Chateaubriand. London le 10 juillet 1822
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1. Foreign-Office, France, v. 281.
P. S. - Le soussigné a l'honneur de joindre à cette note la déclaration faite devant notaire par le Commandant du Lougre le Lancier.
S. E. Monsieur le marquis de Londonderry1!.
1. Foreign-Office, France, v. 281. ↩
Morning Chronicle. (Extraits. Traduction.)
Londres, Vendredi-Août 2, 1822.
Les événements des deux dernières années sont féconds en instructions pour l'homme politique. Les libéraux espagnols doivent être satisfaits de l'impardonnable offense qu'ils ont commise aux yeux des souverains européens; ils peuvent juger qu'aucune concession de leur part ne pourra éteindre en ces souverains leur hostilité au nouvel ordre de choses. Rien, si ce n'est la pure impossibilité, ne les empêchera d'aider encore leur frère Ferdinand à fouler aux pieds la constitution de son pys.
Maintenant que la Liberté a gagné sa bataille de Waterloo et que l'immobilisation des partis réactionnaires a laissé aux libéraux la liberté d'agir, il est nécessaire pour eux de tirer le meilleur parti de cette liberté.
Quelle politique sont-ils alors appelés à embrasser ? Laissez-les prendre leçon de leurs adversaires. Pourquoi resteraient-ils passifs quand ces adversaires, non contents de fomenter des troubles dans les différentes provinces de l'Espagne et plus particulièrement dans celle du nord, munissent actuellement les insurgés d'argent et d'armes, rassemblent de grandes armées sur les frontières, en cas de revers ou pour l'invasion, si l'occasion se montrait favorable.
Les éléments de mécontentement abondent en France et encore plus en Italie, et il ne faudrait pas grand effort de leur part pour donner à leurs ennemis, chez eux-mêmes, une besogne suffisante.
S'ils désirent contenter les souverains conspirateurs, ils se borneront sans doute à la défensive.
L'homme d'épée le plus inhabile peut, toutefois, en dernier lieu, l'emporter sur un combattant accompli : Naples fournit un exemple de la folie d'essayer de se concilier la Sainte-Alliance ou de se fier à sa justice. Les Napolitains auraient facilement réuni toute l'Italie pour une même cause glorieuse, et ils eussent ainsi opposé une masse aux armées de l'Autriche qui les auraient difficilement vaincus. Mais ils supposaient qu'en rejetant toute ouverture de leurs frères et en se confinant strictement dans leurs propres affaires, l'Alliance n'oserait pas intervenir. Cette illusion dura malheureusement jusqu'à ce que l'ennemi fût à leurs propres portes.
Si le peuple de France est amoureux de gouvernement clérical et de classes privilégiées ; si l'armée est parfaitement satisfaite de l'interdiction de tout avancement en dehors de la vieille noblesse, alors une diversion en France ne pourrait être pour eux que de peu d'utilité. Mais si la population et les corps de l'armée sont l'un et l'autre mécontents de l'état des choses actuel et si la conviction est générale qu'en France le peu de libertés existantes pour la nation sont en danger imminent, une très petite force espagnole serait de la plus grande importance. Dans toutes les insurrections, la difficulté est d'éviter d'être écrasé au début. La disposition au soulèvement s'est manifestée dans chaque partie de la France, mais il a été jusqu'ici impossible d'obtenir un noyau autour duquel les désaffectionnés puissent se rallier. Les Espagnols pourraient former ce noyau. Il reste à voir s'ils veulent ainsi essayer de se venger sur le Gouvernement français, qui a si ouvertement soutenu la guerre contre eux et tenter de ruiner ainsi la conspiration royale. Il est probable cependant que les hommes maintenant au pouvoir en Espagne reconnaissent la nécessité de l'union des libéraux de tous pays, en vue des efforts dans l'intérêt commun1
1. A/f. Etr. Angleterre, v. 615, f° 349. ↩
Adresse au Roi d'Angleterre votée par le Parlement, au sujet de la Traite des Nègres. Traduction (Résumé). La Chambre vote à l'unanimité qu'une humble Adresse soit faite à S. M. pour représenter le vif intérêt que cette Chambre a si longtemps pris et continue à prendre à l'abolition de la Traite des Noirs et la sollicitude avec laquelle elle a examiné les papiers relatifs à ce sujet, déposés sur son bureau par ordre de S. M. :
Qu'elle n'avait pu s'empêcher d'espérer que les représentations et les remontrances de S. M. auraient enfin produit l'effet tant désiré d'amener les divers Gouvernements, par les sujets desquels la Traite des Noirs est encore faite, à considérer sérieusement les nombreuses et puissantes obligations qui les lient pour coopérer avec S. M. franchement et efficacement, afin de mettre fin pour toujours à cette monstruosité ;
Que nous sommes encore obligés d'être les témoins d'un commerce qui est reconnu infâme et cruel par ces Gouvernements, dont les sujets continuent à exercer la Traite, dans une proportion qui augmente tous les jours.
Que nous voyons cependant avec satisfaction que les arguments puissants, présentés par l'Ambassadeur de S. M. près la Cour des Pays-Bas, ont enfin déterminé une juste interprétation des traités avec cette puissance;
Que nous voyons aussi avec plaisir l'abolition de quelques-uns des abus qui existaient dans les Cours de juridiction mixte à Sierra Leone ;
Que c'est une sorte de soulagement d'apprendre que les Cortès d'Espagne ont soumis tous ceux qui coopéraient d'une manière quelconque à la Traite des Nègres à une punition sévère et infamante ;
Que nous voyons avec peine que les bâtiments portugais, loin de cesser par degrés la Traite, la font avec une activité toujours croissante, plus particulièrement sur cette partie de la côte qui est au Nord de la Ligne Equinoxiale, en violation du Traité par lequel le Portugal s'était engagé à restreindre son commerce au midi de l'Equateur ;
Que ce n'est pas sans satisfaction que nous avons remarqué le zèle pour l'abolition de la Traite des commandants des vaisseaux de guerre des Etats-Unis employés sur la côte d'Afrique, mais que nous sommes fâchés de ne voir chez le Gouvernement américain aucune disposition à abandonner les objections qu'il avait précédemment mises en avant contre l'établissement d'un droit mutuel de visite sur la côte d'Afrique;
Que c'est avec le plus grand chagrin que nous voyons des bâtiments portant le pavillon français faire la Traite des Noirs sur toute la côte d'Afrique; que des propositions relatives à des expéditions de Traite circulent dans le public de France, excitant à risquer les plus petits capitaux et appellant les aventuriers par l'espérance de profits immenses ; que le petit nombre de bâtiments de guerre stationnés en Afrique n'offrent aucun obstacle matériel à la Traite et que les Gouverneurs des Colonies françaises ne paraissent point montrer plus de zèle et d'activité; qu'en attendant nous ne pouvons que déplorer qu'une nation grande et brave, favorisée éminemment par la Providence et placée parmi celles du premier rang par les distinctions et les jouissances de la vie civilisée, paraisse, au retour des bienfaits de la paix et du Gouvernement de son souverain légitime, être le principal obstacle à l'accomplissement d'un vœu qui ouvrait la perspective de la civilisation de l'Afrique, et prolonge ainsi la misère et l'état de la barbarie de ce vaste continent ;
Qu'en résumé, nous conjurons S. M. de renouveler ses remontrances et de prouver que son intervention n'a point été une tentative de force, mais l'accomplissement d'un devoir impérieux.
Nous ne pouvons douter qu'en dernier résultat, nous n avons a féliciter S. M. du succès de nos efforts et de la part qu'Elle aura eue à effacer la tache la plus dégoûtante qui puisse ternir le caractère moral de la Chrétienté1.
1. A//. Elr. Angleterre, v. 615, fo 284. ↩
Le vicomte de Chateaubriand à S. E. le vicomte de Mont-
morency.
Monsieur le Vicomte, J'ai eu l'honneur de vous faire passer le 9 de ce mois copie d'une première lettre de M. Séguier relative à la saisie du brick La Vigilante; une seconde lettre de ce consul, en date du 12, m'a annoncé l'arrivée postérieure du navire la Petite-Betzy. Je venais de signer la note ci-jointe, et j'allais la transmettre hier matin à lord Londonderry, lorsque la nouvelle de la mort de ce ministre m'est parvenue. J'avais cru devoir prendre l'initiative dans une circonstance aussi importante pour l'honneur du Pavillon français. L'événement qui a retardé l'envoi de cette lettre la rendra plus régulière, puisqu'il vous donne le temps de l'approuver.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le vicomte, votre très humble et très obéissant serviteur.