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L'Enchanteur 1768—1848

Première partie

Chapitre VI (suite 3)

La vie politique de François de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. 248–249 · chapitre 25 sur 46

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Plon-Nourrit, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Mais Fontanes, se sentant touché derrière Bonald, ne fait qu'un saut chez l'Empereur, qui lui donne raison, et même l'engage à faire venir à Paris son ami1. Cela se sait, et cela paraît si typique que Peltier, dans son Ambigu (30 août), reproduit in extenso l'article incriminé, avec cette annonce :

(1) « Venez, venez, écrit aussitôt cet infatigable recruteur, pour l'intérêt de votre grand talent, venez... Pour votre propre sûreté, venez encore... Au nom même de vos enfants, venez... Vous avez prévu plusieurs des grandes choses accomplies en Allemagne : Je voudrais en conséquence quelques mots sur l'auteur de tant de prodiges. Vous aimez les grandes monarchies; il en fait partout. Vous désirez l'extinction du système démocratique; il vous sert à souhait. Vous appelez de tous vos vœux la réunion des Églises, vous l'aurez peut-être. Vous n'aimez pas les Anglais; qui mieux que lui peut nous en venger? Il me semble qu'aucun fondateur de société ne devait plus être selon vos désirs... « Je sais que tout est sincérité dans votre cœur, comme tout est lumière dans votre esprit; c'est pour cela que je souhaite vivement lire l'éloge du plus grand des souverains fait par le premier des écrivains politiques de mon siècle Je me garderai bien de parler à une âme aussi noble que la vôtre des avantages qu'une telle profession de foi vous assurerait contre vos ennemis : je ne vous demande que justice et vérité... Venez à Paris chercher la gloire et tout ce qui doit l'accompagner sous un gouvernement éclairé. » Paris, 17 août 1806. (Dans PALHÈs, Chateaubriand, p. 366.) Encore un morceau caractéristique! Et combien de fois, sous l'Empire, n'a-t-il pas dû tenir ce langage à Chateaubriand! Voir aussi pour des invites analogues à Guizot en 1812 : Guizot, Mémoires, 1, 15) ↩

De Bonald étant, dit-il, le grand luminaire de la France en philosophie, en morale, en histoire, en politique, en religion et en littérature, ce serait un crime de mutiler les oracles que Buonaparté lui fait rendre.

Et il déplore qu'un « aussi brillant flambeau se consume dans le temple le plus infâme et devant la plus odieuse des divinités ».

Telle est, au moment du départ de Chateaubriand, la situation de son parti, et telle est la ligne politique du Mercure, auquel il demeure si bien attaché que les impressions de son voyage sont promises et réservées toutes fraîches aux lecteurs de la feuille (numéro du 12 juillet 1906 ; prospectus du 3 janvier 1807).

Cela explique pourquoi le Moniteur2 reproduit un passage du Voyage en Italie (paru quelques jours plus tôt dans le Mercure du 12 juillet 1806) et prend soin d'annoncer favorablement le départ de l'écrivain pour l'Orient.

(2) 17 juillet 1806. ↩

C'est pourquoi aussi, après un court voyage en Bretagne, pour adieux aux parents qu'on laissait (juin), on trouve parmi ceux qui l'entourent au moment des derniers préparatifs (8-12 juillet), non seulement Fontanes et Clausel, mais l'archigouvernemental Molé, arraché à ses affaires juives, et qui se réconcilie si bien avec lui que Joubert s'émerveille de cette « amitié enragée » dont ils sont ressaisis. C'est à Molé qu'il recommande, en cas d'événement fâcheux, son oraison funèbre, et qu'il commet le soin d'aller chercher en Angleterre les Natchez qui y sommeillent depuis l'émigration1. Or, Molé, déjà investi de la confiance impériale, est-il homme à s'aller compromettre en compagnie suspecte ?

(1) Joubert à Mme de Vintimille, 12 juillet et 8 août 1806. ↩

Quand l'Empereur s'informe auprès de Fontanes, c'est en termes indulgents et presque bienveillants :

Voyez-vous toujours ce cerveau brûlé de Chateaubriand? - Oui, Sire, il m'a fait, hier, l'honneur de diner chez moi, avant son départ pour l'Orient. - Ah ! il part.

Et c'est tout; mais ou sent bien que le ton n'est pas hostile.