrait de Mme de Sévigné peint par Petitot, - présent de Mme la duchesse d'Orléans ;

2° A M. le comte du Plessis-Passeau, sur l'indication de sa tante, six couverts, six petites cuillers et deux casseroles avec leurs couvercles, le tout en argent ;

3° A M. Mandavoux-Vertamy la copie par Mignard de la Sainte Famille de Raphaël;

4° A Melle d'Acosta, un morceau de la vraie Croix (avec l'authentique) enchâssé dans une croix de vermeille (sic) renfermée dans un étui de chagrin violet;

5° A Mme la comtesse de Marigny, ma sœur, le buste de M. le comte de Chambord;

6° A Mme la comtesse de Chateaubourg, ma sœur, le portrait de S. S. le pape Pie IX ;

7° A Me la comtesse Hyacinthe de Pravenel, ma nièce, le petit tableau original de talbane (sic)1.

1. Probablement Albano. ↩

g° A M. le comte Frédéric de Chateaubriand, mon neveu, le service le plus complet des deux services de porcelaine de Sèvres fond bleu et or.

y° Et enfin, mon buste en marbre par David, à mon neveu, le comte Louis de Chateaubriand, qui m'a exprimé le désir que la disposition plus étendue contenue en sa faveur dans l'écrit de sa tante fût réduite à un seul objet.

J'aurais voulu qu'il me fût possible de faire d'autres et plus considérables dispositions, tant en faveur des parents et amis que je viens de nommer, que de beaucoup d'autres.

Je nomme pour mes exécuteurs testamentaires avec saisine M. le comte Louis de Chateaubriand, mon neveu, et M. Mandavoux-Vertamy, les priant de me donner un dernier gage de leur affection en acceptant cette pénible mission.

Je révoque tous testaments antérieurs.

Paris, le dix-sept mars mil huit cent quarante-cinq.