Première partie
Chapitre III. Attente et démarches. - La nomination (4 mai 1803). - Mme de Custine
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M. Émery. - Chateaubriand à Lyon. — L'arrivée à Rome (27 juin). - Cacault et Artaud.
Chateaubriand était d'autant plus inquiet des attaques de Guinguené que son ambition, fort vive et impatiente, n'était nullement, en ce cas et en d'autres, vague et sans objet comme on l'a dit1. Non seulement il avait, avant même que son livre fut fini, annoncé sa résolution de renoncer aux lettres et de sortir de cette galère2, mais il avait jeté précisément son dévolu, et c'était Rome qu'il avait en vue.
(1) Mme de Rémusat notamment, Mémoires, II, 390. ↩
(2) « Résolu que je suis de jeter là le métier d'homme de lettres, du moins pour longtemps, je me hâte de sortir de cette galère où je me suis follement embarqué. » A Mme de Staël, 16 octobre 1801. (Correspondance, 1,59.) Génie du christianisme, IV, IV, 6. ) Correspondance, 1, 60. Pas de date précise, mais la teneur du billet indique qu'il fut envoyé tout de suite après la publication de l'ouvrage. ↩
Déjà, dans son ouvrage, on avait pu remarquer un éloge enthousiaste de cette a capitale des nations » qui a semble véritablement la Ville éternelle « et de cette cour de Rome qui « s'est montrée presque toujours supérieure à son siècle (3) .
Au lendemain même de la publication de son livre, à peine le succès dessiné, il écrivait à Fontanes :
Je ne puis aller vous voir ce matin, mon cher ami, étant surchargé d'affaires. Je vous dirai que les augures sont favorables. Dans la seule journée d'hier, Migneret a vendu pour mille écus.
J'ai vu les grands hier, ils paraissent bien disposés.
Protégez-moi donc hardiment, mon cher enfant. Songez que vous pouvez m'envoyer à Rome.
C'est aujourd'hui que Mme Bacciochi présente l'ouvrage au Consul... (4).
A la vérité, rien d'illogique en cette prétention. Ou pouvait-on mieux placer qu'en cette tète et ce centre du catholicisme le chantre des pompes catholiques, bien plus même que du christianisme? Dans quelle situation? C'est ce qui restait à déterminer, mais il ne pouvait être question évidemment que d'un poste diplomatique ou d'une mission spéciale.
A cet effet, il n'épargnait pas les démarches, bien qu'il lui en coûtât. Et certes il en coûtait à son jeune orgueil, à sa sauvagerie native, développée par la solitude de Combourg, par celle du voyage d'Amérique, si restreint qu'on le suppose, par celle de Londres surtout, celle du moins des premiers temps de son séjour. Sa vie, dit-il, en était « toute dérangée1 n, depuis qu'elle cessait d'être à lui seul.
(1) O.-T., II, 293. ↩
Pourtant il ne se dérobait pas, loin de là, sentant que le moment était décisif et probablement ne se retrouverait guère.
Il paraît que Bonaparte avait commencé par avoir des préventions contre lui :
Comme je témoignais un jour (avant Atala) ma surprise au Premier Consul, raconte Bourrienne2, de ce que M. de Chateaubriand n'était porté sur aucune des listes qu'il se fit présenter pour des places à remplir, il me dit : « On n'a pas manqué de m'en parler, mais j'ai répondu de manière à ce qu'on n'y revienne pas; il a des idées de liberté, d'indépendance; il n'entrerait jamais dans mon système, comme je l'entends; j'aime mieux l'avoir pour ennemi connu que pour ami forcé. Au surplus, je verrai plus tard; je l'essaierai d'abord dans une place secondaire, et, s'il va bien, je le pousserai.i Voilà mot pour mot ce que Bonaparte me dit de M. de Chateaubriand la première fois qu'il m'en parla.
(2) BOURRIENNE, V, 343. ↩
Le passage est assez suspect. Comment, en 1800 ou 1801, le Premier Consul pouvait-il savoir si Chateaubriand avait des « idées d'indépendance »? Il faut cependant en retenir une certaine prévention défavorable au jeune écrivain à peine revenu de l'émigration.
Atala, malgré son succès, n'avait été ensuite pour son auteur qu'une médiocre recommandation. «Encore des romans en A ! J'ai vraiment bien le temps de lire toutes vos niaiseries! » avait répondu le Premier Consul à sa sœur Bacciochi qui lui apportait le petit livre dont Fontanes l'avait chargée.
Mais avec le Génie du christianisme, ce fut tout autre chose : « Bonaparte, toujours d'après le même Bourrienne1, revint tout à fait de ses préventions. »
(1) BOURRIENNE, V, 345. ↩
Chateaubriand le savait sans doute, et c'est pour cela qu'il pensait en profiter.
Après l'adoption du Concordat par le Corps législatif2, par conséquent en avril 1802, probablement très peu après la publication du Génie du christianisme, il avait été présenté, chez Lucien, au Premier Consul. Il est facile de voir à travers le théâtral récit des Mémoires3 qu'il avait eu en cette entrevue une attitude effacée et terne. N'ayant pas naturellement la présence d'esprit et le sourire du courtisan, il ne trouva rien de gracieux à répondre aux phrases brèves que Bonaparte lui adressa en passant.
(2) 8 avril. ↩
(3) 11, 330. ↩
A la suite de cette entrevue, Bonaparte pensa à moi pour Rome : il avait jugé d'un coup d'œil où et comment je pouvais lui être utile... Fontanes et Mme Bacciochi me parlèrent de la satisfaction que le Consul avait eue de ma conversation... Ils me pressèrent de profiter de la fortune. L'idée d'être quelque chose ne m'était jamais venue; je refusai net.
• Nous en savons assez pour n'être pas dupe de cet arrangement un peu audacieux.
C'est un des traits curieux et constants de son autobiographie que cette habitude de rapporter tout acte important de sa vie à quelque directe intervention du destin, où il n'est pour rien. A l'en croire, c'est toujours un avertissement mystérieux, un accident, une inspiration soudaine qui le décident.
Il est revenu d'Amérique parce que le foyer d'une cabane américaine a éclairé par terre les feuilles d'un vieux journal4 ; - il a conçu le Génie du christianisme parce que de tristes nouvelles ont coïncidé, - écrit la Lettre au citoyen Fontanes parce que des colombes ont roucoulé trop fort, - publié Atala parce qu'on lui a volé des papiers, - et il ira à Rome parce qu'une intuition soudaine a illuminé Bonaparte!
(4) O.-T., I, 416. ↩
Ainsi, une sorte de pudeur singulière lui fera dérober à nos yeux la belle tension d'une volonté tenace! Pourquoi ce perpétuel effort pour nous mystifier? Est-il plus séant de faire paraître une âme incertaine et molle, jouet de tous les souffles, qu'une virile et patiente énergie, habile à profiter du temps? Quoi qu'il en soit, c'est là un vrai tic de sa physionomie morale, et c'est un des traits par ou le poète illusionniste fait tort à l'homme d'action.
Sans plus nous arrêter, voyons la suite. Il faut cependant retenir de cette histoire que, dès juillet 1802, il fut question de Chateaubriand pour Rome, à la grande colère d'ailleurs des ennemis du Concordat, de ceux de gauche, cela sans dire, et aussi de ceux de droite, des royalistes intransigeants. A Londres, centre d'opposition anticoncordataire, d'où partit en septembre la première réponse aux notifications adressées par le pape en vertu du Concordat, sous la forme d'un refus de démission des évêques réfugiés, les partisans des princes français auraient voulu empêcher toute entente entre le gouvernement consulaire et l'Eglise; rien d'étonnant si les tentatives de Bonaparte et l'ambition de Chateaubriand y étaient vues du plus mauvais œil.
Dès juillet 1802 donc, dans le premier numéro de son Ambigu, qui succédait au Paris, Peltier, à propos d'on ne sait quel projet de voyage de Chateaubriand à Londres, dénonce avec amertume ses visées et sa volte-face :
M. de Chateaubriand, auteur de l'ouvrage intitulé Génie du christianisme, dont ses amis de Londres croyaient qu'il devait faire hommage à Louis XVIII, et que ses amis de Paris lui ont conseillé d'offrir au Premier Consul pour la fête de Pâques, M. de Chateaubriand, disons-nous, est attendu incessamment à Londres. Comme on assure qu'il a obtenu la place de secrétaire de la légation de France à la cour de Rome, à la suite de M. le chanoine Fecce (sic), oncle maternel de Buonaparte, on croit que l'objet de son voyage est de venir faire un cours de politique ultramontaine chez M. l'abbé Barruel, afin de seconder puissamment le ministre français dans son ambassade et que le Sacré Collège trouve dans M. Fecce un digne représentant du Premier Consul.
Pourtant la chose ainsi annoncée n'était pas chose faite et on en restait là. Était-ce un effet des articles de Ginguené ? Aucune nomination ne survenait, mais ce n'était nullement que Chateaubriand refusât. Bien au contraire, il s'impatientait.
Faute de mieux, pour empêcher qu'on ne l'oubliât, et pour soulager sa fièvre, il vidait à profusion dans les colonnes du Mercure (dont il acquérait une part sur les premiers bénéfices de son livre) ce qui restait dans ses tiroirs de manuscrits disponibles (avril : article sur Voung ; mai, juin : sur Shakespeare ; juillet : sur l'Etat politique et moral des nations contemporaines au moment de la révolution républicaine en Grèce - cela, du fonds de l'Essai - sur Beattie, sur Gilbert ; août, septembre : sur Mackensie...).
Mais cela ne le satisfait qu'à moitié, car, dans son groupe, on se plaint fort de l'insuffisance du Mercure à mettre en relief un auteur comme il faut. Le 7 fructidor an X (25 août 1802), Mme de Beaumont écrit à Chènedollé1 :
(1) Dans SAINTE-BEUVE, Chateaubriand, II, 213. ↩
Notre ami veut attendre la décision d'une nouvelle espérance pour vous répondre... S'il était vrai qu'espérer, c'est jouir, nous serions bien heureux, car nous espérons beaucoup...
Et après avoir parlé d'une Résurrection d'Atala, inoffensive parodie qui l'inquiète assez tout de même, elle se plaint du Mercure :
Le dernier Mercure est détestable; M. Delalot y règne comme le roi de Cocagne, et, s'il ne baille pas, du moins nous fait-il bâiller... Ah ! qu'allait-il (Chateaubriand) faire dans cette galère?
Et à la fin elle montre Fontanes a tout honteux v de son Mercure.
Une autre façon de se distraire, de tuer le temps, s'il semblait un peu long rue Neuve-du-Luxembourg, et de rendre l'attente moins pénible, était de prendre la diligence et de s'en aller fréquenter, non loin de Paris, les châteaux qui se rouvraient alors et s'ouvraient particulièrement à l'auteur du Génie du christianisme. Prenons les Mémoires2 ; nous y verrons la liste des accueillants châtelains et des accueillantes châtelaines : Mme de La Briche, au Marais, où se rencontraient les deux sœurs, Mmes de Vintimille et de Fezensac, et quelquefois ce vieux couple philosophique d'un autre âge : Saint-Lambert et Mme d'Houdelot ; le jeune Molé, que nous reverrons, à Champlatreux ; Mme de Custine, qui allait acquérir Fervaques ; la duchesse de Châtillon, Mme Lindsay, Mme de Clermont-Tonnerre, d'autres encore. C'était comme un prolongement de la petite société dont Mme de Beaumont était le centre, un monde royaliste décimé par la Terreur, mais rentré, et de nouveau nanti, donc moins intransigeant que l'émigration londonienne. Cependant si on y acceptait Bonaparte, surtout depuis Marengo, et il le fallait bien, on restait royaliste.
(2) 11, 293. ↩
Quoique peu agissant, ce royalisme entretenait dans ces milieux une atmosphère d'ancien régime, et Chateaubriand l'y respirait comme les autres. Qu'il y fréquentât, tout en demandant à être employé par le gouvernement consulaire, ce n'était peut-être pas pour avancer beaucoup ses affaires, mais, dans le mélange des sociétés d'alors, ce n'était pas non plus pour trop étonner. L'exemple venait de haut. Talleyrand et Fouché se ménageaient de ce côlé des accointances, et on ne leur tournait pas le dos ; on avait besoin d'eux et on les craignait. Ainsi Chateaubriand faisait-il alterner ses visites aux châteaux royalistes avec sa figuration dans les fêtes de Lucien au Plessis-Chamant et dans celles que donnait sa sœur Élisa à Neuilly, parmi les poètes les plus spécialement bonapartistes, Fontanes, Arnault, Boufflers, Andrieux1.
(1) MÉNEVAL, Mémoires, I, 62. ↩
On est d'ailleurs en droit de penser que, plus la nomination espérée se faisait attendre (il avait paru d'abord qu'elle serait immédiate), et plus Chateaubriand devenait pénétrable à ce royalisme.
Tout en restant intimement attaché à Mme de Beaumont, il subissait déjà, dans cet été de 1802, l'influence, et peut-être les avances, de Mme de Custine. Il est probable que, comme beaucoup d'autres femmes imaginatives, elle avait été au-devant de lui après le succès du Génie du christianisme, ainsi que le donne à penser le célèbre mais discret passage des Mémoires1 où, évoquant la blonde chevelure de son amie, il en voile si gracieusement son souvenir.
Nous savons que, bien qu'elle fit bon accueil à Fouché, elle était fort royaliste. Essayait-elle de ramener Chateaubriand à la bonne cause, ou seulement de se l'attacher à elle-même ? Ce qu'il y a de sûr, c'est ce qu'on trouve dans une lettre que Chateaubriand écrivait à Fontanes le 22 fructidor an X (9 septembre 1802). Après lui avoir demandé des nouvelles de « la grande voyageuse » (entendez Mme Bacciochi, à laquelle il vient d'écrire, sans doute pour lui demander d'intervenir en sa faveur), il ajoute :
A propos de lettres, il vient de m'arriver par la poste, toute décachetée, une lettre qui me fait peine si F... l'a vue. On se plaint de mes rigueurs et on m'offre des merveilles. Je ne sais comment faire pour empêcher les indiscrètes bontés de m'arriver par le grand chemin. Cependant, si certains grands projets dont vous me parliez pour l'été prochain n'avaient pas lieu, je verrais alors quel parti prendre. Car j'apprends que ma femme est ruinée par ses parents. (Encore !) L'oncle vient de faire banqueroute au moment où j'avais donné ordre de poursuivre...2.
(2) Correspondance, I, 62. ↩
F... est certainement Fouché. Que sont donc ces « merveilles » et ces « indiscrètes bontés » que ne devait pas connaître le ministre de la Police3 ? Merveilles amoureuses ? Peut-être, s'il était rival. Propositions d'appui pécuniaire ou sollicitations de parti? Plus probable, vu le contexte, et d'ailleurs n'empêchant pas le reste.
(3) Ministre de la police, il l'est encore pour quelques jours ; son ministère ne sera supprimé que le 1¼ septembre de cette année 1802. ↩
On voit qu'il ne repousse rien. Il faudra bien se tirer d'affaire d'une façon ou de l'autre. Si décidément on ne fait rien pour lui, il verra « quel parti prendre ».
Pour le moment, il a suspendu les démarches. Il est tout entier à la préparation d'une seconde édition. Mais la fièvre le brûle. C'est le temps où il écrit à Chênedollé (11 septembre) :
(1) II, 297. Cf. les ouvrages de Bardoux et Chédieu de Robehon, sur Mme de Custine. ↩
Tous les jours voient se former et s'évanouir nos espérances ; vous savez ma manière de pousser le temps, de vivre dans les projets et dans les désirs, et puis, si je rentre en moi-même, je suis Gros-Jean comme devant. Rien de déterminé encore sur mes destinées futures. Cependant j'approche du dénouement, car j'achève la correction de mes gros volumes, et je me mets sur-le-champ à la poursuite des grandeurs. Si je n'obtiens pas dans un mois ce que je demanderai, je me désisterai de la poursuite, et Dieu sait ce que je deviendrai...
Ginguené vient de publier ses articles en forme de brochure, Fontanes ne m'a pas encore défendu; il dit qu'il le fera; Dieu le veuille ! Apprêtez-vous, mon cher enfant, à venir nous retrouver bientôt, car le moment approche où notre sort va être déterminé d'une manière ou de l'autre...1.
(1) Dans SAINTE-BEUVE, Chateaubriand, II, p. 194. ↩
Le voilà tout entier. Son imagination travaille et « pousse le temps ». En attendant, Bonaparte, qui vient d'être fait Consul i vie2, le néglige ; il est Gros-Jean comme devant et toujours attaqué. Un idéologue de l'Institut, Villeterque, vient de publier dans la Bibliothèque française, sur le Génie du christianisme, une critique fort dure sous son air d'impartialité, dangereuse précisément par son affectation de modération, et les articles de Chateaubriand dans le Mercure sont accueillis un peu froidement. Il est fort dégoûté, presque découragé : il écrit à Mme de Staël :
Ici tout est bassesse, cabale, esprit de parti, de coterie : il n'y a plus d'honorable que le repos et l'obscurité. Du reste, on ne m'envoie point à Rome parce que l'archevêque de Lyon (F'esch) n'y va pas, et que mes destinées étaient attachées aux siennes. Je balance entre une retraite absolue au fond de quelque province, ou une nouvelle expatriation3:
(3) Correspondance, I, 64. Lettre du 15 septembre 1802. ↩
Enfin, voici un événement : le Mercure du 18 septembre publie, en réponse à Villeterque, le deuxième article de Fontanes, tant promis, espéré, attendu. C'est un long morceau qui permettra d'attendre la Défense de son livre que l'auteur prépare. Fontanes est trop prudent pour se risquer sur un terrain propice aux embûches : sur les points entamés par Ginguené, sincérité de l'auteur, politique cléricale et contre-révolutionnaire : silence; mais on peut combattre la crainte réelle ou fictive que « l'imagination ne répande à la fois ses enchantements et ses erreurs sur une doctrine qui doit édifier plutôt que plaire i. Là-dessus, Fontanes s'étend; il montre qu'il fallait à un siècle frivole le genre de démonstration qu'on lui a donné, et qu'il importait d'abord de rendre à la religion défigurée par ses ennemis son charme et sa majesté. Puis, passant à la poétique du christianisme, il se donne la tâche facile de louer les vues et le style de son ami.
L'effet est excellent. Chateaubriand est tout réconforté, d'autant plus que La Harpe, qu'il a été voir, est enthousiasmé! Il a promis spontanément, lui, «une telle autorité », un article pour la deuxième édition du Génie du christianisme : « Laissez-moi faire, a clamé le vieux critique en s'agitant sur son fauteuil, je les ferai crier; je serre dur1. »
(1) Chateaubriand à Fontanes, 23 septembre 1802. Correspondance, 1, 66 ↩
Vite Chateaubriand écrit à Fontanes pour qu'il permette qu'on réimprime ses articles en brochure comme Ginguené a fait des siens. C'est alors (28 septembre) qu'il écrit sa Dédicace au pape2, pour souligner ses vues sur Rome et montrer qu'il maintient plus que jamais sa candidature. On voit s'il est question d'un refus!
(2) Correspondance, I, 68. ↩
Mais cette joie est passagère ; bientôt on retombe dans l'incertitude. Quelques jours après (1e octobre), Mme de Beaumont écrit à Chênedollé, et tout en annonçant que « l'article •de Fontanes a paru et surpassé nos espérances » elle dit :
Notre ami n'est sûr de rien. Sa destinée est plus incertaine que jamais ; tout est dans le vague, et tristement dans le vague...3.
(3) Dans SAINTE-BEUVE, Chateaubriand, II, 216. (¼) 27 fructidor an X (1½ septembre 1802). ↩
D'ailleurs, après le grand succès du Concordat, très balancé par l'adjonction plus ou moins attendue ou prévue des Articles organiques, le parti tout entier parait stationnaire. On a encore obtenu le renvoi de Fouché (4) ; mais Fouché, comblé d'honneurs, reste influent et en correspondance avec Bonaparte.